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05/09/2009

Obama voit la vie en Ross

Barack Obama a profité de la torpeur de l’été pour décider de nominations qui font la part belle à la banque Goldman Sachs et aux amis des néo-conservateurs.

Après avoir capitulé sur la création d’un système national d’assurance santé géré par le gouvernement (une promesse clé de sa campagne présidentielle dorénavant vouée aux oubliettes), voilà maintenant que Barack Obama valide trois nominations qui inquiètent les progressistes sophistiqués. A commencer par celle d’un faucon pro-israélien à un poste clé aux côtés du président.

Mais intéressons-nous d’abord au choix de Robert Hormats comme sous-secrétaire d’État auprès d’Hillary Clinton. Concrètement, Hormats sera en charge des dossiers Energie, Economie et Agriculture. Très troublant quand on sait qu’il est d’abord un pilier de la première banque de Wall Street, Goldman Sachs. Celle-là même que le magazine Rolling Stone qualifie de « calmar vampire géant » dans une enquête fouillée dont Bakchich s’est fait l’écho.

A l’heure qu’il est, Goldman Sachs est déjà en train de spéculer sur le juteux marché international des émissions de carbone dont la valeur est estimée à plus de 1 000 milliards de dollars et dont les prix des crédits carbone sont garantis par le gouvernement. Avec un Hormats en charge de l’Energie et de l’Economie au niveau national pour Obama, on peut légitimement penser que Goldman Sachs saura tirer le plus grand avantage du commerce international des émissions de carbone.

Le « gouvernement permanent » toujours aussi puissant

Hormats, un des vice-présidents de cette banque depuis 1982, fait partie de ce qu’on appelle le « gouvernement permanent », à savoir ces grands manitous de l’establishment qui, pour maintenir leur pouvoir, offrent leurs services à la Maison Blanche sans tenir compte du fait que son locataire soit républicain ou démocrate. Ainsi, Hormats a travaillé pour les présidents Nixon, Ford et Carter. Sous Obama, sa nomination confirme que Goldman Sachs a plus que jamais la haute main sur l’économie puisque Mark Patterson, le chef de cabinet du secrétaire au Trésor, est un ancien lobbyiste de la banque comme l’a rapporté le quotidien USA Today.

Pas surprenant quand on sait que le secrétaire au Trésor en personne, Timothy Geithner, est un protégé de Robert Rubin (ancien PDG de Goldman Sachs, ancien secrétaire au Trésor de Bill Clinton et collecteur en chef de fonds pour le parti démocrate) à qui il doit son ascension fulgurante dans le service public. Même le secrétaire général de la Maison Blanche, Rahm Emmanuel dit « Rahmbo », est un ancien entremetteur avec les « gens d’influence » pour Goldman Sachs, comme l’a rapporté l’an dernier le Washington Examiner.

Qui plus est, le PDG du New York Stock Exchange (la bourse de Wall Street), Gerald D. Putnam, a été nommé à son poste en vertu d’un deal dont Goldman Sachs était l’architecte, comme l’a rapporté le New York Times en 2005. Le quotidien avait alors noté que l’accord qui a mis Putnam en selle « bétonne définitivement l’influence décisive de Goldman Sachs sur l’avenir » de la bourse.

Le capitaine du Titanic aux manettes

La semaine dernière, Obama a reconduit Ben Bernanke comme chef de la Réserve fédérale, la banque centrale américaine. Bernanke a été nommé à ce poste pour la première fois en 2006 par George W. Bush et nombreux sont ceux à penser que maintenir Bernanke dans son job revient à donner les clés du navire économique au capitaine du paquebot Titanic ! Comme l’a si bien dit le sénateur Bernard Sanders de l’Etat du Vermont, le seul élu de gauche indépendant au Sénat, au magazine Politico « à cause de l’avidité, l’irresponsabilité et la conduite illégale de Wall Street, notre pays a subi le pire déclin économique depuis la Grande Dépression. Mais Bernanke était le chef de la Fed et l’économiste en chef de la nation pendant le développement de cette crise engendrée par une spéculation frénétique. Comme toute l’administration Bush, Bernanke s’est endormi au volant pendant cette période et n’a rien fait pour sauvegarder notre système financier ».

Et le webzine iStock Analyst a accueilli la nomination de Bernanke par Obama avec un article acide : « Bernanke’s Real Legacy : Helping Goldman Sachs Fleece Us All ! » (Le vrai héritage de Bernanke : aider Goldman Sachs à tous nous plumer !).

Comme l’a récemment écrit l’influent Frank Rich dans sa chronique dominicale pour le New York Times sous le titre « Is Obama Punking Us ? » (Obama est-il en train de nous rouler ?), « la grande peur est qu’Obama n’est rien d’autre qu’un corporatiste de plus, qui roule les électeurs comme le font les républicains quand ils prétendent être du coté de monsieur tout le monde… » Si Obama commence à perdre le soutien d’un fervent supporter comme Rich, c’est dire que l’heure est grave…

Dennis Ross, conseiller spécial d’Obama

Mais la nomination la plus inquiétante pour ceux qui s’y connaissent en affaires étrangères est celle de Dennis Ross, promu conseiller spécial du président à la Maison Blanche pour la « Région Centrale », une appellation qui englobe presque tous les points chauds actuels : Israël, Irak, Syrie, Liban, Afghanistan, Pakistan… Obama doit beaucoup à Dennis Ross, qui était son ambassadeur le plus influent auprès de la communauté juive lors de la campagne présidentielle de 2008.

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Le très pro-israélien Dennis Ross, nouveau conseiller spécial d’Obama
© Marc Moreno

Ross est réputé être un supporter inconditionnel d’Israël. Avant de rejoindre l’administration Obama, il était l’un des dirigeants du Washington Institute for Near East Policy (WINEP), un think-tank fondé il y a vingt ans par l’AIPAC (American Israël Public Affairs Committee), le riche et puissant lobby pro-israélien si proche de l’ambassade d’Israël à Washington que deux de ses dirigeants ont été inculpés pour espionnage il y a quatre ans. Ils avaient subtilisé au Pentagone, avec l’aide des néo-conservateurs de l’équipe de Donald Rumsfeld, des documents secrets concernant l’Iran.

En tant que dirigeant du WINEP, Ross a toujours prôné la ligne dure de l’AIPAC envers le régime des mollahs et, en juin 2008, a préparé un rapport avec le « groupe de travail présidentiel » de ce think tank intitulé « Strengthening the Partnership : How to Deepen U.S.-Israel Cooperation on the Iranian Nuclear Challenge » (Renforcer le partenariat : comment approfondir la coopération entre les États-Unis et Israël sur le défi nucléaire iranien). Belliqueux à l’égard de Téhéran, ce texte est cosigné par Susan Rice, actuel ambassadeur à l’ONU d’Obama, et par Richard Holbrooke, ambassadeur spécial du président pour l’Afghanistan et le Pakistan. Ross était aussi l’auteur du discours d’Obama devant la convention d’AIPAC de juin dernier, et dont Bakchich avait alors rapporté le contenu musclé et guerrier.

Afghanistan : Hillary Clinton et Joe Biden pas sur la même longueur d’ondes

La promotion de Ross à son nouveau poste clé auprès d’Obama a affaibli et Hillary Clinton et le général James Jones, chef du Conseil national de la sécurité à la Maison Blanche. Ross a en outre pris ses nouvelles fonctions juste avant qu’Obama ne soit obligé de décider d’une nouvelle escalade de la guerre en Afghanistan. Il l’a déjà fait en février dernier, lorsqu’il a ordonné l’envoi de 20 000 soldats supplémentaires en Afghanistan. Depuis, le nombre de « boys » sur place atteint les 68 000 auxquels il faut ajouter 68.197 mercenaires employés par le Département de Défense.

Mais le Pentagone demande encore plus au nom de la « counterinsurgency » (contre-insurrection) — ou COIN comme on dit dans le jargon du Pentagone — la doctrine très en vogue au sein de l’administration Obama comme chez les généraux, et dont Ross se fait le chantre. Dans un article en date du 3 septembre, le New York Times a rapporté que l’option pour laquelle les militaires penchent car présentant le « moindre risque » est d’envoyer 45 000 soldats de plus en Afghanistan. Mais que l’équipe d’Obama est divisée sur la question. Selon le Times, Hillary Clinton et Richard Holbrooke (le copain idéologique de Dennis Ross) sont pour l’escalade maximale tandis que d’autres, comme le vice-président Joe Biden, sont plus réticents.

La fraude massive lors des élections présidentielles en Afghanistan renforce les doutes quant au bien-fondé de cette guerre, même chez certains conservateurs. Par exemple, quand, pour la première fois, le chroniqueur conservateur le plus influent, George Will, a écrit le 1er septembre dans le Washington Post que les États-Unis doivent retirer TOUTES leurs troupes d’Afghanistan, la nouvelle a été reprise par tous les médias importants.

L’opinion publique s’est également retournée contre cette guerre. Selon un sondage du Washington Post et de la chaîne de télévision ABC publié le 20 août, une majorité d’Américains (51%) dit désormais que la guerre en Afghanistan n’en vaut pas la chandelle et à peine un quart des sondés sont pour l’envoi de troupes supplémentaires. Et selon un nouveau sondage pour CNN publié le 4 septembre, 57% des Américains sont opposés à cette guerre (contre seulement 46% en avril).

Toujours plus de boys en Afghanistan

Si Obama écoute Dennis Ross et non les sondages, il choisira sans doute d’envoyer le maximum de militaires comme le demandent les généraux, pour combattre les taliban. Mais la doctrine du COIN en nécessitera toujours plus. Selon le très officiel 2006 « U.S. Army/Marine Corps Counterinsurgency Field Manual », dont le co-auteur est le général David Petraeus, actuel commandant du « Central Command » (CENTCOM), qui englobe tout le Moyen-Orient et l’Asie du Sud, y compris l’Afghanistan, il faut un minimum de 20 « contre-insurgés » pour 1000 habitants. En Afghanistan, avec une population de 33 millions de personnes, ce rapport de forces exigera au moins 660 000 soldats de plus !

Et comme la guerre au Vietnam a mis une fin prématurée à la carrière d’un autre président populaire, Lyndon Johnson, le bourbier afghan pourrait faire de l’Obamania une rigolade qui n’a duré que le temps d’un printemps et d’un été.

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