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25/08/2009

Marchés boursiers: l'insoutenable victoire des banques

Les marchés sont en hausse, le monde est en train de sortir de la récession, la croissance revient... de quoi se réjouir? Peut-être pas. Laurent Pinsolle souligne une faille à ce rebondissement: les banques, à l'origine de la crise, sont celles qui s'en sortent le mieux. Pire, elles y ont gagné une nouvelle impunité: elles savent, désormais, que quoi qu'elles fassent elles seront sauvées.

Vendredi, les marchés ont terminé au plus haut depuis le mois de novembre dernier. Le CAC 40 a dépassé le cap des 3600 points, mille points de plus que début mars ! Certains parient sur un niveau de 4000 points en fin d’année. Quel est le sens de cette hausse ?

Pourquoi une telle progression?

Certes, le PIB de la zone euro a seulement baissé de 0,1% au deuxième trimestre (contre 2,5% au premier), mais la remontée de la bourse semble complètement déconnectée de l’économie réelle par son ampleur. Il y a pourtant deux bonnes raisons pour justifier le bond de près de 40% des indices boursiers depuis leur point bas, atteint il y a cinq mois et demi. Tout d’abord, la baisse était excessive. Beaucoup d’entreprises se négociaient à des cours dérisoires par rapport à leur valeur réelle : le marché est aussi excessif à la hausse qu’à la baisse, et on peut considérer qu’il y a un effet de rattrapage derrière cette hausse.

Ensuite, la deuxième raison est que les nouvelles économiques sont généralement meilleures que ce que les marchés avaient anticipé. Aux Etats-Unis, le chômage a légèrement baissé en juillet, le prix des maisons dans les 20 premières villes du pays a monté pour la première fois depuis plus de deux ans. Tout semble indiquer que l’économie sera en croissance ce trimestre. En Europe, les chiffres de la zone euro sont meilleurs que prévus, notamment en France et en Allemagne, qui semblent sorties de la récession. Et la vigoureuse reprise asiatique fait que le monde est sorti de récession au deuxième trimestre.

Un système sauvé mais pas changé

Un examen plus approfondi révèle néanmoins un déséquilibre inquiétant. En effet, si le CAC 40 a repris 40% depuis son plus bas, il reste plus de 40% sous son point haut d’avant crise (la Bourse a perdu plus de 60% lors de la crise). Curieusement, l’examen de l’évolution de l’action de la BNP révèle une reprise bien plus vigoureuse. En effet, l’action BNP a brièvement dépassé le cap des 70 euros avant la crise, puis est tombée à 20 euros, une baisse de 70%. Ce samedi, l’action BNP était à 58,9 euros, soit un quasi triplement de sa valeur depuis son point bas. L’action n’est que 20% moins chère qu’avant la crise.

À première vue, une telle évolution semble logique : en effet, en pleine panique financière, il est logique que la valeur des banques soit particulièrement sanctionnée et qu’elle rebondisse plus vite lors de la reprise. Mais ce que montre le cas de la BNP, c’est que certaines banques ont retrouvé 80% de leur valeur boursière d’avant la crise quand le marché a péniblement atteint le cap des 60%… Cela signifie que certaines banques se sortent comparativement mieux de cette grave crise financière que la grande majorité des entreprises, ce qui est profondément injuste vue l’origine bancaire du krach.

Les nouveaux privilèges des banques

En fait, paradoxalement, le secteur bancaire sort considérablement renforcé. Les plus grandes banques savent désormais de manière certaine qu’elles ont droit à une assurance-vie accordée gracieusement par les Etats, du fait du risque systémique qu’elles font porter sur l’économie mondiale. Quoi qu’elles fassent, elles seront toujours soutenues : changement de règles comptables pour éviter des dépréciations, prêts, prise de participation au capital, garantie de plusieurs centaines de milliards d’euros sur leur bilan dans les pays européens, rachat de créances pourries…

Tout a été fait pour les sauver de leurs excès, de leurs mauvais modèles, de leurs règles prudentielles qui n’avaient de prudentielles que le nom. « Le laisser faire a conduit au laisser aller » pour citer Dominique de Villepin. Mais le plus incroyable est l’absence totale de remise en cause de ce système qui a failli mener le monde dans une nouvelle Dépression. Les cours de bourse ne font que sanctionner cet état de fait : les banques ont triomphé sur toute la ligne. Presque personne ne semble se poser des questions sur les réformes nécessaires, à part Frédéric Lordon…

Bonne nouvelle : la hausse de la bourse est sans doute le prélude à une reprise économique. Mauvaise nouvelle : tous les déséquilibres passés restent en place, notamment l’exploitation de l’économie réelle par la finance, qui vient de gagner une assurance-vie sans aucune contrepartie réelle pour l’instant.
Marianne2 - 25.08.09

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