À procura de textos e pretextos, e dos seus contextos.

07/07/2010

La première guerre de spéculation mondiale, par Pierre Sarton du Jonchay

Julien Alexandre

Le jeu infini de la guerre

Une guerre est une confrontation collective d’intérêts humains où les parties ne discutent pas et ne cherchent pas à se comprendre. Le gagnant impose son point de vue. Le perdant renonce à choisir. La Première Guerre mondiale était survenue sur une accumulation de désaccords à une époque où les États et les nations concevaient de régler leurs différends par les armes. Les destructions infligées à l’ennemi devaient faire émerger la loi du plus fort. Après la Deuxième Guerre, la destruction physique des souverainetés étrangères est devenue un mode accidentel de résolution des conflits. Les motifs de conflit entre lois différentes sont demeurés mais les guerres ont été circonscrites. La rationalisation des conflits a primé sur la confrontation physique.

L’idée d’imposer un jugement à l’autre contre sa liberté est néanmoins demeurée active. Confinée au terrain de l’économie, la guerre est devenue un jeu non létal. Le triomphe du capitalisme après la chute de l’idéologie communiste s’est interprétée comme l’institution mondiale de la guerre par le marché. Le jeu a été d’imposer sa loi par le contrôle du marché indépendamment de l’offre ou de la demande. L’autre n’est pas détruit mais simplement soumis par la négociation dialectique hors d’un équilibre objectif des libertés. Les intérêts sont matériellement conciliés dans un prix d’échange ; mais une partie impose son raisonnement de la valeur qui reste inaccessible à l’autre. Ce qui est bien pour l’un doit l’être moins pour l’autre afin de dégager un bénéfice. Sans définition commune a priori des critères de la valeur, l’état de guerre s’impose dans la délimitation du terrain de négociation. La spéculation de marché travaille l’asymétrie d’information pour déséquilibrer le prix au profit de celui qui a la maîtrise des termes de négociation dissociés de l’objet.

La guerre se gagne par une succession de batailles où le vainqueur a réussi à créer un rapport de force localement favorable. La spéculation financière mène la guerre par des positions de force locales. Les armes sont remplacées par l’information qui définit ce qui est négociable. Les munitions sont le crédit et le dommage infligé à l’adversaire est le risque qu’il prend malgré lui. Le combat consiste à prendre un avantage d’information qui crée un écart de crédit. Le crédit finance les anticipations financières entre prêteurs et emprunteurs. L’accord sur les critères de la valeur future entre un vendeur de temps et un acheteur de temps libère les ressources du premier au profit du second qui s’engage à les rembourser à l’échéance convenue. L’emprunteur qui parvient à être crédible attire les ressources qu’il investit dans l’anticipation des objets futurs de valeur.

Prise du marché

Plus un opérateur financier a de crédit, plus il peut acheter de l’information aux opérateurs réels qu’il finance. Plus il contrôle l’information de l’offre et de la demande des objets futurs plus il offre de contreparties nominalement sûres à l’épargne. Il transforme davantage de crédit que ses concurrents à qui il laisse le risque, l’incertitude nominale de la transformation de la valeur présente en valeur future. Le risque est la part des anticipations qui ne peuvent faire l’objet d’un engagement de remboursement certain faute d’épargnant pour y croire. Une attaque de spéculation est gagnante en rapportant plus de crédit qu’elle n’en a consommé. L’adversaire a lâché plus d’informations qu’il n’en a acquises. Pour un niveau d’anticipation quantitativement inchangé, il a augmenté son risque et perdu du crédit.

La guerre financière vise à augmenter son pouvoir nominal d’anticipation sans assumer l’incertitude de la réalité future. C’est une guerre de conquête intellectuelle de la mesure économique hors de la possibilité réelle du futur. La captation du marché prive les concurrents de la faculté de connaître la réalité rationalisable sous-jacente aux anticipations : ils empruntent moins pour un risque équivalent. Ils doivent immobiliser plus de capital pour une même puissance d’anticipation. Le but de la guerre spéculative est la captation de l’information des capacités de production qui répondent à la demande de valeur. Priver l’adversaire d’une connaissance partageable du futur déforme l’équilibre de l’offre et de la demande financière. L’infériorisation financière dissuade de produire et d’acheter selon un futur raisonnablement possible. En position à terme spéculative de demande, le prix est abaissé par la simulation d’une offre qui n’existe pas ou la dissimulation d’une demande qui existe. La déformation délibérée du marché est inverse en position d’offre. L’offre déforme la demande ou inversement par déplacement des masses de crédit entre marchés isolés les uns des autres par l’interposition-même des spéculateurs.

La mesure de l’offre en crédit de la demande, donc en demande à terme, se transfère à la vitesse de l’informatique hors des marchés où elle s’exprime et se réalise. Comme sur le champ de bataille, l’armée la plus habile coupe son adversaire de ses communications et de ses approvisionnements ; elle l’isole sur un terrain éloigné de ses bases. L’adversaire en position d’offre est affaibli par la disparition locale du crédit ; en position de demande, il est affaibli par l’excédent local de crédit. L’opérateur réel qui n’a pas la maîtrise de l’évaluation du crédit par l’offre et la demande est contraint d’accumuler du risque pour compenser sa position d’infériorité. La guerre financière est une lutte de possession du prix par le marché. Le spéculateur découpe le champ de l’offre et de la demande par des arguments qu’il peut dominer comme le chef de guerre attaque l’ennemi là où il est le plus faible. Ainsi le prix d’équilibre apparent de transaction présente-t-il un bénéfice majoré d’information asymétrique.

Destruction du crédit

La diminution artificielle des échanges est bien destruction de valeur. La déformation du prix induit l’amputation de l’offre ou de la demande. Il y a bien volonté de domination du spéculateur sur celle de l’opérateur réel, celui qui produit effectivement la valeur ou qui en est le consommateur final. Production et consommation réelles s’équilibrent à une quantité à terme moindre qu’avec un prix de marché calculé d’une confrontation transparente de l’offre et de la demande. La différence entre la guerre de spéculation et la guerre chaude est la non-existence de ce qui peut être au lieu de la destruction de ce qui existe déjà. Le défait ne se rend pas nécessairement compte qu’il subit un prélèvement sur sa valeur future actualisée. La destruction de valeur est tout à fait réelle mais non palpable parce que non physique dans aucun présent. La manipulation de l’intelligence d’autrui annule la valeur qu’elle aurait pu produire.

La bataille des subprimes a dégénéré en guerre mondiale de spéculation à cause de l’irréversibilité des destructions infligées à l’économie réelle. Les prélèvements spéculatifs sur les activités réelles ont dû être comblés par les États afin d’éviter la panique collective des créanciers devant leur ampleur. L’augmentation des dettes publiques est venue dissimuler l’inexistence de la réalité à terme. Les États occidentaux sont désormais au bord de la rupture de crédibilité de leurs propres engagements. Pour continuer à se financer auprès des épargnants, les autorités publiques doivent produire de fausses informations sur l’équilibre de leurs comptes. Elles sont entrées dans la guerre de spéculation pour dissimuler l’insuffisance massive de la contrevaleur à terme des dettes publiques et privées. Chaque gouvernement annonce ses propres mesures économiques et juridiques qui déstabilisent ses concurrents étrangers pour capter l’épargne mondiale. Le jeu consiste à exporter le maximum de risque en chargeant la responsabilité des pouvoirs politiques étrangers.

Comme dans les premières batailles de la Grande Guerre, l’offensive des subprimes devait se résoudre rapidement par l’écrasement rapide des emprunteurs imprudents et la réparation des dégâts par les collectivités publiques. Mais les armes employées ont été beaucoup plus destructrices que prévu ; le système financier a attaqué ses fondations dans une proportion insoupçonnée. La guerre s’est mondialisée et les acteurs se retranchent sur des positions inconciliables. Les États-Unis demandent la relance dont ils ne prennent pas le risque. Le dollar est la monnaie de réserve dominante que les créanciers internationaux nets, telle la Chine, ne peuvent récuser. L’Allemagne impose une cure d’austérité qui renforce sa position exportatrice et sa position d’épargne mondiale nette en euro. Le Royaume-Uni laisse spéculer contre l’euro pour dissimuler la fragilité de la Livre. La France s’adosse à l’Allemagne pour financer à faible taux d’intérêt en euro ses dissensions internes sur la répartition de la valeur ajoutée.

La paix du marché

Aucun critère d’équilibre financier mondial n’émerge. La guerre de tranchée procure une accalmie qui prépare les prochaines offensives. Les spéculateurs poursuivent la guerre en espérant que les gouvernements sauront dissimuler les destructions réelles aux opinions publiques. Les destructions infligées aux ennemis ne sont pas encore assez importantes pour stimuler un nouvel ordre de paix financière mondiale. Les paradis fiscaux offrent des positions protégées à distance des zones de combat. Plus que dans la guerre chaude, les destructions de la guerre de spéculation épargnent ceux qui la conduisent. Et les destructions ne sont pas physiques mais sociales, politiques et morales. La guerre financière oppose les nations mais aussi les classes sociales. Elle détruit les solidarités nationales et isole les individus face au pouvoir universel de l’argent.

Le fondement idéologique de la guerre de spéculation est l’hypothèse d’une inégalité irréductible des hommes dans l’intelligence de la valeur. Le raisonnement spéculatif reste une arme naturelle et légitime pour s’imposer entre des nationalités différentes. Au sein d’une même nationalité, le pouvoir financier argue de la menace internationale pour se soustraire aux obligations du bien commun. Les pouvoirs politiques voient moins de risque à s’installer dans une confrontation internationale des intérêts financiers que dans la subordination de la mesure financière à une discussion ordonnée des droits économiques internationaux. Comme la construction de l’Europe politique a mis un terme aux guerres mondialisées, le marché européen de la rationalité économique peut mettre fin à la guerre mondiale de spéculation. Non pas trancher définitivement par la solution du plus fort mais donner un prix à des systèmes de régulation différents et comparables par la symétrie d’information.

Avant d’être un fait, la symétrie est un droit de l’intelligence humaine, la condition de la mesure échangeable et partageable. Avant d’être un espace physique commun, le marché est une communauté de mesure, donc une communauté de monnaie. Le marché mondial n’existe pas faute d’une monnaie commune. Keynes l’avait proposée dès la fin de la Seconde Guerre mondiale comme étalon international de rationalité de la valeur. Le bancor n’était pas un objet matériel mais un objet de raison ; la matérialisation d’un choix de mise en commun de la rationalité économique, le choix de la paix non spéculative, de la négociation d’intelligence. Pour que le marché international de l’intelligence se substitue à la guerre de spéculation, il suffit qu’une communauté de sociétés politiquement souveraines admette la relativité internationale de leurs systèmes de régulation nationaux. Les monnaies nationales sont alors cotées selon un même étalon ; une même définition étalon du crédit contenu dans les monnaies nationales. Le bancor est valeur sous-jacente aux monnaies internationalement stables dans le temps, crédit international sous-jacent à l’intelligence universelle de la mesure de la valeur à terme. La stabilité de la mesure internationale du crédit proviendrait du marché international transparent des monnaies. De l’équilibration en droit du marché international de l’offre à la demande de toute monnaie nationale sortirait le prix de chaque système de réglementation financière. Le portage par des primes de change de la stabilité réelle des monnaies remplacerait la spéculation sur le réel simulé qui n’est pas engagé.

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L’actualité de la crise: comment poursuivre dans l’assistanat ?

François Leclerc

Durant toute une phase dont nous sommes en train de sortir, un mécano de fortune a été improvisé afin de tenter de stabiliser la crise financière et de gagner du temps, dans l’espoir que progressivement elle se résorbe.

Or, celui-ci est désormais grippé, laissant les dirigeants du monde occidental dans l’expectative. Les tensions à venir sur le marché obligataire global, et pas seulement celui de la dette souveraine, créent une situation qui va les amener à empiriquement rechercher un nouveau montage.

Cette construction faisait d’une pierre deux coups. Alimentant les banques en liquidités, afin que celles-ci reconstituent leurs marges en achetant des obligations souveraines; permettant en retour de financer la dette publique, et donc les mesures destinées à sortir de la récession. Car celle-ci menaçait à nouveau l’équilibre du système bancaire. En fin de parcours, les banques centrales récupéraient une partie de ces obligations, via les prises en pension réalisées en contrepartie de l’émission de leurs liquidités.

Les banques centrales étaient le moteur de ce mécanisme qui faisait des banques des intermédiaires obligés – à tous les sens du terme – entre elles et les Etats, tout à leur bénéfice. Accessoirement, dans le cas de la Fed et de la BoE, elles achetaient également sur le marché primaire (en direct) des obligations souveraines.

Un gros grain de sable est venu perturber ce mécanisme, lorsqu’il est apparu que les obligations souveraines n’étaient plus le refuge qu’elles étaient. En raison de l’accroissement de la demande sur le marché obligataire, celle-ci générant une inévitable hausse des taux à terme, à laquelle allait correspondre une baisse de leur valeur. L’addition des émissions des Etats et de celles des établissements financiers en était à l’origine, surenchérissant les coûts de financement des uns comme des autres et pesant sur les bilans des derniers.

Or, les émissions obligataires des Etats ne peuvent pas diminuer rapidement, sur la lancée de la poursuite d’importants déficits et d’une lente stabilisation de la dette, tandis que se profile à l’horizon une nouvelle réglementation financière, à laquelle les banques comme les assurances vont être soumises, qui va également susciter d’importantes émissions. Devant cette perspective, les banques firent alors pression sur les deux fronts, afin de soulager les tensions à venir dont elles ne veulent pas faire les frais. A l’encontre des Etats, en leur faisant savoir via les marchés qu’ils doivent réduire drastiquement leurs déficits (et donc leurs émissions), vis à vis de leurs autorités de tutelle, afin que les nouvelles contraintes soient réduites et étalées dans le temps.

Mais la suite des événements a compliqué ce calcul, après que la zone euro a été choisie comme point faible pour que sa démonstration soit la plus implacable possible. Les banques qui en étaient à l’origine ont été prises à leur propre jeu, risquant d’être atteintes en retour si les Etats ne supportaient pas la cure qu’elles leur imposaient, en raison de leur détention en grandes quantités d’obligations souveraines. La crise de la dette publique et celle de la dette privée n’ont alors plus fait qu’une.

D’Europe, d’où il est parti, ce nouvel épisode de la crise menace désormais de s’étendre aux Etats-Unis. On a cru que ce serait via la contagion affectant le système bancaire, cela a été endigué, mais la situation propre des Etats-Unis pourrait y suffire. La situation des Etats et des grandes municipalités pourrait être le levier de sa reproduction. Les quasi faillites comptables ne s’y comptent plus.

Afin de se financer, les collectivités ont émis des muni-bonds en quantité industrielle – de l’ordre de 2.500 milliards de dollars – sous forme de produits structurés complexes devenus illiquides (non négociables). Les monolines qui apportaient précédemment leurs garantie étant disparus lors d’un épisode précédent de la crise, les banques sont désormais directement exposées au risque de défaut. Leur refinancement posant au Trésor américain un redoutable problème, vu le niveau atteint par la dette; la Fed risquant en fin de compte d’être sollicitée pour monétiser cette dette, comme elle l’a massivement fait pour les crédit hypothécaires.

Cela représente une deuxième bombe à retardement, après celle de Fannie Mae et Freddie Mac, alors que l’hypothèse d’un retour de la récession prend corps aux Etats-Unis.

L’option la plus probable – une fois acquis que les banques centrales vont poursuivre leurs émissions de liquidité (même la BoE l’a annoncé, en dépit d’un taux d’inflation britannique actuel élevé au regard de la norme de 2%) – est qu’elles vont devoir se résoudre à réengager une politique de création monétaire intensive, en vue de financer des budgets publics qui vont à nouveau devoir être mis à contribution, afin d’éviter aux Etats de trop solliciter un marché dont les réactions sont redoutées. Cette décision, plus ou moins difficile à prendre suivant les pays ou les zones monétaires, n’est pas encore prise. Lorsque la récession frappera à la porte, pourra-t-elle être éludée ?

Certes, la politique suivie par les banques centrales des pays émergents pourrait contribuer à détendre un peu la situation, et éviter que des tensions trop fortes n’apparaissent sur le marché de la dette souveraine. Sachant que ce qui est cause dans un premier temps, c’est plus les disparités accrues de taux qui vont être enregistrées que le risque d’un krach obligataire. Mais l’écart va être important entre ce que les marchés vont pouvoir absorber et les émissions qui vont s’y présenter. Une hausse des taux, retardée tant que les obligations d’Etat étaient un refuge recherché, en sera la conséquence logique et inévitable.

Les banques centrales des pays émergents – en premier lieu celle de la Chine – vont devoir continuer de soutenir leurs marchés à l’exportation dans les pays occidentaux, en finançant leurs déficits, car les économies émergentes ont tout à craindre d’une récession venant frapper leurs principaux clients. Au lieu de réévaluer substantiellement le yuan comme le gouvernement américain le souhaite ardemment, avec comme effet espéré de diminuer les surplus commerciaux chinois et les déficits américains de même nature, la banque centrale chinoise continuera d’acheter des fortes quantités d’obligations libellées en dollars, en yens et en euros. A cet égard, on a remarqué que les Chinois viennent d’augmenter leurs achats de bons du Trésor japonais, privilégiant, comme il le font pour les obligations libellées en dollars ou en euros, les maturités courtes afin de diminuer les risques. La diversification des achats visant le même objectif. Mais cela ne suffira pas à éviter les tensions qui s’annoncent sur le marché obligataire.

La zone euro a pour sa part choisi un dispositif qui revient à faire profiter les pays qui ne pourraient plus se présenter sur le marché obligataire du taux, même majoré, qu’obtiendra le véhicule spécial dont le montage est en cours, lorsqu’il empruntera pour leur compte afin de leur prêter ensuite. Le responsable nouvellement nommé de celui-ci fait actuellement la tournée des agences de notation, afin d’obtenir la meilleure note possible et donc le meilleur taux. Il s’agit d’atténuer ainsi les disparités de traitement imposés par les marchés. Mais ce dispositif est fragile et sa viabilité n’a pas connu l’épreuve du feu.

Enfin, l’achat par la BCE d’obligations souveraines des pays à risque, qui se maintient à un niveau limité, ne parvient qu’à contenir les taux que ceux-ci vont devoir consentir à l’occasion de leurs opérations de roulement de leur dette, contribuant à rendre encore plus difficile le redressement de leurs finances publiques. Les Européens en sont encore au bricolage et aux demi-mesures.

C’est à l’échelle de toute l’économie occidentale qu’un même dilemme va se trouver posé, sauf à ce que les banques centrales monétisent la dette publique et accroissent encore leur rôle dans le fonctionnement assisté du système financier international. Comment choisir entre deux maux, une longue récession accompagnée d’une déflation et d’une lente décrue du déficit public puis de la dette, ou bien une élévation rapide et pesant sur les budgets du coût de celle-ci en raison de la poursuite de mesures fiscales de soutien à l’économie ?

En dernier recours, le FMI n’attend qu’une occasion de faire valoir les services qu’il pourrait rendre dans ce domaine en fouillant dans sa boîte à outils. Non plus en jouant les pompiers suivant de nouvelles formules et selon de nouveaux programmes plus adaptés à la crise – comme son intervention musclée en Europe centrale et de l’Est en témoigne (un soutien indirect à l’Europe de l’Ouest) – mais de manière encore bien plus ambitieuse, pour laquelle il ne peut aujourd’hui que prendre discrètement date.

L’idée est d’emprunter aux pays disposant d’importants surplus pour prêter à ceux qui ont besoin de financer leurs déficits ou leur développement, comme une super banque mondiale d’investissement, qui saurait s’entourer de garanties. Tout en leur proposant des rendements meilleurs que ceux que les bons du Trésor américains peuvent leur procurer, compte non tenu des incertitudes qui planent à leur sujet.

Ce programme suppose de donner aux prêteurs de sérieuses garanties pour les convaincre, la première d’entre elle étant d’accroître bien plus que prévu actuellement la répartition des droits de vote et des droits de tirage spéciaux au sein du FMI. Ce serait un premier pas vers un nouveau Bretton-Woods, où serait ensuite décidé une refonte globale du système monétaire international, pour laquelle les Chinois ont déjà avancé quelques idées force, et qui parachèverait l’édifice.

Mais cela ne pourra se réaliser qu’au prix de la perte par les Etats-Unis du statut privilégié du dollar. Leur économie pourra alors espérer retrouver son équilibre, non sans une profonde transformation de celle-ci et de la société. L’Europe n’y échappera pas non plus.

Dans ce nouveau contexte, il n’est pas exclu que puissent se glisser des éléments en rupture avec le système actuel, porteurs de leur propre dynamique…

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Les riches trinquent, les pauvres dégustent

Au moment où le gouvernement veut lancer une politique de rigueur, on apprend que les baisses d’impôts des 10 dernières années coûtent environ 100 milliards d’euros en 2009.

L’actualité est cocasse ces jours-ci. Alors que Sarkozy est soupçonné d’avoir reçu des financements illégaux pour sa campagne présidentielle de 2007 d’une milliardaire pratiquant l’évasion fiscale ; alors que l’Assemblée Nationale publie un rapport rédigé par Gillez Carrez (UMP) montrant que les baisses d’impôts octroyées depuis 2000 grèvent le budget de l’État d’environ 100 milliards d’euros, François Baroin nous annonce qu’il va falloir économiser 40 milliards en ratissant les étudiants, les chômeurs, les handicapés et les fonctionnaires.
Dans son rapport, le député Gillez Carrez détaille les baisses de prélèvement obligatoires accordées depuis l’an 2000. Ainsi le taux des prélèvements obligatoires est passé de 44% en 2000 à 41,5% en 2009 (hors mesures de relance). La moitié des allègements le sont pour l’impôt sur le revenu. Ainsi, uniquement pour cet impôt, le manque à gagner que représentent ces nouvelles mesures prises depuis 2000 est chiffré entre 33 milliards et 42 milliards, alors qu’il en a rapporté 47,7 milliards en 2009... Les baisses des impôts sur les sociétés coûtent quant à elles entre 7 et 10 milliards. Parmi ces baisses accordées figure le crédit impôt recherche, épinglé dans un récent rapport du Sénat (son efficacité reste à prouver et un effet d’aubaine permet des montages financiers pour toucher plus de crédit d’impôt). D’autres allègements sont également évoqués tel le passage du taux de TVA de 20,6 à 19,6, la baisse du taux de TVA dans la restauration (pour une partie de l’année 2009), les allègements sur les successions et donations.
Enfin l’État a également dû compenser certains allègements consentis (heures supplémentaires, taxe professionnelle).
Un rapide calcul montre que Sarkozy a assez largement participé à ces allègements :
  • Loi TEPA (paquet fiscal) qui défiscalise les heures supplémentaires, exonère les droits de succession, offre un crédit d’impôt pour les intérêts des emprunts immobiliers, et bien sûr renforce le fameux bouclier fiscal (qui existait déjà sous Villepin). Elle a coûté 7,7 milliards en 2008. La montée en puissance de certains dispositifs peut laisser penser que son coût est désormais plus élevé.
  • Le crédit impôt-recherche est passé de 980 millions en 2006 à 4,1 milliards d’euros en 2009.
  • La TVA sur la restauration est passé de 19,6 % à 5,5 %, pour un coût d’environ 3 milliards d’euros en année pleine (d’après le rapport de Gilles Carrez).
  • Une exonération d’impôt sur la revente de filiales qui a coûté 22 milliards d’euros en trois ans (soit une moyenne d’un peu plus de 7 milliards par an, pour ceux qui ont la flemme de calculer).
Au total ces quatre mesures représentent un manque à gagner pour l’État d’environ 22 milliards d’euros par an. À cela il faudrait ajouter le remplacement partiel de la taxe professionnelle par la contribution économique territoriale. Une partie du montant de la taxe professionnelle est compensé par l’État auprès des collectivités territoriales. Pour quel coût ?
Ces allègements d’impôts depuis les années 2000 se sont ajoutés à une augmentation des revenus des très riches l’INSEE remarque ainsi que « Entre 2004 et 2007, les revenus moyens des très hauts revenus ont augmenté plus rapidement que ceux de l’ensemble de la population. Le nombre de personnes franchissant des seuils symboliques de revenus annuels s’est également accru, d’où une augmentation notable des inégalités par le haut. ». Alors que le revenu moyen a augmenté d’un peu moins de 10% entre 2004 et 2007 pour 90 % des moins riches, ces revenus ont augmenté de près de 30 % pour les 0,1 % les plus riches et de 40 % pour les 0,01 % les plus riches.
Les riches vont bien, merci pour eux (pour s’en assurer on peut aussi consulter cette autre étude de l’INSEE).
Par ailleurs la part des salaires dans la valeur ajoutée des entreprises a perdu environ 5 points depuis le début des années 1980. Quelle importance ? Les cotisations sociales sont payées sur les salaires et remplissent donc les caisses de l’état. Si au lieu de payer des salaires, l’entreprise verse des dividendes à ses actionnaires ou des primes à ses salariés, l’État ne touche plus ces cotisations... De même 9,3 % du PIB est passé des salariés aux actionnaires, là aussi c’est non seulement un manque à gagner pour les salariés mais aussi pour l’État.
Résumons : les gouvernements depuis 2000 ont consenti des baisses d’impôts, les riches gagnent toujours plus, les salariés perçoivent une part plus réduite des revenus de l’entreprise et donc l’État reçoit moins de cotisations. Pas de surprise : le déficit se creuse.
Par exemple, Gilles Carrez estime que le déficit public aurait été de 3,7 % du PIB en 2009 au lieu de 7,5 % si les baisses d’impôts depuis 2000 n’avaient pas eu lieu (ou si elles avaient été compensées par d’autres recettes, par exemple).
Ainsi les seules raisons des mesures d’austérité prônées par François Baroin, ce sont l’appauvrissement de l’État organisé depuis 2000 et les dividendes versés aux actionnaires au détriment des salariés. Quelle conclusion en tire le ministre ? Revenir sur des allègements consentis ? Augmenter la fiscalité sur les plus riches ? Lancer des négociations pour l’augmentation des salaires ? Non. Geler les salaires des fonctionnaires, augmenter moins rapidement que prévu l’allocation pour les handicapés, diminuer le nombre d’emploi aidés pour aider les chômeurs de longue durée (c’est vrai que le chômage n’est plus un problème dans notre pays).
Assumez votre politique MM. Baroin, Fillon et Sarkozy, précisez-bien que pour que Liliane Bettencourt touche son chèque de 30 millions d’euros du fisc, pour que les salariés ayant déjà un emploi à temps plein puissent faire des heures supplémentaires défiscalisées, pour que les riches paient toujours moins d’impôts, il faut demander aux handicapés, chômeurs, fonctionnaires, étudiants de se serrer la ceinture. Après tout ils ne sont plus à ça près…

http://www.agoravox.fr/actualites/economie/article/les-riches-trinquent-les-pauvres-78059

La critique de cinéma en question (entretien avec Stéphane Ledien, de la revue Versus)

La critique des médias devrait s’intéresser davantage à la culture et à son traitement. Pour poursuivre les réflexions sur l’état de la critique de cinéma, après notre article sur le traitement médiatique d’Avatar, nous avons questionné Stéphane Ledien, directeur de la publication et co-rédacteur en chef de la revue de cinéma Versus. Versus est une revue trimestrielle animée par des bénévoles, elle existe depuis huit ans et propose, comme son sous-titre l’indique, un « contrepoint de vue sur le cinéma » [1].

- Pouvez-vous nous décrire un peu le paysage actuel de la critique de cinéma (différents types de publications, pratiques, tendances, etc.) ?

De notre point de vue, la critique cinématographique officielle émanant des médias de masse et des grands groupes de presse souffre des mêmes carences que la presse généraliste ou politique : un manque d’indépendance et de recul analytique. Les journalistes et critiques de cinéma des médias influents s’occupent de couvrir les événements et sorties du moment. Pas forcément les plus populaires, grand public, ou commerciaux, mais les plus immédiats et les plus brûlants en terme d’exploitation dans le temps. Combien de fois ne nous a-t-on pas demandé si nous ne craignions pas de proposer de l’information « périmée » de par notre périodicité trimestrielle.

La majorité dominante cultive l’idée qu’il faut faire du flux, enchaîner les articles, s’insérer dans le fil ininterrompu des informations globalisées, diffusées à grande échelle ou démultipliées. Et les médias de masse le font en vertu des formatages informationnels que leur imposent incidemment les groupes dont ils sont issus. Voyez comme les instituts de sondage appartiennent par exemple à des groupes de presse ; la fabrication de l’information rejoint celle de l’opinion et relever cette collusion n’a rien de conspirationniste.

À l’échelle de la critique cinématographique, le problème reste le même, moins politisé (encore que…) mais prégnant. Ça n’est pas tant une connivence entre les producteurs/distributeurs cinématographiques et les critiques (ça existe, et l’on voit des majors récompenser chaudement par des exclusivités les supports complaisants), que des partis pris d’une rigidité risible, automatiquement appliqués à tout ce qui sort de leur système de valeurs. Notez comme Télérama fustige par exemple une production hollywoodienne toute de bleu vêtue sur la seule base au final de son énorme succès populaire (tout en ébauchant une critique qui ne tient pas : scénario faible, laideur esthétique, etc. Ah bon ? Selon quels arguments solides ?). Or, de la même manière qu’un film ne peut être décrété excellent juste parce qu’il rassemble un public nombreux, on ne peut pas en fustiger un autre pour les spectateurs qu’il rameute.

Mais pour en revenir aux revues ou magazines de cinéma, quelques-uns et unes font encore un travail de fond (Positif…). La grosse tendance qui change un peu la donne, ce sont les blogs et espaces de critique sur le Net. Mais ça ne contredit pas l’idée qu’il n’y a plus beaucoup de fond ; au contraire, la démultiplication des prises de parole, notamment sur les réseaux communautaires, ne fait que renforcer la volatilité des opinions à propos d’un film (et à propos de tout en général). Les statuts, « tweets » et autres « posts » cessent d’avoir une quelconque importance dès lors qu’ils sont remplacés par le commentaire suivant. Et les commentaires des autres internautes parasitent aussi la chose. Il n’y a plus de discours critique de fond, hormis avec quelques supports : il ne reste que des avis qui se complaisent dans la brièveté, l’immédiateté de leur expression. Et, fait inquiétant : le public préfère ce type d’intervention au contenu analytique plus soutenu, plus approfondi (et plus long à lire aussi…). L’audience le prouve en tout cas ; mais ceci dit, l’audience n’est-elle pas en partie fabriquée ?

- Comment définiriez-vous les différents modèles économiques qui régissent les publications spécialisées ?

Les modèles sont bouleversés ; le financement par l’unique publicité, sur papier comme en ligne, a trouvé ses limites, d’autant que les investissements dans ce sens sont en recul, crise oblige. Le contenu gratuit sur Internet ou même sur papier (ces affreux quotidiens torche-cul que distribuent de grands groupes industriels…) est un leurre. Qui peut croire que la bonne information ne se paie pas ? Et même la mauvaise, d’ailleurs. Il faut quelqu’un pour la décortiquer, la présenter sous un jour analytique intéressant ou accrocheur ; cela requiert des compétences pointues. Qui se paient à juste titre. Mais la presse payante a du mal à s’autofinancer, surtout la plus indépendante, condamnée à disparaître si les mentalités ne changent pas et si le public ne prend pas la prétendue gratuité pour acquise.

En fait, la gratuité se paie : par un préformage promotionnel, publicitaire, idéologique. Certains ont le sentiment d’accéder à du contenu gratuit mais ils ne sont exposés qu’au discours ambiant, à du prémâché émanant de la doxa. Le meilleur modèle c’est pourtant celui d’une presse que l’on paie parce qu’elle se mérite (au moins aux yeux de celui qui l’achète). Les souscriptions, abonnements, sont aussi la voie du salut économique pour des petites structures comme la nôtre. Simplement, il faut que les lecteurs potentiels soient nombreux à connaître le titre pour s’abonner. Or, sans moyens de s’afficher un peu partout, on n’émerge pas. C’est une quadrature du cercle mais penser que faire un gratuit distribué dans la rue ou du contenu accessible à tous et sans rétribution sur le Net s’inscrit dans l’avenir est une aberration, un non-sens culturel.

- Avez-vous observé des modifications significatives dans la presse de cinéma depuis que vous vous y intéressez ? Et si oui, lesquelles ?

Plus le temps passe, plus les choses se doivent d’aller vite, du moins dans l’esprit de ceux qui font les mass media d’aujourd’hui. Tout est dans l’immédiateté du jugement critique, la publication avant l’heure des opinions et avis. Le premier qui a parlé a raison, alors chacun cherche à être le premier à en parler. Prendre du recul, prendre le temps de revenir sur un film, quitte à paraître moins séduisant aux yeux des lecteurs du tout-venant médiatique, c’est l’approche qui nous convient. Au risque de ne pas rassembler un public nombreux.

- La montée en puissance d’Internet a-t-elle modifié le champ de la critique de cinéma ? Et si oui, comment ?

Internet a modifié les comportements d’écriture ; puisqu’il y a une écriture spécifique à l’Internet (et heureusement), plus directe, plus droite, plus courte (qui répond à la demande instantanée de qui se connecte sur le réseau). Et aussi les comportements de lecture, car on ne lit pas sur le Net : on absorbe, on visualise, on est inondé d’informations. Le champ de la critique est indéniablement influencé par ces bouleversements ; tout s’inscrit dans une frugalité de l’instant, dans l’idée d’une péremption imminente (donc il faut vite en parler avant de passer à autre chose). On constate même que le « Web 2.0 », l’esprit communautaire, l’appel à l’interactivité et le langage de la connexion spontanée et immédiate ont contaminé les médias imprimés. Jusque dans les maquettes des journaux.

- Que pensez-vous des émissions de cinéma à la radio et à la télévision ?

Elles s’inscrivent dans le discours ambiant ; soit c’est promotionnel (il en faut mais il ne faudrait pas que ça…), soit c’est dicté par l’audience de la station/chaîne concernée. Le souci vient de ce que ce sont toujours les mêmes intervenants : en France, si je comprends bien, on n’a qu’un philosophe (BHL) et une poignée de critiques. Toujours les mêmes, emmenés par un nez rouge de l’intelligentsia cocaïnée et/ou imbue d’elle-même (Frédéric Beigbeder), qui copinent avec les producteurs et distributeurs, qui se saluent à tous les événements cinématographiques et évitent de s’affronter idéologiquement. Leur leitmotiv : assurer leur visibilité et éviter toute confrontation de discours, d’idées…

Il y a un écœurant confort intellectuel dû à leur posture d’intouchables médiatiques. Ils paressent, développent toujours les mêmes théories, souvent faussées d’ailleurs. Et débitent des idioties, pas parce qu’ils n’ont pas la culture nécessaire, mais plutôt parce qu’ils ont perdu le goût de cette culture et parent au plus pressé. Ils se complaisent dans la couverture quantitative, voient des films en pagaille (trop !), enchaînent le tout de façon alimentaire, mais avec la posture d’intellectuels décryptant des codes qu’ils prétendent être les seuls à percevoir. Ils se comportent en dirigeants du savoir ; ils ne sont pas dénués d’intelligence, mais d’honnêteté.

Et puis la France a un problème avec les notions de divertissement, excepté avec le genre de la comédie. L’auteurisme à la française a un peu tué l’approche sensorielle du 7e Art, y compris aussi dans son appréhension critique. Les plumitifs officiels se gargarisent de leurs bons mots, ils sacralisent leurs saillies au lieu de se concentrer sur le matériau filmique étudié. La « starification » critique, c’est le début de la fin en termes analytiques. Et c’est franchement insupportable. Qui trouve François Bégaudeau intéressant ? Lequel, quand il siégeait au CNC, demandait à ce distributeur indépendant qui souhaitait ressortir Le Monde, la chair et le diable en salles : « mais pourquoi vous voulez ressortir ce film ? ». Mais pourquoi pas, surtout [2] ?

- Quelles relations entretiennent les revues spécialisées et leurs journalistes avec les distributeurs de films et les attachés de presse ?

Elles se doivent d’être respectueuses, mais pas politiquement correctes, c’est là la nuance. Chacun fait son travail et toute connivence est un leurre, une tare systémique. Il convient de travailler ensemble mais de cultiver l’indépendance : de sa position, de ses idées, de sa démarche. Il ne s’agit pas de rendre service, juste d’accéder aux programmes et films diffusés et de les éclairer selon ses propres valeurs et convictions. Ça ne fait pas des critiques les ennemis des attachés de presse ; nous entretenons de bons rapports avec eux, à partir du moment où ils ne se mettent pas en tête de nous dicter notre conduite et nos propos. Et nous laissent le choix. Tout comme nous n’avons pas à juger leur travail de fond, d’exposition ; la promotion, c’est un boulot nécessaire. Et respectable ; après, ce sont les méthodes employées qui peuvent ne pas l’être. Mais en tant que média indépendant, il est salvateur, aussi, de garder ses distances, et de visionner les choses par ses propres moyens, notamment en payant sa place, ce qui change le rapport au film. Trop de critiques ne mesurent plus le spectacle en vertu du prix du ticket déboursé ; et pourtant, ça joue.

- Avez-vous constaté une évolution du rapport critique/promotion ? Et si oui, dans quel sens ?

La limite entre les deux n’est pas ténue, contrairement à ce que certains veulent faire croire. Je ne sais pas s’il y a eu une évolution réellement significative par rapport aux années 1990, par exemple ; les moyens de diffusion de l’information ont changé, il est plus facile qu’autrefois d’obtenir des informations sur un film et les dossiers de presse circulent plus librement, ou plus facilement. La facilité éditoriale a toujours existé, de mon point de vue ; et je dirais que ça n’est pas la faute, pour le coup, des dossiers de presse ou de ceux qui les rédigent et les mettent à disposition des médias. Les critiques subissent plus de pression qu’auparavant, c’est certain : ils sont contraints d’en voir plus, et plus vite, surtout à l’aune des évolutions technologiques. Cela les pousse (mais ça ne les excuse pas) à tirer à la ligne, à produire en masse du contenu critique qui n’a pas un temps de maturation nécessaire pour se considérer comme réfléchi.

Y a-t-il plus de promotion aujourd’hui qu’hier ? Indéniablement, oui, puisque les médias et prises de parole se sont démultipliés. Et, paradoxe effroyable, les blogs et autres espaces dits alternatifs s’empressent de relayer ladite promotion ; parce que les majors les flattent en les associant aux supports premiers servis. Ceux qui hier dénonçaient dans leur coin la politique culturelle ou commerciale de tel distributeur ou éditeur sont maintenant des leaders d’opinion « geek », « web-communautaire » et tout ce qu’on voudra. L’industrie du film a acheté leur rébellion, en somme. Et compris la versatilité de leurs convictions, aussi.

- Un film qui bénéficie d’une importante promotion dans les grands médias (notamment à la télévision) ne génère-t-il pas parfois des critiques négatives de « posture » dans la presse spécialisée ?

Hélas, si, et c’est une aberration. La preuve avec Avatar, évoqué plus haut. Le succès est louable pour tout film « populaire » dans la bouche des médias, mais ils ont un relatif problème avec les grosses machines « américaines ». Toute estampille états-unienne qui remporte un franc-succès est forcément médiocre, ou au mieux légère et indigne d’analyse profonde, d’après eux. Et inversement, ce qui marche est forcément qualitatif, pour les patrons des studios comme pour les PDG des chaînes de télévision. Est-ce contradictoire ? Non, ça participe d’une même pensée unique, d’un formatage des esprits où thuriféraires et détracteurs, au fond, s’entendent sur un seul et même aspect, critère, critique : la notion de succès. C’est un petit jeu entre eux. Les imposteurs sont vite démasqués mais il fut un temps où c’était un processus de démystification plus long : songez qu’aucun média ne s’était attardé de façon significative sur Die Hard (Piège de cristal) quand il est sorti en France. Et aujourd’hui, les indifférents d’hier veulent nous rappeler (sous-entendu : ils le disaient déjà à l’époque) que John McTiernan, son réalisateur, est un génie. Belle arrière-garde.

- Comment la politique éditoriale d’une revue de cinéma se définit-elle ?

Les courants, esthétiques, thématiques, sociologiques (le public, mais aussi le contexte de production, la toile de fond du film, etc.) constituent la base d’observation et d’analyse la plus viable et solide pour définir une ligne éditoriale. Ce qui fait l’esprit d’une revue vient de son ton, de son rapport à l’image en mouvement, de sa perception de l’art mais aussi et surtout de ses valeurs, morales, artistiques, humaines. Une revue ou un magazine s’incarne dans un point de vue, une approche unique si possible du cinéma. Voire d’un genre. Pour Versus, l’approche est éminemment politique et esthétique ; nous mettons l’homme et la société au cœur du processus d’analyse des films et programmes audiovisuels que nous traitons dans nos colonnes. Si l’on veut s’enflammer un peu, disons que notre approche se veut anthropologique.

- Comment se porte la critique de cinéma et quel devrait être son rôle selon vous ?

La critique ne devrait plus appartenir à un cercle fermé ; mais si chaque blogueur s’improvise chroniqueur et expert, l’effet est tout aussi pernicieux. La critique spontanée appartient certes à tout le monde, merci Twitter et consorts (hum), cependant l’analyse de fond n’est pas l’apanage de tous ; réaliser est un métier, chroniquer, écrire sur le cinéma en est un autre. Je pense que la citrique se doit d’être professionnelle, sérieuse, rigoureuse, réfléchie. Ça ne signifie pas qu’il faille s’en remettre aux rouleaux compresseurs de l’information. Priorité à l’indépendance. Ce qui n’est pas la même chose que l’amateurisme, pas forcément très travaillé.

- L’évolution en cours vous semble-t-elle irrémédiable ou existe-t-il des moyens de la contrecarrer ? Si oui, lesquels ?

Irrémédiable, non ; la période est à la mutation en général. J’ose croire que les contenus, papier et en ligne, vont s’épurer, qu’il va se faire un nivellement par la qualité et la profondeur éditoriales. Et les modèles économiques vont trouver, j’espère, leur idéal. Plus que tout, il faut que la presse libre demeure. Elle est le garant d’une opinion différente, approfondie, en marge de l’urgence de production dans laquelle le monde a jeté l’ensemble des médias influents, et industriellement imposants.

Entretien réalisé par Laurent Dauré

- Pour obtenir des informations sur la revue Versus et sur les moyens de se la procurer, voir le site Internet

Notes

[1] Pour obtenir des informations sur la revue et sur les moyens de se la procurer, voir le site Internet.

[2] François Bégaudeau faisait partie de la commission d’aide sélective à la distribution de films de répertoire en 2007.Il a posé cette question à Marc Olry, alors gérant de la société de distribution Madadayo Films. Finalement, Le Monde, la chair et le diable de R. Mac Dougall (distribué par Madadayo Films) a obtenu une aide (5 000 €). (Précisions fournies par S. Ledien.)

http://www.acrimed.org/article3407.html

CGTP desiludida após reunião com a ministra do Trabalho


As expectativas da CGTP são muito baixas, depois da reunião que manteve com a ministra do Trabalho. Foi a primeira reunião bilateral para o pacto do emprego, com a CGTP a acusar o Governo de querer discutir o documento ao mesmo tempo que avança com medidas do PEC, que ameaçam agravar o desemprego. Pormenores com a jornalista Natércia Simões.

http://tv1.rtp.pt/noticias/?t=CGTP-mobiliza-com-Pacto-para-o-Emprego-em-agenda.rtp&article=358340&visual=3&layout=21&tm=6


CGTP mobiliza com Pacto para o Emprego em agenda

A CGTP acusa o Governo de querer discutir as propostas para o emprego ao mesmo tempo que avança com medidas do Programa de Estabilidade e Crescimento (PEC) que ameaçam agravar o desemprego. O aumento dos despedimentos está na base da convocatória, para 5ª feira, de greve e protestos por todo o país. A CP já admite atrasos e supressões de comboios, principalmente na região do Porto.

A CGTP convocou manifestações, greves e plenários para amanhã, quinta-feira, como forma de contestar o que considera ser o aumento da precariedade nas relações laborais, o crescimento do desemprego e os cortes nas políticas sociais e económicas do Governo.

"Queremos que este dia seja um sinal de protesto e de luta contra as políticas do Governo e que ao mesmo tempo seja um sinal de aviso para o patronato e o PSD, contra qualquer intenção que tenham de alterar a legislação laboral no sentido de a flexibilizar mais", disse Arménio Carlos, da Comissão Executiva da Intersindical.

A CGTP pretende que as acções de protesto, sob a forma de manifestação ou plenário, tenham expressão em todas as capitais de distrito portuguesas, incluindo regiões autónomas. Para Lisboa, estão convocadas concentrações dos funcionários da Administração Local e uma manifestação que terminará junto ao Palácio de São Bento, residência oficial do primeiro-ministro.

O protesto desta 5ª feira foi marcado na sequência da adesão à manifestação de 29 de Maio, quando milhares de pessoas marcharam pela Avenida da Liberdade, em Lisboa, contra as medidas de austeridade consignadas no PEC.

CP admite atrasos e supressões de comboios

Existem pré-avisos relativos à paralisação de diversos sectores, para facilitar a presença dos funcionários nas manifestações e plenários, ou em empresas onde existem situações de bloqueio negocial.

O sector ferroviário foi um dos sectores a emitir pré-avisos de greve de 24h. Por este motivo, poderão registar-se alterações nos serviços da CP, REFER, metros do Porto e de Mirandela, CP-Carga e EMEF (manutenção).

"Consideramos que é preciso lutar em cada empresa porque os trabalhadores enfrentam uma forte ofensiva", defendeu um dirigente do Sindicato Nacional dos Trabalhadores do Sector Ferroviário, que convocou a paralisação.

A CP admite que a greve vá provocar "alguma perturbação" na circulação de comboios, prevendo maior impacto na região do Porto, onde se deverão registar "bastantes atrasos e supressões". A empresa acrescenta que irá disponibilizar transporte rodoviário alternativo.

Para a região urbana de Lisboa, a empresa espera que se realizem a maior parte das circulações, embora com "alguns" atrasos e supressões.

Para os serviços de Alfa Pendular, Intercidades e Internacionais não estão previstas perturbações, enquanto os comboios regionais devem registar atrasos.

As bilheteiras das estações também poderão ser afectadas.

CGTP faz depender debate do Pacto para o Emprego de reformulação do PEC

A Intersindical e o Ministério do Trabalho tiveram a primeira reunião a propósito do Pacto para o Emprego, depois de ontem ter sido recebido o secretário-geral da UGT.

"Insistimos com o Governo que uma discussão de qualquer pacto para o emprego só alterando pressupostos de partida, porque senão não dá", comentou o secretário-geral da CGTP, após um encontro com a ministra do Trabalho e da Solidariedade Social.

A Intersindical avisa que só voltará ao debate quando o Executivo "reformule, e em muitos casos, anule" medidas económicas apontadas no âmbito do PEC. "Apresentámos uma sistematização mais apurada de um conjunto de propostas que já fizemos, chamando a atenção para aspectos absolutamente fundamentais", acrescentou Carvalho da Silva.

"As medidas apontadas pelo Governo no PEC são limitadoras do crescimento económico e apontam não para o aumento do emprego, mas para a diminuição do emprego, quer no sector privado quer no sector público", defendeu o sindicalista.

As mesmas questões colocam-se à área social, "porque estamos perante um agravamento da crise e não a sair da crise, e não se justifica os cortes feitos na protecção aos desempregados, na protecção a camadas da sociedade que estão mais desprotegidas", sublinhou.

"Chamamos a atenção para uma questão que é fundamental: se se quer um contributo sério dos trabalhadores para a alteração do modelo de desenvolvimento da sociedade e da economia e também para a competitividade e produtividade das empresas, há um instrumento indispensável, que é revitalizar a contratação colectiva", sublinha Carvalho da Silva.

Esta quarta-feira decorreu a primeira reunião entre a ministra do Trabalho e os representantes dos parceiros sociais para definir um conjunto de propostas para estimular o emprego. Helena André não prestou declarações à imprensa. Carvalho da Silva explica que "após esta ronda (o Governo) avançará com posições que recolheu do que observou junto dos parceiros sociais, mas até agora nada. Esperemos que o faça".

Ontem, o secretário-geral da UGT sustentava que um Pacto para o Emprego só faz sentido se forem assumidos compromissos com efeitos imediatos nas áreas económica, social, finanças, trabalho, emprego e qualificação.

"Os trabalhadores e as empresas têm de entender que um pacto deste género tem impacto positivo na sua vida mas para isso é necessário que se percebam os objectivos dos compromissos e os seus efeitos imediatos", afirmou João Proença após a reunião com Helena André.

PCP apela a contestação

No segundo e último dia da visita a Atenas, o secretário-geral do PCP defendeu a importância de os trabalhadores se expressarem contra as medidas. Jerónimo de Sousa afirma, na véspera do dia nacional de protesto da CGTP, que Governo e PSD "não passarão incólumes".

A paralisação em Portugal coincide com uma nova greve geral na Grécia, também motivada pelas medidas de combate à crise.

Jerónimo de Sousa esteve durante dois dias em Atenas a convite do Partido Comunista Grego, em que pretendeu "aprofundar o conhecimento da situação na Grécia e da luta dos trabalhadores e do povo grego face à ofensiva das medidas de austeridade do governo do Pasok, implementadas com o apoio da União Europeia e do Fundo Monetário Internacional".

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El asesinato de José Juan Rosales Pérez, militante del Sindicato Mexicano de Electricistas

Gerardo Peláez Ramos

De espaldas al repudio generalizado en México y el extranjero a su política de represión violenta de la protesta social, y de persecución, encarcelamientos y asesinatos de dirigentes, activistas y miembros de filas de los sindicatos independientes y democráticos, de organizaciones campesinas e indígenas y de ciudadanos defensores de los derechos humanos, el gobierno de Felipe Calderón Hinojosa se adentra en el camino de la instauración de un sistema político que tiene como modelo al régimen de la oligarquía colombiana, conocido por ponerse de rodillas ante los monopolios y administraciones de Estados Unidos, tratar de destruir con el ejército y las bandas paramilitares a las fuerzas sociales y políticas patrióticas, democráticas y revolucionarias, “combatir” al narcotráfico con el apoyo de unos cárteles en detrimento de otros, llenar las cárceles con más de 7 mil 200 presos políticos y convertir en desplazados a cientos de miles de hermanos colombianos. Es un proyecto elaborado, perfeccionado y definido en Washington, bajo la conducción de los jefes militares y los órganos de seguridad, espionaje y provocación de Estados Unidos.

Para imponer un régimen similar al del conocido agente yanqui Álvaro Uribe Vélez, Felipe Calderón y el Partido Acción Nacional requieren de la eliminación del Sindicato Mexicano de Electricistas, el Sindicato Nacional de Trabajadores Mineros, Metalúrgicos y Similares de la República Mexicana, la Unión Nacional de Trabajadores y otros organismos sindicales independientes y democráticos, así como de algunos sindicatos encabezados por líderes charros, que, pese a su antidemocracia y falta de combatividad, no son completamente del agrado del neoliberalismo panista; de impulsar el predominio de los sindicatos blancos, liderados por la Federación Nacional de Sindicatos Independientes, fundada en marzo de 1936 como agrupación local, convertida en nacional, en 1964, y hoy día en notorio crecimiento en algunas entidades federativas; de eliminar como fuerza social decisiva a las confederaciones campesinas y los movimientos indígenas ascendentes, a la vez que busca someter a la izquierda política opositora. Es un programa que se propone eliminar todas las conquistas del pueblo mexicano alcanzadas en la Guerra de Independencia, en la Reforma y en la Revolución mexicana, para uncirnos como furgón de cola al ferrocarril del imperialismo norteamericano.

En ese marco se ubica el asesinato ocurrido el pasado 23 de junio del compañero José Juan Rosales Pérez, militante distinguido del SME encargado del campamento de resistencia instalado en Insurgentes y Reforma, frente a las oficinas de la Comisión Federal de Electricidad, quien al salir de su domicilio fue acribillado a balazos por dos sujetos que se dieron a la fuga. Con razón, la Federación Sindical Mundial señala que este homicidio “…se realiza en el fragor de la lucha de los 44 mil trabajadores del SME por su retorno a su centro de trabajo y por la exigencia de que el gobierno de México resuelva sus demandas. Todos los trabajadores del SME fueron despedidos intempestivamente el 10 de octubre del 2009, mediante un asalto militar y policial a las instalaciones de la empresa pública Luz y Fuerza del Centro (LyFC), método tradicional de las dictaduras en América Latina.

“Por tanto, la Federación Sindical Mundial condena enérgicamente el vil asesinato del compañero José Juan Rosales Pérez y expresa sentidas condolencias a sus familiares y al SME.

“La FSM responsabiliza al gobierno del señor Felipe Calderón, por las graves consecuencias que actualmente están sufriendo los trabajadores del SME, como el asesinato del compañero Rosales Pérez, (así como en) más de 8 meses miles de trabajadores no reciben salarios, (y) hay varios trabajadores con su salud muy deteriorada por la huelga de hambre que vienen realizando en el Zócalo (Plaza Mayor de México)”.

La combativa central vasca Langile Abertzaleen Batzordeak , LAB ( Comisiones de Obreros Patriotas ), afiliada a la FSM y organizadora de importantes huelgas recientes, expresa su “…total solidaridad con los compañeros del Sindicato Mexicano de Electricistas (SME) injustamente represaliados por defender su derecho a un trabajo digno.

“Asimismo, condenamos enérgicamente el asesinato del dirigente sindical Juan José Rosales Pérez, que previamente había sido amenazado por defender sus derechos como trabajador. Está claro que este asesinato no podría haberse llevado a cabo, si los asesinos no hubieran contado con la connivencia y complicidad de los poderes y administración públicos.

“Igualmente, nos solidarizamos con el compañero Cayetano Cabrera Esteva que lleva ya más de 60 días en huelga de hambre en protesta por la disolución de la empresa Luz y Fuerza del Centro y por el despido de más de 40.000 trabajadores y trabajadoras. Su salud se ha deteriorado gravemente y su vida corre grave peligro”.

LAB agrega con precisión: “Está claro que todas estas decisiones del gran capital y de sus dirigentes lacayos no son casuales, sino que responden a una política de intento de aniquilación del sindicalismo de clase y combativo, máxime en estos tiempos de crisis capitalista. Una crisis que crearon la banca, el FMI y los gobernantes que, a lo largo y ancho del mundo, están a su servicio (también en México y el País Vasco).

“Quieren hacernos pagar a la clase trabajadora, la crisis que los grandes capitalistas, la banca y sus gobiernos títeres han creado, y nosotros y nosotras no estamos dispuestos a ello. Como decimos aquí, “No falta dinero, ¡Sobran ladrones!”.

Por su parte, el SNTMMSSRM en un boletín manifiesta que este crimen “…forma parte de la embestida que contra los trabajadores ha sostenido el actual gobierno. Mineros, electricistas, trabajadores de la educación, sobrecargos de aviación, campesinos y muchos gremios y grupos populares más hemos sido víctimas de esta política fascista represora proveniente de las diversas instancias del actual gobierno. Se configura, entonces, un estado de agresión permanente contra los trabajadores, sus dirigentes y sus organizaciones.

“ Sean cuales sean las supuestas motivaciones o causas de estas agresiones, es evidente que el grupo actualmente en el poder, está acudiendo a los métodos de la violencia para acallar o suprimir la independencia de organizaciones sindicales independientes y democráticas, tal como hemos sufrido hace más de cuatro años en el Sindicato Nacional de Mineros.

“ El grupo en el poder se vale de estos recursos, una vez que ha fracasado en su intento de crear supuestas y falsas ‘oposiciones’ o ‘disidencias’ dentro de las organizaciones sindicales, como lo ha intentado en el sindicato minero a través de sujetos inmorales y traidores como el ‘Sope’ Elías Morales o Carlos ‘la Marrana’ Pavón, y últimamente en el Sindicato Mexicano de Electricistas a través del desleal Alejandro Muñoz, quien actúa como sirviente dócil del titular de la Secretaría del Trabajo y Previsión Social, Javier Lozano Alarcón”.

Además de golpizas, amenazas y otras acciones repudiables contra los socios del SME, las autoridades judiciales han instrumentado acciones completamente ilegales e ilegítimas. Así, un organismo morelense defensor de los derechos humanos plantea en un escrito: “El día de hoy, 28 de junio de 2010 a las 12:30 horas aproximadamente, fue detenido Marco Antonio García Barrera, subsecretario del Interior de la División Cuernavaca del Sindicato Mexicano de Electricistas (SME), por elementos que se identificaron como de la Agencia Federal de Investigaciones (AFI), a pesar de exhibir dos amparos interpuestos ante juzgados federales ante las presuntas amenazas de detención, suscitadas a raíz de la violenta irrupción realizada por elementos de la PFP en las instalaciones de la compañía de Luz y Fuerza en Teopanzolco, que originó una represión con decenas de heridos y un trabajador atropellado. Los elementos de la AFI pasaron por encima de los dos amparos interpuestos, señalando que éstos habían sido declarados sobreseídos porque cuando se interpusieron aún no se había liberado la orden de aprehensión.

“Al igual es importante denunciar que al compañero Héctor Salazar Porcayo, actual subsecretario general del SME en Cuernavaca, en el transcurso de esta mañana también fue buscado por dichos agentes policíacos en su domicilio particular, por lo que a petición del mismo una delegación de la Comisión Independiente de Derechos Humanos (de Morelos) hicimos acto de presencia en las instalaciones de la PGR en Chipitlán, en donde solicitamos se nos autorizara entrevistarnos con el subsecretario del Interior Marco Antonio García Barrera, pero ahí se nos informó que ya había sido trasladado directamente al Centro Estatal de Readaptación Social de Atlacholoaya, por lo que fuimos recibidos por el Delegado Estatal de la PGR, Rolando López, quien nos informó que estos hechos habían sido consignados en la Causa penal 63/2010 y que se encontraba radicada en el 4o. Juzgado de Distrito con sede en esta Ciudad, a cargo de la Jueza Griselda Sáenz Horta y que el delito a perseguir es privación ilegal de la libertad con el agravante de ser contra funcionario público”.

Pero no la tienen fácil los politicastros panistas y sus jefes empresariales nacionales y extranjeros. La resistencia del SME, como la del sindicato minero, se mantiene firme por los trabajadores adheridos a tan importantes organizaciones; la solidaridad, no obstante que necesita ser ampliada y profundizada, se sostiene por decisión de los obreros y empleados de base y las direcciones de los principales sindicatos mexicanos no charrificados, sectores de los sindicatos, federaciones y centrales bajo el control de líderes venales, confederaciones campesinas y organizaciones de indígenas, estudiantes, intelectuales y artistas, partidos y grupos políticos de izquierda y centro-izquierda. Quizá pueda decirse que el obstáculo principal al desarrollo del movimiento sindical de clase sea la falta de unidad en la acción y la inexistencia de una organización unitaria que potencie la lucha de cada destacamento en movimiento y enfrente victoriosamente a los adversarios que, como es evidente, tienen de su lado la fuerza del dinero y el poder del Estado.

El asesinato de José Juan Rosales Pérez se suma a los asesinatos Arnulfo Córdova, Arturo Cervantes Acosta, Misael Núñez Acosta, Pedro Palma, Manuel Partida Chávez, José Ramón Vizcarra, Cleto Nigmo Urbina y tantos otros dirigentes y activistas sindicales y militantes de izquierda caídos bajo el fuego de los gobiernos autoritarios del Partido Revolucionario Institucional y de los gobiernos ultraderechistas, neoliberales y entreguistas del PAN. Cabe destacar que c on los sexenios panistas de Vicente Fox y Felipe Calderón, las cosas han empeorado. Los caídos por la llamada guerra contra el narcotráfico superan la cifra de 23 mil mexicanos, los mártires del zapatismo, el movimiento indígena, los ecologistas auténticos (no los simuladores del Partido Verde Ecologista de México), el movimiento campesino, el Partido de la Revolución Democrática y los sindicatos, son varios cientos, al mismo tiempo que por el número de presos políticos México sólo es superado en el mundo hispanoparlante por Colombia, España y Perú. En asesinatos políticos se va acercando a gran prisa con Colombia. Tal es la situación.

Detener a estos discípulos de Porfirio Díaz y Victoriano Huerta es una urgente necesidad, por lo que el asesinato del compañero José Juan Rosales Pérez no debe quedar sin castigo. Los responsables intelectuales y materiales deben ser capturados, enjuiciados y condenados.

http://www.rebelion.org/noticia.php?id=109175

Lo necesario y lo intolerable

León Bendesky

Una caricatura reciente de El Roto en el diario El País dice mucho de los desaguisados actuales de la economía mundial. Un tipo mal encarado, con una camiseta negra en la que se ve la leyenda The Economist y que declara: Mi trabajo como economista consiste en hacer que parezca necesario lo intolerable.

Pero ni los economistas ni los políticos pueden ponerse tan siquiera de acuerdo en qué es lo más intolerable. Como en ningún otro momento desde hace 80 años, la economía como disciplina necesita una reformulación a fondo de las teorías con las que se plantea el estudio de la organización social y, en la práctica, se tienen que replantear los términos de las políticas públicas que se desprenden de ellas.

Ese será, según puede advertirse hoy, un proceso largo y de alguna manera confuso. A la incertidumbre sobre la evolución de las economías y del funcionamiento de los mercados a corto plazo, se añade el colapso de las teorías que dominaron el pensamiento durante los últimos 30 años y que se hicieron prácticamente únicas en el marco del Consenso de Washington y de la globalización. Uno está ya muerto, la otra muy golpeada y conectada a un respirador artificial.

Las ideas se arraigan fuertemente y no ceden, incluso ante la necesidad imperiosa de replantear la forma en que se regulan los mercados y la naturaleza de las instituciones que envuelven su funcionamiento. Los Estados parecen acorralados y surgen dilemas y contradicciones cada vez más grandes. Y ¿quién decide lo que es tolerable o no? Esa dimensión de la crisis puede ser cada vez más cuestionada también.

A la vista está la disputa. Unos quieren seguir apoyando el gasto total mediante la intervención del gobierno, aunque se acumule un nivel mayor de endeudamiento. Se gasta más y no es momento de aumentar los impuestos. Otros quieren prevenir el aumento de los déficit públicos y abogan por el ajuste ya y rápido de los presupuestos. Un tercer grupo ha encontrado lugar para aprovechar la debilidad en los países más ricos y de la pérdida de rumbo.

Obama y algunos prominentes economistas sostienen que si se frenan ahora los estímulos gubernamentales, la demanda agregada caerá, es decir, será menor el gasto en consumo e inversión, y con ello se provocará una recesión más profunda con altos costos sociales (a esto se refiere la secuencia del producto en forma de W o el llamado “double dip”, otra caída luego del alza reciente). Esto significa posponer el pago de una deuda que crece muy rápido. Y lo que se calcula es que una recuperación más sólida del crecimiento lo hará más tolerable.

En Europa y con el liderazgo alemán y las medidas del nuevo gobierno inglés se afirma, en cambio, que el rápido ajuste presupuestal hará que se fortalezcan las economías de esa región en la medida en que el gobierno se retire y deje de endeudarse, abriendo de facto más espacio al sector privado. Vaya, la contraposición es clara.

El costo habrá de pagarlo irremediablemente la sociedad y de modo desigual, como siempre ocurre. Ese no es el debate. Será de modo más inmediato, o bien, después. La confrontación, sin embargo, no es trivial, una recaída en la recesión como la de 2009 sería muy onerosa, así ocurrió en la década de 1930. Por otra parte, la apuesta de reducir la deuda pública y esperar que el gasto privado llene el vacío del déficit fiscal tiene riesgos grandes en el entorno de fragilidad y desconfianza que existe actualmente.

La reacción de los inversionistas frente a la deuda griega, portuguesa o española lo indicó de modo claro hace sólo un par de meses. Mientras, los mercados de créditos a las familias y a las empresas no se recuperan en ninguna parte. No se sabe todavía el grado de debilidad del sistema bancario y la forma y el efecto de la nuevas pautas de regulación que se quieren instrumentar.

Por su parte, China sigue con su plan de mantener su ventaja con la gestión del valor de su moneda, fintando que está dispuesta a apreciarla e invirtiendo sus excedentes de divisas en dólares. Una dependencia mutua con Estados Unidos, que por ahora funciona a su favor. El crecimiento de esa economía tiene amplios márgenes por la magnitud de su mercado interno, pero ahí también las contradUicciones sociales crecen. No se sabe cuáles son los límites de este arreglo, ni las formas que vaya tomando el proceso.

Los países de Sudamérica que han tenido menos problemas con la crisis, como Brasil, Chile y Argentina recurren esencialmente a la exportación de productos primarios, especialmente a China. Esto se parece al modelo tradicional exportador de hace muchas décadas.

Las contradicciones en la economía mundial están al descubierto y no es claro cómo podrá adaptarse el régimen de acumulación para salir definitivamente del entorno de la recesión. Eso va a tardar y los acomodos van a generar fricciones.

En ausencia de políticas públicas que converjan de alguna manera para sostener el crecimiento de manera general, podrían surgir cada vez más presiones de índole proteccionista y medidas de salvaguarda de las economías nacionales. Un escenario que se había dado por descontado apenas hace unos pocos años.

http://www.rebelion.org/noticia.php?id=109209

Las causas del debilitamiento de la Europa social

Vicenç Navarro

A primera vista parecería que hasta los años que precedieron la crisis económica y financiera, la Europa Social (es decir, los estados del bienestar de los países miembros de la Unión Europea) tenían buena salud. En realidad el gasto público social (como porcentaje del PIB) fue aumentando desde los años noventa. En los países de la UE-15 (el grupo de países más ricos de la UE), su promedio creció del 25,4% en 1990, al 27,4% en 1997, al 27,7% en 2003 y al 27,9% en 2005.

Ahora bien, hablar de promedios es muy sesgado y puede ser desorientador. Uno puede ahogarse en un río que, como promedio, tiene sólo diez centímetros de profundidad. Puede estar seco en su mayor extensión, pero puede tener una zona de tres metros donde la gente puede ahogarse. De ahí que es importante ver su variabilidad alrededor del promedio. En la UE-15, el país que tiene un gasto público social más bajo es España (20,9% del PIB en 2005). Y el más elevado es Suecia (32%). La causa de este diferencial es predominantemente política. Las derechas históricamente han sido muy fuertes en España (y en otros países del sur de Europa) y las izquierdas lo han sido en Suecia (y en los países del norte de Europa). Es importante que se subraye esta explicación porque hay un intento por parte de economistas neoliberales de ocultar y diluir esta causa política del subdesarrollo social, atribuyendo el gasto público social al nivel de riqueza de un país. Siguiendo un tipo de determinismo económico, se postula que a mayor nivel de riqueza de un país, mayor es su gasto público social. Esta postura es errónea y es fácil demostrarlo. EEUU es el país más rico del mundo y en cambio es uno de los países con un gasto público social más bajo. Y España ya no es un país pobre. Su PIB per cápita ya representa el 94% del promedio de la UE-15. Y en cambio su gasto público social per cápita no es el 94% del promedio de gasto público social per cápita de la UE-15, sino que es sólo un 74%. Si fuera el 94%, nos gastaríamos 66.000 millones más en nuestro estado del bienestar de los que nos gastamos ahora. Es importante que esta situación se conozca porque existe hoy una postura muy generalizada, no sólo entre los partidos conservadores y liberales, sino incluso en el equipo económico del Gobierno Zapatero, que justifica los recortes del gasto público con el argumento de que como país nos gastamos más de lo que nuestros recursos nos permiten. Y de ahí deducen la necesidad de aplicar medidas de austeridad en el gasto público. Esta interpretación de nuestros males, asumiendo que la crisis es consecuencia de que “nos gastamos más de lo que tenemos”, se ha extendido también en toda la UE y es el nuevo dogma que justifica los grandes recortes del gasto público con el fin de reducir el déficit y las deudas públicas. Pero es fácil demostrar que este dogma está profundamente equivocado.

En España nos gastamos, repito, 66.000 millones menos en la España social de lo que deberíamos gastarnos según nuestro nivel de desarrollo económico. Y el hecho de que no se gasten es porque el Estado no los recoge. No es, pues, que España no tenga los recursos. Los tiene y muchos (66.000 millones de euros). Lo que ocurre es que el Estado no recoge estos fondos. Esta es la realidad que, o bien se desconoce, o bien se ignora deliberadamente para justificar las políticas de austeridad del gasto público que se están siguiendo en España.

Y ahí está la raíz del problema, la enorme regresividad del sistema fiscal que en muchos países de la UE-15 ha ido creciendo desde el inicio de la era neoliberal. Veamos los componentes de esta regresividad, comenzando por los impuestos. (La mayoría de datos que aquí presento proceden del libro Global Finance and Social Europe, colección dirigida por John Grahl y publicada por Edward Elgar. 2009) Los ingresos del Estado, por vía impositiva, han disminuido en la UE-15, pasando de representar en 1996 un 39,8% del PIB a un 39,3% en 2004, descenso más acentuado en los países integrados en la unión monetaria (pasando del 38,0% al 34,5%). En EEUU, por cierto, bajaron también, pasando del 27,3% al 25,4%, lo mismo que en Japón, que pasaron del 27,3% al 25,4%, durante el periodo 1995-2004.

Pero, además de bajar los ingresos al Estado (a pesar de que el nivel de riqueza aumentó), vemos que la gravación de las rentas del capital (mucho más bajas que las rentas del trabajo), descendieron todavía más. La tasa de gravación de las rentas del capital en los países de la eurozona pasó de representar el 17,0% en 1995 al 14,0% en 2003, el mayor descenso entre el grupo de países de la OCDE (el club de países más ricos), mientras que las rentas del trabajo continuaron gravándose al 35%. La tasa de gravación del consumo se mantuvo al mismo nivel, con un ligero aumento del 20,5% en 1995 al 20,8% en 2003. Estos datos muestran que fueron las rentas del capital las que se beneficiaron más como consecuencia de las políticas fiscales aplicadas durante aquel periodo. Otro grupo que se ha beneficiado enormemente son las rentas superiores, que han visto descender su tasa de gravación del 51,52% de su renta al 49,20%. Para entender estas cifras hay que saber que cada 0,1% de descenso en la tasa de gravación representa miles de millones de euros que los Estados dejan de ingresar.

¿Cómo se justifican estas políticas tan favorables a las rentas del capital y a las rentas superiores? El discurso neoliberal (presente en la mayoría de los partidos gobernantes en los países de la Eurozona) es que el capital y las personas de rentas superiores (los ricos) son muy movibles y si los Estados no los miman dejarán el país. Son parte de las clases cosmopolitas que se mueven de un país a otro como parte de la jet-set. Ahora bien, los Estados pueden intervenir para disminuir tal movilidad. Y si no lo hacen es predominantemente por razones políticas, es decir, que no se atreven a enfrentarse con intereses fácticos tan importantes como, por ejemplo, la banca. Hoy, gran parte de los movimientos del capital financiero son de tipo especulativo, es decir, que se enriquecen sin crear riqueza. Es la economía del casino que nos ha llevado a la crisis que estamos viviendo. De ahí que deberían eliminarse estas actividades y gravar fuertemente esta movilidad de capitales a corto plazo. La existencia de los paraísos fiscales (que existen, no sólo en Suiza y Luxemburgo, sino también en Alemania, EEUU, Bélgica e Irlanda) dañan, no sólo a los países donde tales paraísos existen, sino a los países de los cuales provienen estos capitales. Significan el caso de evasión y corrupción de capitales más importante del mundo, de la Eurozona y de España. El hecho de que incluso ahora, tras el enorme daño que han causado, los Estados no hayan intervenido todavía, muestra la naturaleza política del problema.

Otras medidas, además de coordinar las políticas fiscales entre los países de la UE, es establecer unos estándares de gravación empresarial, por debajo de los cuales no podrían permitirse operar a las empresas en un país. Ello estaría encaminado a evitar el fenómeno Irlanda, que ha basado su desarrollo dentro de la UE, a base de salarios e impuestos bajos, resultando un Estado con escasísima sensibilidad social y baja calidad de vida. Esta estrategia de desarrollo, que ha seguido también España, conduce a un desarrollo caracterizado por enormes altibajos, sin basarse en una riqueza estable y bien repartida (como la de los países nórdicos).

Se requiere también el desarrollo de normativas sociales como condición de permanencia en la Unión Europea, garantizando la existencia de derechos sociales y laborales (tales como la universalidad de protección social en todas sus categorías), así como un código obligatorio (no voluntario) de conducta de las empresas, expandiendo su criterio de beneficio y productividad, considerando beneficio no sólo la rentabilidad para sus accionistas y gestores, sino también su aportación a la comunidad. Tales reglas y derechos deben establecerse a nivel de la UE, estableciendo las condiciones para alcanzar un pacto social a nivel comunitario, lo cual requeriría una legislación a ámbito continental que permitiera convenios colectivos a nivel europeo (lo cual no existe hoy en la UE). Y deberían incluirse impuestos a nivel comunitario, tales como impuestos de protección ambiental, que sirvieran para fines sociales ampliamente populares.

En realidad, no es difícil ver las políticas públicas que deberían hacerse, tanto a nivel de cada Estado como a nivel de toda la UE y de la Eurozona. Lo difícil es que se lleven a cabo debido al dominio de las fuerzas conservadoras y liberales en los Estados miembros de la UE, así como en el Consejo Europeo, en la Comisión Europea y en el Banco Central Europeo. La construcción de la Unión Europea se ha hecho mediante políticas neoliberales que han dañado el bienestar de las clases populares del continente. Las rentas del trabajo como porcentaje de las rentas nacionales han disminuido en la mayoría de los pases miembros de la UE (ver mi artículo “Lucha de clases en la UE”. Público, 17.06.10), durante los años de construcción de la UE y de su Eurozona. En la mayoría de los países de tal zona monetaria, el aumento notable de la productividad no se ha correspondido con el consiguiente incremento salarial, habiendo sido las rentas del capital las que se beneficiaron más de aquel aumento. Entre estas últimas rentas, las del capital financiero han alcanzado niveles de enorme exhuberancia, siendo su comportamiento una de las causas de la crisis actual. Ha sido, pues, la enorme polarización de las rentas (resultado, en gran parte, de las políticas fiscales regresivas) las que determinaron la problemática existente en estos países. Las soluciones a esta problemática requerirán la reversión de aquellas políticas fiscales regresivas, lo que exige unos cambios en las relaciones de poder existentes en la UE y en sus Estados miembros con mayor poder e influencia por parte de las clases populares a costa del excesivo poder que hoy tienen los grandes grupos financieros y empresariales y rentas superiores en aquellos países. Ello debiera conducir a cambios en la orientación económica y fiscal de muchos partidos de centro izquierda e izquierda (que tradicionalmente han representado a las clases populares), que, al hacer suyas las políticas neoliberales, se convirtieron durante estos años en parte del problema, en lugar de en parte de la solución.

http://www.rebelion.org/noticia.php?id=109256

La France contre ses Tsiganes

Emmanuel Filhol

Comme chaque année, les pouvoirs publics attendent la fin de l’année scolaire pour expulser les tsiganes. Emmanuel Filhol montre comment cette politique de discrimination, qui contredit les principes de la République, s’est lentement mise en place, avant de se durcir au XXe siècle. - La France contre ses Tsiganes

http://www.laviedesidees.fr/La-France-contre-ses-Tsiganes.html

Le pire est à venir

Paul Castella

« Demain, ça ira mieux », clament en chœur le militant politique et le travailleur social. Le progrès est en marche. Le sens de l’Histoire va dans la direction du mieux être. Même le curé s’y colle, qui promet aux malheureux le bonheur éternel - pour après l’après. Mais non, mais non. Cessez de bêler, petits moutons. Tout cela n’est que billevesées. Il faut se rendre à l’évidence : le pire est à venir.

On dit « la crise » : ça fait trente ans qu’elle dure. A ce compte, ce n’est pas une crise, mais une chute sans fin. Ceux qui espèrent en voir le bout feraient bien de réfléchir à quoi il pourrait ressembler, ce « bout ». Car la situation peut encore et encore empirer. Il n’y a pas de limite à la dégradation des conditions. Sauf évidemment leur supression.

Les finances se creusent. Les spéculateurs spéculent. Les politiciens sont corrompus. Les militaires tuent et torturent. Les flics aussi. Les pères battent leurs épouses et leurs enfants. Les enfants battent les chiens. Les maîtres font pleurer les écoliers et les écolières, qui appellent au secours leurs grands frères pour qu’ils punissent les maîtres. Le joli monde moderne est plus barbare que l’ancien. Le pire arrive.

Et la nature ne va pas mieux. Les étés se réchauffent. Les cyclones ravagent. Les inondations inondent. Des maladies apparaissent qui se transforment en épidémies. Les virus mutent. Les médecins mentent. Les journalistes matent. La bouffe fait mal. L’air intoxique. L’eau empoisonne. Les gens n’ont plus confiance dans ceux qui s’occupent d’eux. Tout le monde se méfie de ses représentants. Le pire arrive, mais pour qui ?

Car les serviteurs se mettent à insulter leurs employeurs. Les collégiens disent merde à leurs profs. Les gens ne votent plus. Des casseurs pillent les supermarchés. On brûle des écoles. Même des prisons s’enflamment. Les églises et les mosquées se vident. Des jeunes de plus en plus jeunes se livrent à la débauche. On castagne les gardiens de l’ordre. Des travailleurs sabotent leurs machines. Les scandales se multiplient. Des patrons affolés se pendent. Les donneurs d’ordre s’égosillent en vain. Les penseurs ne savent plus où donner de la tête. Tout part en miettes.

Pour qui le pire est à venir ?

A nous de choisir.

http://www.oulala.net/Portail/spip.php?article4636

Autour de la notion de "développement durable"

S. Portejoie

L’idéologie contemporaine se donne la plupart du temps l’apparence d’un simple constat, d’un simple « bon sens », unique, irrécusable, de l’ordre des choses. Ce ne serait pas la pensée qui serait unique, ce serait la réalité. Cette idéologie se reconnaît souvent dans des tics de langage (la langue automatique) que tout à chacun va utiliser sans s’en apercevoir, étant ainsi le jouet ou le produit d’intérêts politiques et commerciaux, subordonnés à la recherche du profit de quelques-uns. C’est la pensée dominante qui nous domine au profit des dominants. Il me semble que l’expression « développement durable » participe pleinement à ce mécanisme.

Autour de la notion de « Développement durable »

L’expression « développement durable » envahissant les écrits de toutes sortes, les écrans télévisés, les supermarchés, les multinationales « éco-responsables » ainsi que les programmes verdissants de tous les partis politiques, et par ailleurs ayant retenu de Friedrich Engels et de Karl Marx que « les idées dominantes d’une époque n’ont jamais été que les idées de la classe dominante » [1], je me suis posé la question de savoir si cette expression ne faisait pas partie de l’arsenal du « lavage de cerveaux en liberté » dont fait allusion le linguiste et philosophe Noam Chomsky dans un entretient accordé à Daniel Mermet pour le Monde diplomatique » [2].

L’association de deux mots

S’agissant du développement, il faudrait préciser de quel développement il s’agit : de production de marchandises, des techniques, du bien être social, de l’égalité, de la liberté de décider et d’agir. Dans un système voué intégralement au capitalisme, il peut s’agir tout simplement du seul développement des profits. Ne parle-t-on pas aujourd’hui de capitalisme vert.

Pour le durable, il prête à ironiser : jusqu’à quand ? En effet, la matière est en perpétuelle évolution et les circonstances dans lesquelles se fait cette évolution changent constamment. Ces circonstances sont conditionnées par l’activité humaine, mais pas seulement. Pour prendre un exemple, la géologie nous apprend qu’il y a environ 120 millions d’années, le Jura actuel était recouvert en partie par une mer tropicale avec des coraux et des poissons rouges dont il nous reste aujourd’hui comme témoignage, le lac Léman, les Salines de Salins-les-Bains et la saline royale d’Arc et Senans.

Si les bipèdes du Neandertal de cette région et de cette époque avaient eu la capacité d’imaginer un « développement durable », il y a peu de chances qu’ils l’auraient échafaudé dans les conditions d’aujourd’hui.

On peut se poser la question de savoir si l’association des mots développement et durable n’est pas un oxymore puisque le développement en cours, même labellisé durable, détruit à petit à petit la planète [3], plus sûrement qu’un hypothétique réchauffement de celle-ci, dont la question reste en débat, y compris parmi les scientifiques. Ce qui n’est pas un problème en soi, puisque la controverse entre chercheurs, organisés au sein de la communauté scientifique, est un des moteurs essentiels de la construction des savoirs.

Toutefois, on pourrait à l’inverse considérer développement et durable comme un pléonasme, puisque le développement est un processus à long terme, donc durable.

Alors un oxymore ou un pléonasme, c’est bien toute l’équivoque du développement durable.

Son origine

Au tournant des années 1970, le développement du capitalisme et la détérioration de la planète amènent de nouvelles réflexions. Des catastrophes écologiques : Seveso, Bhopal, l’Amocco Cadiz, accident nucléaire de Three Mile Island aux Etats-Unis, puis de Tchernobyl en Ukraine, Exxon Valdez, Erika, etc. conduisent à une impression de catastrophisme. Des idéologues s’en emparent. Bertrand de Jouvenel pour ne citer que l’un des plus connus théorise sur une société qui mettrait en accord le marché et l’environnement. [4] La notion de développement durable fait son apparition.

En 1972, le Club de Rome publiait le rapport « Halte à la croissance », un rapport sur les limites de la croissance rédigé à sa demande par une équipe de chercheurs du Massachusetts Institute of Technology (MIT) dit rapport Meadows, du nom de deux de ses auteurs. Ce rapport préconise une croissance zéro et annonce l’épuisement des réserves mondiales de pétrole pour . . . 1992.

En 1987 le Rapport Brundtland, du nom de la présidente de la commission mondiale sur l’environnement et le développement, la norvégienne, Madame Gro Harlem Brundtland, précise le développement durable et ses directives ne mettent aucunement en cause le type de développement et encore moins le type de société. Il s’agit d’adapter le capitalisme par « un développement qui répond au besoin du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs ».

S’ensuivent des rendez-vous périodiques. Le Sommet de la Terre de Rio de 1992 marque un tournant, l’URSS est tombée [5], le capitalisme de casino fait son apparition, les grands périls qui menacent le monde ne sont plus d’ordre sociaux, mais d’ordre naturels. Il soumet un référentiel d’action : l’Agenda 21, pour dire 21e siècle [6], qui donne des conseils aux nations à partir de préoccupations environnementales qui peuvent être utiles mais qui ne tiennent absolument pas compte du social et surtout qui ne mettent pas en cause la recherche du profit. A ce sommet ce ne sont plus les politiques qui ont un mandat de leurs électeurs (plus ou moins respecté) qui parlent haut et fort, mais les grandes ONG [7], c’est la technique de « la société civile », où les responsabilités sont diluées.

Arrive le protocole de Kyoto en 1997, contre le gaz carbonique à effet de serre (CO2) qui mériterait une dissertation à lui tout seul.

En France, le Grenelle de l’environnement de 2007 est l’un des derniers avatars des environnementalistes. Sous l’impulsion de Nicolas Hulot, expert en produits financiers et de la nature à la télévision, qui a réussi l’exploit de faire signer un pacte aux politiques de tous bords, le nouveau gouvernement « surfe » sur la mode du naturel associée à l’apocalyptique ; le développement durable se renforce grâce à des subventions qui seront accordées sous certaines conditions.

Une formule perverse

Qui sait ce que veut dire la formule de développement durable ? Tout juste peut-on imaginer un autre développement (lequel ?) qui serait plus respectueux de la nature bienveillante qui nous a pourtant rappelé à plus de circonspection avec l’irruption du volcan islandais Eyjafjöll qui vient de paralyser le trafic aérien. En fait, le développement durable c’est l’auberge espagnole, tout le monde y met ce qu’il veut. C’est pour cela que le développement durable est hégémonique. Il est adopté par tous quand chacun y met ce que bon lui semble. La géographe Sylvie Brunel décrit même une formule fourre-tout et un concept glouton [8].

L’idéologie

Le développement durable place la nature au cœur de la problématique du futur, en évacuant la lutte des classes. Selon un schéma binaire des gentils et des méchants, toutes les réflexions qui s’y opposent tendent à être disqualifiées. Avec le développement durable, l’écologie est devenue un facteur de légitimation de l’ordre existant.

Avec le développement durable, il s’agit de sauver une planète idéalisée plutôt que l’humanité. C’est une nouvelle religion avec ses prêtres : des industriels, des politiques et des économistes à leur service, des communicants et quelques puissantes ONG parmi les plus médiatisées.

La notion de développement durable est souvent associée à d’autres notions, telle la démocratie participative. Ce qu’elles ont en commun, c’est de faire appel à des « experts ». S’agissant du développement durable c’est grâce à de nouvelles techniques qui seraient moins polluantes que la planète pourrait être sauvée. Avec la démocratie participative, ce sont ceux qui savent, qui viennent proposer des actions à celles et ceux qui peuvent, le cas échéant, en discuter la mise en pratique. Ce sont toujours des décisions qui viennent « d’en haut », jamais d’en bas, c’est-à-dire qu’avec le développement durable et la démocratie participative, la démocratie (directe) est bafouée. On nie au gens le droit de décider par eux-mêmes pour eux-mêmes.

Ces deux notions se rejoignent d’autant plus qu’elles sont prônées par l’OCDE qui précise : « La transparence des activités des pouvoirs publics est nécessaire pour offrir des possibilités de participation active des citoyens au débat sur le développement durable et forger un consensus sur les réformes nécessaires » [9]. On comprendra aisément qu’une organisation au service du libre échange et de la concurrence, ne serait pas une source d’inspiration du développement durable, si le développement en question était de nature révolutionnaire.

L’ancien PDG de Renault, Louis Schweitzer, l’avait bien compris lorsqu’il déclarait aux Echos en 2004 : « Le développement durable n’est ni une utopie ni même une contestation, mais la condition de survie de l’économie de marché » [10]. Le développement durable serait donc un changement écologique dans la continuité capitaliste.

Avec le développement durable, le discours catastrophique est de rigueur. Il rejoint ainsi le discours sur les retraites où la situation serait désastreuse. En 1971, le géographe Pierre Georges écrivait déjà dans son livre sur l’environnement : « Pour entraîner les masses, il faut les terrifier » [11]. A chaque fois, il s’agit de « plumer » les salariés ainsi que les classes moyennes qui devraient être toujours plus exploités. Peut-être l’avez-vous remarqué, il s’agit toujours de faire pour le bien des générations futures qui n’ont pas leur mot à dire puisque par définition, elles n’existent pas. C’est-à-dire que les générations présentes devraient payer les échecs sociaux et environnementaux du capitalisme pour les générations à venir. Il s’agit d’opposer les générations présentes aux futures. Le piège est grossier. Evidemment, on pense dans quelques sphères que l’on pourra faire avaler la même baliverne aux générations futures et ainsi de suite. Et le capitalisme survivra. Peut-être ? De toutes les façons il s’agit bien pour les dominants d’abord de profiter, ensuite qui vivra, verra ! Au fond, si la politique du développement durable aspire à la durabilité du capitalisme, elle aspire d’abord aux profits présents et immédiats pour la satisfaction de quelques-uns et au détriment de milliards d’autres [12].

Le développement durable ne se donne pas la peine d’analyser les tendances nécessairement expansionnistes du capitalisme, comme l’installation d’un système qui crée des besoins inutiles, au détriment des services utiles, si les premiers rapportent plus. Avec le développement durable, il faut dépenser . . . du développement durable.

Prenons un exemple simple pour illustrer ce propos, lorsque vous allez au supermarché, les caissières ne vous donnent plus de poches en plastique au nom du développement durable. Cependant, comme vous êtes bien obligé d’avoir un contenant on vous en propose un avec un logo vert que vous payez. Non seulement, avec le développement durable, le supermarché est dispensé avec bonne conscience de vous donner un sac, mais en plus il gagne de l’argent en vous vendant un autre sac écologiquement certifié, qui fait sa promotion gratuitement puisque son nom est marqué dessus.

II existe une expression pour caractériser l’écologie utilisée comme simple argument commercial, il s’agit du « greenwashing » où blanchiment vert [18].

De la publicité qui vous invite à remplacer votre voiture, votre mode de chauffage forcément vieux et polluant, des ampoules dites à basse consommation très controversées pour diverses raisons et qui contiennent assez de mercure pour devenir dangereuses en cas de brisure, des vélos en alliages coûteux en énergie et générateurs de déchets difficiles à recycler, de l’étiquette énergétique obligatoire sur les ampoules, les réfrigérateurs, les congélateurs, les lave-linge, les lave-vaisselle et les sèche-linge qui permet de vendre ces appareils de classe A++, la plus économe, hors de prix, quand bien même l’économie d’énergie n’est pas toujours au rendez-vous [19], à la véritable autorisation aux Etats de polluer que constitue la bourse à carbone [20], aux éoliennes qui fonctionnent de manière aléatoire, qui consomment beaucoup de béton pour leurs socles et qui sont des pièges à oiseaux [21]. Des ambiguïtés du développement durable, la liste est trop longue à énumérer.

Pour des progrès sociaux et la satisfaction de la population, maintenant, dès aujourd’hui, il s’agit bien de changer la donne tant sur les moyens de productions, lesquels, comment, pourquoi faire, leurs propriétés, que de mettre fin à la course aux profits. Si les générations présentes se portent bien, les générations futures ne s’en porteront que mieux. « La vraie générosité envers l’avenir consiste à tout donner au présent », écrivait Albert Camus [13].

Avec une sphère environnementaliste

La sphère environnementaliste du développement durable mythifie une nature naturelle, un jardin d’Eden primitif. Le plus souvent cette sphère est d’origine urbaine. Elle a oublié l’origine des ses arrières grands parents ruraux, qui ne rêvaient que de rejoindre la ville pour fuir les dépendances envers les caprices du ciel, le gel, le froid, la sécheresse, les tempêtes, pour se soustraire aux travaux harassants, pour éviter la misère et les maladies, espérant ainsi échapper à la certitude d’une vie des plus difficile. Aujourd’hui, lorsqu’elle en a les moyens financiers, cette sphère s’évade de la ville pour rejoindre une nature préparée à sa réception par des agences de voyages spécialistes de circuits touristiques pour apprentis explorateurs ou participe à des « Raids Nature », qui offrent des palliatifs d’aventures ou tout est balisé dans une nature sécurisée, coupée du risque, qui rapportent aux « gentils » organisateurs.

Cette sphère oublie que l’environnement dans lequel elle vit, à la ville comme à la campagne, n’est que le produit des activités humaines. L’environnement, c’est ce qui entoure l’homme et que l’homme a modifié au cours des siècles par son travail. La nature est une construction sociale.

Celui qui travaille la terre sait qu’il faut laisser reposer cette dernière pour restaurer sa fertilité, mais pas trop longtemps, car alors la « nature » reprend le dessus, c’est-à-dire une nature « naturelle » où les plantes les plus fortes, les animaux les plus forts l’emportent au détriment des autres. C’est la sélection dite naturelle, chère à l’idéologie nazie à l’origine du mythe de la régénération par le retour à la nature, reprise ensuite par Pinochet [14], avec des ronces et des végétations qui empêchent la terre de respirer et de produire ce qui est nécessaire à l’homme, à certaines espèces animales et empêchent éventuellement les balades du citadin, le dimanche aux champs.

Un exemple édifiant c’est celui des forêts. Celles dites en bois taillis ou taillis futaies qui sont peu travaillées par l’homme possèdent des arbres d’assez petite taille, utiles seulement pour le bois de chauffage et la fabrication de piquets. A l’inverse les forêts régulièrement travaillées par des sylviculteurs donnent des arbres majestueux, qui offrent le meilleur bois aux ébénistes. En France, une politique volontariste de protection et de reboisement, le plus souvent sous la direction de l’Office National des Forêts (ONF), a permis une diversité forestière de qualité.

A la Réunion, la forêt dite « primaire » est surveillée par l’ONF et entretenue par cet office pour éviter que la flore et la faune ne soient détruites.

Qu’elle soit de forêt ou de pleins champs, la nature n’est bonne pour l’homme que si elle est travaillée par ce dernier. Non travaillée, elle devient vite une jungle. Il faut simplement que le travail de l’homme ne dépende pas des industries de l’agrobusiness et des spéculateurs en tous genres (banques, assurances, fonds de pension et autres actionnaires), qui n’ont cure ni de ce qui se fabrique, ni de la façon dont on opère. Ils ne s’intéressent qu’aux retours sur investissement, désormais avec un pourcentage à deux chiffres.

Enfin, pour une nature travaillée, moins dépendante du chimique, des énormes engins et tracteurs qui tassent la terre et favorisent le ruissellement, cela suppose une autre logique économique avec un peu plus de personnels, et ainsi éviter la monoculture qui favorise l’usage intensif des pesticides, de même que la perte de la diversité animale et végétale. Hors, malgré (ou à cause de) la politique du développement durable, le secteur agricole de la seule Union européenne a chuté, selon une étude de l’Office des statistiques Eurostat, de 25 % entre 2000 et 2009, soit une perte de 3, 7 millions d’emplois à temps plein [15]. Cette situation profite à de grands domaines dont l’agriculture dite intensive protège l’environnement comme le bitume protège la peau et les poumons de celui qui le travaille [16]. Ceci permet à l’UE d’affirmer que le revenu par agriculteur augmente.

Le politiquement correct, le poids du consensus et du soi disant modernisme

Le développement durable est le triomphe du consensus. Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil, nous vivons sur une même planète, il s’agit de la sauver et de faire taire des divergences pour une œuvre oh combien plus importante que l’emploi, la misère, les retraites, le pouvoir d’achat ou les populations déplacées au nom du soi-disant bien commun [17].

Le développement durable, est la « niche » hétéroclite de militants associatifs et de politiques partisans d’un monde meilleur et de courants partisans que du pouvoir et du porte-monnaie. Parmi les premiers, on peut y trouver les meilleures intentions, mais orphelins de solutions politiques consistantes, ils trouvent de la sorte un moyen de satisfaire leur « bonne conscience » en se donnant l’illusion de « faire quelque chose de positif ». Toutefois, ce refuge, dans sa contradiction, n’a pas que des aspects négatifs, il permet de faire avancer des considérations qui complètent une vision progressiste de la société.

Beaucoup s’inquiètent en France de l’échec du Grenelle de l’environnement. Il n’y a pas d’échec concernant le développement durable car au crédit du gouvernement on peut mettre d’importantes largesses financières. Les subventions pleuvent facilement concernant les agro carburants [22], l’isolation des bâtiments ou les véhicules électriques. Les Communes de gauche comme de droite, les régions font toutes du développement durable et s’en félicitent mais si on y regarde de plus près on voit que ces aides sont plus profitables d’abord à certains secteurs industriels qu’à la planète. Si en plus, on considère que le gouvernement n’a pas en caisse un seul euro de ces subventions, il faut bien qu’il emprunte aux marchés financiers [23]. A l’arrivée le remboursement des emprunts sera bien plus coûteux pour les contribuables que ne l’affirment les communicants. Résultat, c’est la dette qui va être durable. Bien commode pour expliquer qu’il nous faut faire de nouveaux trous à la ceinture pour la serrer de plusieurs crans [24].

L’aspect « moderne » du développement durable ne compte pas aussi pour rien dans sa notoriété. En effet, les élus des communes, des départements, des régions, consensus aidant, s’ils n’ont plus peur d’être pris de gauche ou de droite (surenchère) comme on disait autrefois, ont une peur bleue d’être considérés comme ringards, de ne pas être « modernes », alors c’est à ceux qui en feront le plus pour l’écocitoyenneté, le développement durable, et la participation. L’écart grandit sans cesse entre les plus riches et les plus pauvres [25]. Les élus de proximité savent pertinemment que la lutte des classes est à son apogée au détriment des plus pauvres qu’ils reçoivent quelquefois dans leurs permanences, mais ils restent peu expressifs sur la question lorsqu’il s’agit des discours et des actes, se contentant trop souvent de déshabiller Paul pour habiller Pierre ou l’inverse.

On le voit bien avec certains de ces politiques qui critiquent le Grenelle parce qu’il n’aboutirait pas à faire payer par tout un chacun les taxes carbones tant réclamées par les « experts » [26]. Ceux là ne s’inquiètent guère du pouvoir d’achat de leurs administrés. Mais il est vrai que selon le développement durable, moins on achète, moins on pollue. Et puisque on peut faire de l’argent avec de l’argent, pourquoi se préoccuper des richesses réelles ?

Les leçons de l’histoire récente

Force est de reconnaître que le développement du capitalisme a coïncidé avec le développement des techniques. D’abord la lutte des idées (en gros à la fin de règne de Louis XIV pour la France et la philosophie dite des lumières), les révolutions et les luttes sociales ont permis que les connaissances remplacent les illuminations divines. Le capitalisme naissant s’est emparé de ces connaissances pour enrichir une bourgeoisie « éclairée ».

Au 20e siècle les techniques ont progressé plus vite qu’au cours des millénaires précédents. La concurrence avec son corollaire, la recherche du profit, a colonisé la planète. Des régions entières ont été dévastées pour la recherche pétrolifère, de l’or, de l’uranium, des diamants, du cuivre, de la bauxite, etc. Des guerres ont contaminé des régions pour des centaines d’années. Au Vietnam, la dioxine de l’agent Orange (herbicide défoliant) créé par la multinationale Monsanto tue toujours [27]. Des forêts, pourtant garantes d’un bon équilibre de la planète sont arrachées au profit de cultures à fort rendement financier. De plus, ces forêts sont souvent victimes des autoroutes qui les traversent et des camions toujours en augmentation à l’origine des pluies acides.

Les aliments ainsi que le circuit alimentaire polluent aussi la planète, donc les espèces qui vivent dessus, donc les hommes. En France, qui ne connaît pas un propriétaire de vergers qui vend aux intermédiaires des marchés mais qui fait pousser à distance respectable de ses autres plantations un pommier, un poirier, un pécher, un abricotier pour son usage personnel ? C’est dire que ces professionnels ne se font guère d’illusion sur la qualité des produits qu’ils vendent, car ils savent bien le nombre de bidons de produits chimiques divers qu’ils déversent sur leur production et que l’innocuité de ces produits n’est pas, selon eux, garantie. A l’inverse d’autres producteurs, moins nombreux, faisant pousser en essayant de prendre en compte les intérêts environnementaux et la santé des acheteurs de leurs produits, se trouvent souvent devant des difficultés financières inextricables lorsque ce n’est pas tout simplement traînés devant la justice par l’agrobusiness pour n’avoir pas utilisé les produits des firmes capitalistes [28].

Hors les grandes exploitations, seules quelques filières « bio » arrivent encore à s’en sortir en évitant les intermédiaires par le biais des Associations pour le maintien d’une agriculture paysanne (AMAP) aux prix d’une durée de travail hebdomadaire fort longue et en créant des Coopératives d’Utilisation du Matériel Agricole (CUMA). Jusqu’à quand ?

Pour ne prendre que l’exemple français, l’agriculture exporte mais est incapable de nourrir les habitants du pays. La production française pollue en s’exportant et la nourriture des français pollue en l’important. L’amélioration des techniques (réfrigération, avions) permet que les produits de consommation courante qui pourraient pousser en France proviennent pour la plupart d’Afrique, d’Amérique du sud ou d’Asie [29], alors que les habitants des ces continents sont des millions à être sous alimentés [30]. La technique utilisée par le capitalisme permet le profit qui rend malade et tue. Le capital n’a ni patrie, ni principe, ni dogme ; seul compte sa rentabilité financière.

Une chance inouïe s’est présentée pour l’humanité, c’est celle d’un camp socialiste qui pouvait utiliser les techniques à d’autres fins que le profit. L’aspect autoritaire de ce socialisme couplé à une approche concurrentielle avec le capitalisme sur les bases de ce dernier (on fait les mêmes choses, mais en plus fort), n’ont pas permis de déceler une différence dans l’aspect environnemental de ces deux systèmes. C’est bien dommage !

L’ordre du jour, la sortie du capitalisme

Plus généralement, à travers cette réflexion sur le développement durable, la question posée n’est pas originale (tout le monde se la pose), elle se multiplie par trois : d’où venons nous, où sommes nous, où allons nous ?

N’ayant pour seule assurance que celle de dire que le capitalisme n’est pas l’avenir de l’homme, mais que non combattu, il pourrait être à l’origine de la fin de l’humanité, puisque pour la première fois dans l’histoire de celle-ci, les techniques permettent de détruire autant que de construire. C’est dire l’importance de leur utilisation. La question de la sortie du capitalisme est donc posée. Le consensus n’est pas à l’ordre du jour.

Nous l’avons vu le concept de développement durable est pour le moins controversé. De nature impérialiste, il impose et, puisque c’est la planète qu’il faut sauver, il milite pour la mondialisation et pour une gouvernance mondiale [31], comme si les peuples ne comptaient pas et que seule la nature au service des plus riches compterait avec des parcs dits naturels, c’est-à-dire une nature sous cloche.

Cette démarche marque la continuité du tout individuel, c’est à chacun de prendre les dispositions adéquates, qui ont été définies dans un « sommet » d’experts autoproclamés, pour défendre les générations futures. C’est l’individualisme opposé à la démarche collective et aux peuples qui ne savent pas. C’est la société civile remplaçant la politique et la démocratie. C’est l’opposition entre le présent et l’après.

Le développement durable est au service des structures capitalistes et complémentaires à celles-ci. Dans l’Union européenne, comme pour le développement durable, il s’agit à partir d’intérêts financiers « supérieurs » de faire payer la crise du système aux plus pauvres. Le FMI et la BCE [32] deviennent des autorités au dessus des peuples. La logique est à chaque fois la même ainsi que l’argumentation et c’est toujours pour faire des profits.

On peut considérer que le capitalisme est à la fin d’un cycle, qu’il est au bout du rouleau, qu’il a atteint une limite, qu’il ne survit que par des subterfuges où l’économie réelle devient un appendice des bulles spéculatives, qu’il a fait la démonstration du danger qu’il représentait pour les hommes et … pour la nature. Ce n’est pas son bilan qui nous contredira avec ses famines, ses guerres mondiales, ses guerres coloniales, ses guerres liées aux richesses à conquérir et ses crises politiques et financières, la somme des pertes, pour l’environnement, pour les sociétés qu’il a engendrées. Si le seul bien, c’est celui qui permet d’obtenir pour les personnes et les peuples une vie rationnelle et intelligente, alors le capitalisme est hors jeu.

Comme le capitalisme a succédé au féodalisme, le temps est venu d’une autre société qui va succéder au capitalisme. Toutefois, comme il n’y a pas de déterminisme en politique (le passé nous a appris que cette vision est mortifère), si le pire n’est jamais certain, il est toujours possible, comme son contraire, et c’est le contraire qui nous intéresse avec une vision optimiste du futur, le plus proche possible.

Donc, si la possibilité de la fin du capitalisme est réelle, pas son inéluctabilité à court terme si la thèse du développement durable parvenait à l’emporter, puisque ce concept n’existe que pour porter le capitalisme plus loin dans le temps, tout en maintenant un taux important d’augmentation du capital financier.

Bien entendu, le capitalisme ne met pas tous ses œufs dans le panier du développement durable et il a l’art de créer assez de brume pour embrouiller, pour détourner l’attention pour arriver à ses fins. En définitive, de diviser pour régner.

Dans les sociétés occidentales, on peut exclure une sortie du capitalisme par le haut. Un politique français, un peu oublié aujourd’hui, Léon Bourgeois, prix Nobel de la paix en 1920, partisan du solidarisme, avait coutume de dire : « Les partis sont toujours en retard sur les idées. ». La situation n’a pas changé. Pour ceux d’aujourd’hui, à quelques exceptions près, il leur est apparemment toujours très difficile de se projeter dans une société de l’après capitalisme. En France, ne voit-on pas avec la crise actuelle, des partis « de gauche » [33] se pencher avec compassion sur le chevet d’une Union européenne au service de la finance, malade et menacée d’éclatement, alors que par ailleurs la majorité de la population juge cette Union négativement. Le refus de vote (appelé à tort abstention) à la dernière élection des députés siégeant à Strasbourg venant confirmer certains sondages, après la victoire du Non au référendum du 29 mai 2005.

Sans tirer de plans sur la comète, tout juste peut-on penser que de nombreux soubresauts se succéderont avec des rapports transversaux des militants, d’associations et des populations qui feront converger les luttes et que les partis, qui ne semblent pas pertinents sur la question du changement, prendront (peut-être ?) le wagon en cours de route. La première étape étant vraisemblablement de se débarrasser de l’Union européenne et de sa monnaie tant chéries par les « institutionnels », pour garantir aux populations d’avoir leurs mots à dire concernant leur avenir et de mettre en place d’autres relations internationales basée sur les intérêts communs à tous.

Concernant la monnaie, une parenthèse s’impose. En ayant abandonné le droit « régalien de battre monnaie », lorsque les impôts ne suffisent pas à assurer les dépenses d’intérêt général et celles abusives des cadeaux aux plus fortunés, les politiques de l’Union européenne, qui ont choisi l’euro qui se « dollarise » de plus en plus sous l’effet de la crise financière, ont condamnés les Etats qu’ils dirigeaient à recourir au crédit privé. Par le biais de la dette publique, qui vient principalement d’une défiscalisations massive des revenus du capital [34], les Etats font ainsi servir par les contribuables une nouvelle rente aux plus riches. Il faut, en effet, emprunter chaque année pour payer les intérêts de la dette publique. Et ces emprunts entraînent une augmentation de la dette publique et donc le versement de nouveaux intérêts. C’est un système sans fin qui, en France, a rapporté ainsi, 42,9 milliards d’euros aux plus riches en 2009 sans créer un emploi. Ce poste est devenu le deuxième poste budgétaire de l’Etat, juste après l’éducation nationale. Le montant cumulé des intérêts dus aux rentiers représente aujourd’hui un tiers du montant de la dette publique française. Ainsi, la dette publique, c’est l’histoire du panier percé du capitalisme que les contribuables seraient invités à remplir. La thèse de l’augmentation de la dette, du fait de l’augmentation des dépenses publiques, est donc une thèse absurde qui n’a rien à voir avec la réalité économique, elle sert seulement à justifier la diminution des services publics et à privatiser la partie la plus « juteuse » de ceux-ci.

Ailleurs, de nouveaux rapports se dessinent déjà où la concurrence est peu à peu remplacée par la coopération et la solidarité entre les peuples avec la réappropriation des principales richesses à la collectivité [35]. Un début de socialisme. Ces rapports sont encore balbutiants, combattus avec hargne par les Etats-Unis et leurs alliés. Ils montrent une autre voie possible.

Un élément qu’il faut prendre en compte, la peur de l’absorption par le tout social peut radicaliser l’individualisme si important aujourd’hui et constituer un frein à un changement vers une société que nous pourrions dénommer socialiste. Il s’agit donc de ne pas laisser croire qu’une grande machinerie à penser et à faire devrait en remplacer une autre. Il s’agira bien de redéfinir les conditions et le rapport au travail en permettant dans et hors travail des activités autonomes dans lesquelles on pourra s’identifier. Dans le travail collectif, devra s’imposer une gestion collective et autonome et ailleurs devra se développer le « travail libéré » et non subordonné comme le font les retraités. Les retraités font souvent un travail émancipé, attaché à la personne et non à l’emploi, qui se met en œuvre dans la liberté, créant ainsi des richesses. Leur pension doit être un salaire à vie, inaliénable, sans contreparties. L’enjeu de la bataille des retraites est aussi celui du travail libéré de l’exploitation et des nuisances (36).

Pour recentrer mon propos autour du développement durable, sans doute dans une prochaine société faudra-t-il distinguer les dépenses négatives des dépenses positives. J’entends par dépenses négatives, celles qui comptent pour la croissance et qui ne servent à rien comme par exemple les réparations suite à la tempête Xynthia qui compteront dans le calcul du PIB, alors que des précautions (comme contrer les promoteurs immobiliers vantant les pieds dans l’eau) et des travaux en amont auraient permis que ces réparations n’aient pas lieu [37]. J’entends également par dépenses négatives, cette demande superficielle et inutile qui s’appuie sur la recherche émotionnelle, pour des valeurs symboliques plus que d’usages, créée actuellement par la publicité [38], machine à façonner la subjectivité des personnes dont les enfants et les adolescents sont les premières victimes, qui manipule les consciences, les désirs, les goûts et fait acheter, consommer, convoiter et qui détruit l’environnement dont il faut ensuite gérer les déchets.

Concernant les déchets justement, n’est-il pas temps de créer un service public qui aurait pour mission soit de les recycler, soit de les éliminer et non de s’en débarrasser vers les pays les plus pauvres où la main d’œuvre est moins chère, comme cela se fait le plus souvent pour les déchets lourds ?

Il faudra reconsidérer la question des recherches en agronomie indépendamment des lobbys pro ou anti OGM. Il faut se rappeler que les plantes que nous utilisons régulièrement sont le résultat de recherches, de sélections (de coupage comme ont dit parfois), de préférence hybride de 1ère génération [39] et que si la fraise sauvage est succulente, il en faut beaucoup pour remplir le panier. Même si, en cuisine, certaines variétés sauvages sont excellentes dans l’accompagnement pour leur vertu gustative, l’artichaut sauvage (Joubarbe des toits), les tomates sauvages (non comestibles dans les îles Galápagos) ou l’ail sauvage (ail des ours) n’ont absolument rien à voir avec les artichauts, les tomates ou l’ail produit par l’agriculture dite biologique.

L’amélioration des espèces par les paysans associée aux recherches agro-alimentaires peuvent aider la coopération d’en finir avec la faim dans le monde, tout juste faut-il que les laboratoires de recherches soient indépendants du financier, que ce soient des laboratoires de recherches publiques avec des finalités contrôlées démocratiquement et fonctionnant sur un mode autogestionnaire et non des laboratoires sous la coupe des marchés où des chercheurs doivent se transformer en apprentis sorciers et ne travailler que pour vendre, avec tous les risques que cela comporte. Pour une bonne recherche, il faut du temps avec beaucoup de précautions, travailler sur du long terme. Les marchés, eux, calculent sur le très court terme, c’est contradictoire.

On ne peut parler de développement durable sans aborder la question de l’eau. On sait que des pays se disputent l’eau de certains fleuves, que des multinationales (pour la plupart françaises) se disputent le marché de l’eau. L’eau potable représente environ 1 % de l’eau disponible sur terre. On sait aussi aujourd’hui dépolluer les eaux usées, voire déssaliniser l’eau de mer. Le problème est que ces techniques coûtent cher. La question se pose alors : l’eau est-elle une marchandise comme une autre ? Où existe-il un droit inaliénable à l’eau, bien public ? Le devoir de coopération ne s’impose-t-il pas ? Le même genre de questions peut être posé pour de nombreuses autres ressources.

La question environnementale est intimement liée à la question sociale et ramène toujours aux mêmes questions sociales, quelle croissance, comment et pour qui ? Plutôt des écoles et des hôpitaux que des yachts ? Plutôt au bénéfice de tout le monde qu’à celui d’une minorité avec des jardins en Afrique, d’où la population autochtone est chassée ? Plutôt des théâtres consacrés à la culture que des avions de combat consacrés à la guerre ? Plutôt des salaires conséquents que des PDG payés 3 à 5 millions d’euros à l’année ? Plutôt une alimentation pour tout le monde et de qualité qu’une alimentation élitiste pour quelques-uns ? Plutôt consommer local, régional ou national que d’importation ? Plutôt des richesses partagées que des rapports marchands ? La liste des questions est longue. En définitive, la question environnementale n’est pas celle ou l’on pourrait se permettre d’aimer un peu, beaucoup, passionnément le capitalisme, mais une question politique comme les autres et du choix de société que nous voulons.

Notes et références :

[1] Manifeste du parti communiste, dans la partie II du manifeste, p. 55, éditions sociales, 1973.

[2] http://www.monde-diplomatique.fr/20...

[3] Voir notamment le livre d’Hervé Kempf « Comment les riches détruisent la planète », Editions du Seuil, 2007 et celui de Naomi Klein « La stratégie du choc, la montée d’un capitalisme du désastre », particulièrement sa partie 7, intitulée « La zone verte mobile », Editions Actes Sud, mai 2008.

[4] Bertrand de Jouvenel : « La civilisation de puissance », Fayard, 1976 et « Essais sur le mieux vivre », Gallimard, 2002.

[5] L’Union soviétique abolit, le capitalisme se lâche, il est enfin libre de régresser jusqu’à sa forme la plus extrême partout dans le monde. Si la lutte des classes est au zénith, selon les thuriféraires du profit, le temps du compromis sous la contrainte des luttes ouvrières est dépassé, le capitalisme n’a plus besoin de « New Deals », il lui faut des nouveaux périls pour remplacer le rouge. Ainsi à la guerre contre le terrorisme s’ajoute la guerre pour le développement durable.

[6] Sous l’égide des nations unis, un site est dédié à l’agenda 21 : http://www.un.org/esa/sustdev/docum...

[7] Les grandes ONG vivent largement des fonds publics. Parmi les plus connues et les plus puissantes, ont peut citer le Fonds mondial pour la nature, mieux connu sous son acronyme anglais WWF (World Wide Fund for Nature) et son célèbre Panda qui fut créé en 1961 par un grand laboratoire pharmaceutique d’origine suisse, Hoffmann-La Roche, qui produit entre autres le Valium sous la marque Roche. A noter que l’on passe facilement du poste de responsable d’une grande ONG à celui de patron d’une multinationale et inversement.

[8] Sylvie Brunel, « le développement durable », pages 52 et 77, Editions PUF, collection Que sais-je ? 2009.

[9] OCDE Editions, « Développement durable, quelle politique ? », 2001.

[10] Rapporté par l’universitaire suisse Romain Felli dans l’avant propos de son livre : « Les deux âmes de l’écologie », Editions l’Harmattan, 2008.

[11] Pierre Georges, « L’environnement », introduction, page 7, PUF, collection Que sais-je ? 1971.

[12] Selon plusieurs études (notamment celle des économistes Etats-uniens Carola Frydman et Raven Saks ou celle du français Emmanuel Saez à l’université de Berkeley aux Etats-unis) le rapport entre ce que gagnaient les plus hauts dirigeants des 100 plus importantes sociétés américaines et le revenu moyen des travailleurs aux USA étaient stable mais quand bien même 40 fois supérieur en faveur des plus riches entre les années 1950 à 1980, pour s’envoler ensuite jusqu’à plus de 300 fois supérieur au début des années 2000. Ils notent également qu’avec un peu de retard dans tous les pays la même courbe est constatée quelque soient les modes de calcul.

[13] Albert Camus, « L’Homme révolté », Page 380, Gallimard, collection folio/essais, 1991.

[14] Pinochet prenait souvent l’exemple de la nature pour expliquer sa politique inspirée de Friedrich Hayek et Milton Friedman, « La nature nous montre la nécessité de l’ordre et de la hiérarchie », écrivait-il dans une lettre, citée par Naomi Klein dans son livre « La stratégie du choc, la montée d’un capitalisme du désastre », ouvrage déjà cité, page 102.

[15] Source Eurostat, communiqué de presse du 7 mai 2010. http://epp.eurostat.ec.europa.eu/ca....

[16] Le cancer du bitume englobe le cancer de la peau, le cancer des poumons et celui de la vessie. En date du 10 mai 2010, le concepteur de routes Eurovia a été reconnu coupable par le tribunal de Bourg en Bresse d’une faute dont l’un de ses ouvriers aurait été victime. Le cancer du bitume tend à rejoindre celui de l’amiante.

[17] L’énergie hydro hydroélectrique et la prolifération des barrages chassent des populations indigènes de leur territoire en rendant leur terre inculte comme en Ethiopie par exemple pour les peuples de la vallée de l’Omo

[18] Pour dénoncer le « greenwashing » où blanchiment vert, un nouveau site s’est créé : http://www.observatoiredelapublicite.fr/

[19] Selon Que Choisir.

[20] Une bourse du carbone est un marché de négociation et d’échange de droits d’émission de gaz à effet de serre.

[21] Une plateforme écologique européenne s’est créée pour lutter contre les éoliennes. Voici son site en français : http://epaw.org/index.php?lang=fr

[22] Les agros carburants sont décriés par des ONG, moins médiatisées celles-là et très critiques sur le mode de production capitaliste. Le dossier « Les agro carburants : le miracle éphémère » paru dans le n° 22 d’Echo et nature de novembre et décembre 2008, sur ce sujet, est assez édifiant. Par ailleurs, selon un centre de recherche américain (Oakland Institute), en Afrique et notamment en Ethiopie, au Ghana, au Congo (RDC), à Madagascar, au Mali, au Soudan, en Guinée Bissau, au Bénin, en Sierra Leone et au Liberia, la Société financière internationale (SFI), une filiale de la Banque mondiale, achète des millions d’hectares de terre pour produire des biocarburants au détriments des populations locales qui ne peuvent plus s’auto alimenter sans bénéficier des retombées financières accaparées par leurs gouvernements. Les animaux perdent également leurs nourritures ainsi que leurs abris naturels.

[23] Les marchés financiers ne sont pas une construction immatérielle, derrière l’expression se cachent des personnes le plus souvent interconnectées au travers de services bancaires internationaux qui vendent et achètent en spéculant. L’informatique a boosté cette spéculation qui ne tient pas compte ou très peu de l’économie réelle. L’une des plus connues de ces personnes est Georges Soros qui s’est permis d’écrire un livre « La vérité sur la crise financière », alors qu’il est l’un des spéculateurs parmi les plus virulents et les plus riches sur la planète. Voir, sur l’utilisation de l’expression « marchés financiers » un article du site de l’observatoire des médias et d’Acrimed (acronyme d’« Action critique Médias ») : http://www.acrimed.org/article3382.html.

[24] La déconnexion entre l’économie financière et la production réelle permet à quelques-uns d’accumuler des milliards de dollars alors que les biens et services fournis sont des centaines de milliers de fois inférieurs ce qui autorise à dire que les dettes publiques dont on nous rebat tant les oreilles ne sont fabriquées que sur du vent, puisque c’est des sommes représentantes des richesses virtuelles qu’ont emprunté les Etats.

[25] Voir les études de Carola Frydman, Raven Saks et Emmanuel Saez (déjà cités) ainsi que l’observatoire des inégalités : http://www.inegalites.fr/

[26] Pour la temporisation en France concernant la taxe carbone, on peut s’imaginer que le poids des transporteurs routiers a plus pesé dans la balance que celui des automobilistes se rendant à leur travail.

[27] André Bouny, « Agent Orange - Apocalypse Viêt Nam », Editions Demi lune, 2010

[28] Au nom de la concurrence libre et non faussée (un marché d’ailleurs faussement concurrentiel, puisqu’il est en faveur des seules puissances économiques dominantes), les industriels de la semence font un procès à l’association Kokopelli pour concurrence illégale, voir : http://www.kokopelli.asso.fr/proces.... L’éditeur et auteur Bernard Bertrand de son coté se voit interdit de vanter les mérites du purin d’ortie sous peine de 75 000 euros d’amende.

[29] Sauf pour les fraises d’hiver qui sont « fabriquées » en Espagne (Andalousie).

[30] L’Inde exporte des céréales partout dans le monde. L’exportation de son blé a augmenté de façon assez linéaire passant ainsi de 11 millions de tonnes en 1961 à 72 millions de tonnes en 2005, pour autant plus de 200 millions de personnes y souffrent de malnutrition. Comme quoi avec le capitalisme on peut avoir un estomac vide à coté de greniers pleins à ras bord.

[31] La géographe, Sylvie Brunel (auteure déjà citée) en fait la démonstration dans « A qui profite le développement durable ? », Larousse, collection : « A vrai dire », 2008. Dans ce livre la géographe fait une description assez savoureuse de Al Gore, Gorbatchev, Schwarzenegger, Hulot et quelques autres, nouveaux gourous verts, qui ne sont pas à une contradiction près.

[32] Par exemple, les grands argentiers de la planète, dont le patron du FMI, Dominique Strauss-Kahn, celui de la BCE Jean-Claude Trichet ou encore le financier et spéculateur Georges Soros, ainsi que le vice-président de la Réserve fédérale américaine (Fed) Donald Kohn, le président du Conseil de stabilité financière (FSB) Mario Draghi, le patron de la Bundesbank Axel Weber et celui de la Banque Nationale Suisse (BNS) Philipp Hildebrand et quelques autres se sont retrouvés dans une réunion informelle, le 11 mai 2010 à Zurich, pour discuter de l’avenir de la planète. Quand les forces de l’argent s’arrogent le droit de décider pour tous (pile poil avec les théories des Chicago Boys), c’est une dictature qui ne dit pas son nom en concordance avec le développement durable qui plaide pour une gouvernance mondiale.

[33] Dans le domaine des idées et de la politique, comme dans certains secteurs commerciaux, l’étiquetage est source d’erreur car derrière les étiquettes se cachent trop souvent des produits de contrefaçon.

[34] Les communicants de l’économie ont trouvé un nouveau barbarisme : les dettes publiques sont devenues des « dettes souveraines ». C’est ridicule, parce que la dette publique n’est pas la dette du souverain, puisqu’en démocratie, le souverain, c’est le peuple, et que l’Etat n’est pas le peuple.

[35] L’Alba (Alliance Bolivarienne pour les Amérique).

[36] Sur le sujet des retraites et le travail libéré et attaché à la personne, voir le livre de Bernard Friot, « L’enjeu des retraites », éditions La Dispute, 2010.

[37] Milton Friedman, l’économiste de référence du capitalisme et de beaucoup de chefs d’Etats, chantre de l’insécurité, a préconisé une privatisation radicale des catastrophes pour faire de l’argent, non de les prévoir et lutter contre celles-ci, mais de les attendre, voire de les favoriser. Les catastrophes naturelles ou non étant dans son esprit un autre moyen, en supplément des guerres, pour stimuler un secteur économique. L’exemple récent de la gestion du tsunami au Sri Lanka et de l’ouragan Katrina en Nouvelle-Orléans, du séisme de 2010 à Haïti, vient confirmer cette thèse. Voir son livre culte, voué à la « sainte » trinité capitaliste : privatisation, déréglementation et réduction des dépenses sociales, réédité en France, « Capitalisme et liberté », Leduc.s Editions, 2010.

[38] Voir à propos de la publicité, le livre de Naomi Klein (auteure déjà citée), « No logo, la tyrannie des marques », Editions Actes Sud, 2001.

[39] Si les semences issues de croisement de 1ère génération (dites hybrides F1) renforcent et améliorent souvent les variétés, les semences hybrides de seconde génération (dites hybrides F2) sont des semences qui produisent des grains qui ne sont pas réutilisables car cette semence de seconde génération a perdu ses caractéristiques. Les semences doivent donc être rachetées tous les ans aux firmes semencières.

http://www.oulala.net/Portail/spip.php?article4633

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