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20/01/2010

Services publics : les effectifs fondent comme neige au soleil

Des grèves jeudi dans l’enseignement, les hôpitaux ou les collectivités locales : cinq millions de fonctionnaires sont appelés à une grève nationale par la CGT, Solidaires et la FSU, (plus la CFDT et l’Unsa dans l’enseignement et l’Equipement), contre la casse organisée du service public.
Le ministre de la Fonction publique Eric Woerth a reconnu devant l’Assemblée nationale que "100 000 emplois de fonctionnaires ont disparu depuis 2007".

Reportage à la direction interdépartementale des routes en Haute-Normandie, en grève jeudi contre la casse des missions les moins rentables.

Rouen (Seine-Maritime), correspondance.

« Comme bon nombre de salariés du public, je suis en grève aujourd’hui, car je n’en peux plus », lâche fatigué, Didier Lecanu, agent de la direction interdépartementale des routes (DIR) du secteur Nord-Ouest du territoire français, qui a succédé à l’ancienne direction départementale de l’équipement (DDE). Et des griefs, cet agent, également secrétaire de la section départementale CGT des personnels des réseaux et des infrastructures, en a à revendre. « C’est de pire en pire. On voudrait nous vider de notre savoir-faire qu’on ne s’y prendrait pas mieux », peste le syndicaliste, qui critique ouvertement les conséquences des différentes lois de décentralisation qui se sont succédé jusqu’à présent. « Désormais les routes départementales et certaines nationales sont gérées directement par les conseils généraux, qui ont leurs propres agents d’intervention. Et pour ne rien arranger, l’État, dont nous dépendons (la DIR dépend du ministère de l’Environnement ‚ NDLR), confie bon nombre de nos missions à des sociétés privées, et nous laisse ce qui ne rapporte pas, c’est-à-dire l’entretien des aires de repos, la protection des chantiers, l’intervention sur des pannes, des accidents, la signalisation, le fauchage », s’irrite-t-il. Et d’ajouter d’emblée, « que le ministère ose parler de notre réseau d’entretien comme d’un réseau d’excellence, c’est se moquer des usagers ».

Pour l’homme, c’est le service public de l’entretien des routes qui fond comme neige au soleil. « Et justement là, au moment des fortes intempéries de neige, on nous a demandé d’être performants pour dégager au plus vite les routes et les sécuriser », affirme-t-il d’un ton qui en dit long sur son ras-le-bol et son état de découragement. « Je n’en peux plus », lâche-t-il. « J’ai cinquante-huit ans et j’ai décidé de prendre ma retraite à la fin de l’année, alors que je pourrais aller jusqu’à soixante ans, mais je n’en peux plus », répète-t-il plusieurs fois. « Je fais ce métier depuis 1976 et la situation n’a jamais été pire qu’aujourd’hui, au point de me dire que, si c’était à refaire, je ne recommencerais pas à cause des conditions de travail qui sont les nôtres maintenant. » Didier Lecanu précise ses propos. « Dans mon équipe on est passés de quinze à six agents en trente ans. Nos effectifs sont en baisse constante. La qualité s’en ressent, s’emporte-t-il. Alors, surtout au moment des intempéries comme celles qu’on vient de connaître, la direction n’hésite pas à rappeler les gars sur leurs congés, leurs repos, y compris ceux qui viennent de faire des astreintes. »

On pourrait alors penser que les salaires sont au moins à la hauteur des exigences. « Pas du tout », s’insurge Didier Lecanu, qui manifeste aujourd’hui aussi pour dénoncer la perte de pouvoir d’achat. Fonctionnaire d’État, après trente-quatre ans d’ancienneté, il perçoit 1 806 euros brut par mois (et 1 200 euros brut à la retraite) et les différentes primes n’ont pas été réévaluées depuis au moins trois ans. Pas cher payé pour un métier qui requiert une disponibilité vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sept jours sur sept. « Et les nouveaux débutent au smic », ajoute-t-il. Il espère donc que tous ses collègues cesseront le travail pour exprimer leur colère mais aussi leurs revendications nombreuses en termes de salaire et de statut. Pour le syndicaliste, son métier est d’ailleurs sur ce dernier point à un tournant majeur. Le risque est en effet grand que les agents de la DIR soient, dans un avenir proche, amenés à travailler en détachement, pour des sociétés privées concurrentes et qu’ils soient dans l’obligation, au bout d’un certain temps, de choisir entre le secteur public et le privé.

Et la goutte d’eau pour Didier Lecanu est l’attitude de certains usagers de la route, pour lesquels il a le sentiment pourtant de travailler. « On a parfois des réflexions désagréables quand on est arrêtés en bordure de route. Certains nous klaxonnent, nous traitent de fainéants. Les routiers sympas ne le sont pas toujours. Ils nous jettent des papiers, des cartons, alors que nous sommes en train de nettoyer les voies. Tous ces gens sont pourtant contents de nous trouver quand ils sont dans le besoin. »

Á défaut de faire évoluer les mentalités sur son travail, il espère au moins faire entendre les revendications de son secteur et de son syndicat, qu’il portera fièrement. Son esprit syndicaliste est, lui, resté intact.

Frédéric SEAUX

La carte de France des manifestations et rassemblements

http://www.humanite.fr/Services-publics-les-effectifs-fondent-comme-neige-au-soleil

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