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25/01/2010

25 000 morts tous les ans ! Un scandale qui ne manque pas de sel...

Grippe A : 300 morts, 2 à 3 milliards dépensés. Hypertension lié à l'excès de sel alimentaire : 25 000 morts tous les ans depuis des décennies, une simple signature pourrait permettre d'économiser 6 milliards du jour au lendemain. Mais rien ne bouge. Cherchez l'erreur !

Les mots

Le problème est simple. Actuellement, les Français consomment entre 8,5 et 10 grammes de sel (chlorure de sodium) tous les jours, alors que l'OMS et l'Europe préconisent de ne pas dépasser les 5g et que les besoins réels sont estimés entre 2 et 3g. Cet excès est redoutable pour la santé : selon Pierre Meneton (*), chercheur à l'Inserm, il provoquerait 75 000 accidents cardio-vasculaires tous les ans, dont 25 000 décès. Rien que ça. Le problème est connu depuis des lustres. En 2002, déjà, l'Afssa demandait (timidement) aux industries agro-alimentaires de réduire les quantités de sel incorporées dans les aliments. Objectif : -20% sur cinq ans. Mais rien n'y fait. Malgré l'ampleur du scandale, les pouvoirs publics restent sourds et aveugles. Et les étiquettes restent muettes.

Cache-misère alimentaire (et accélérateur de croissance)

Entre 80 et 90% du sel ingéré par la population provient de l'alimentation industrielle : soupes, biscuits (salés ou sucrés), boissons, plats cuisinés, pain... Un exemple, relevé par l'UFC Que Choisir dans son édition de mars 2007 : un bol de céréales du matin contient autant de sel qu'un bol d'eau de mer, et un paquet de chips en représente trois ! Pour agiter la salière, les industriels ont la main lourde, le plus souvent à notre insu puisque rien ne les oblige à indiquer la présence de sel dans les aliments, pas plus que sa concentration. Et lorsque cette information est affichée, elle est le plus souvent exprimée en quantité de sodium, ce qui divise par 2,5 la quantité réelle de chlorure de sodium.

Aujourd'hui, le sel n'est plus utilisé à des fins de conservation, mais il possède quatre caractéristiques qui le rendent incontournable. Primo, ses qualités de rétention d'eau permettent d'augmenter artificiellement le poids des produits, et donc leur prix. Deuxio, c'est un exhausteur de goût sans équivalent, qui permet de relever la saveur de plats sans grand intérêt gustatif. Tercio, le sel provoque un effet d'accoutumance, le "syndrome du biscuit apéritif". Quarto, il possède un pouvoir assoiffant hors du commun. Réduire sa consommation de moitié se traduirait par une diminution de la prise de boisson de 330 millilitres par personne et par jour, selon le même Meneton. Un manque à gagner de 6 à 8 milliards d'euros, rien qu'en France, pour les fabricants de boissons et d'eau en bouteille.

Une addition bien salée

Pourtant, l'étude Intersalt réalisée en 1997 sur 10 000 personnes dans 32 pays (et largement confirmée depuis), montrait sans ambigüité qu'en réduisant de moitié les quantités de sel incorporées dans la nourriture industrielle, on diminuerait aussi de moitié le nombre d'hypertendus. Sans l'aide d'aucun médicament. Un coup dur pour le très rentable marché des antihypertenseurs, qui pèse, seulement en France, 2 milliards d'euros par an. Hasard total, le groupe Solvay, membre du Comité des salines de France et second producteur européen de sel, possède également une branche pharmaceutique qui aligne pas moins de cinq médicaments anti-hypertension ! De la belle ouvrage...

32 milliards de dollars

Aux Etats-Unis, la Rand Corporation, un des plus prestigieux think tanks américains, a récemment publié une étude sur les ravages du chlorure de sodium. Le simple fait d'appliquer les limites recommandées par les autorités US et l'OMS soulagerait 11 millions d'hypertendus, éviterait des dizaines de milliers de décès et se traduirait par une économie immédiate de 18 milliards de dollars en soins de santé directs, tous les ans. Mieux, en prenant en compte les années de vie gagnées à l'échelle du pays et l'amélioration de l'état de santé global de la population, ce sont 32 milliards qui seraient ainsi annuellement économisés. Projection à la (grosse) louche de ces chiffres à la situation hexagonale : environ 6 milliards d'euros pourraient être épargnés.

Mensonges et trahison...

Oui, mais voilà, en 2007, Le Point a dévoilé le contenu d'un document confidentiel qui prouvait que l'industrie agroalimentaire était au courant des effets néfastes de l'excès de sel sur la santé, depuis au moins 25 ans ! Les entreprises du secteur auraient en outre cherché à dissimuler l'information. Dans une note interne datée de janvier 1982, l'un des responsables scientifiques de l'américain Frito-Lay, filiale du géant Pepsico, second producteur mondial de sodas, explique qu'il faut allumer un contre-feu pour faire oublier les risques liés au sel industriel : « Une promotion efficace de la théorie de "l'effet bénéfique du calcium sur l'hypertension" pourrait pendant un temps relâcher la pression sur le sel [bien qu'il ne soit] pas probable qu'un apport adéquat en calcium seul puisse prévenir ou améliorer la plupart des types d'hypertension primaire ». Et le document de préciser, un peu plus loin : « Même si la campagne sur le calcium est un succès, il est vraisemblable que le problème du sodium reviendra à l'ordre du jour à long terme».

25 ans plus tard, le sodium n'est toujours pas à "l'ordre du jour" : Ce qu'on appelle un plan qui se déroule sans accroc. Les morts ont-ils un sens ?

[* : Pierre Meneton. Quinze ans qu'on le prend pour un fou, un excentrique original et vaniteux. Victime de tentatives de déstabilisation, d'intimidations, de mises sur écoute... il n'a eu de cesse de dénoncer ce scandale, envers et contre tous. Ce chercheur de l'INSERM s'est retrouvé devant les tribunaux, accusé de diffamation par le Comité des Salines de France, un redoutable lobby prêt à tout pour défendre son business. Mais le procès a eu l'effet inverse de celui espéré. Toutes les informations ont été mises sur la table. Appelés à la barre en tant que témoins, l'ancien directeur général de la Santé, Joël Ménard, et le journaliste du Point auteur de l'article qui a mis le feu aux poudres, Christophe Labbé, ont soutenu Pierre Meneton. Mercredi 12 mars 2008, les plaignants ont été déboutés, le tribunal ayant estimé que Meneton avait fait preuve d'une « appréciation critique » et non « diffamatoire ».]

http://www.lesmotsontunsens.com/exces-sel-alimentaire-25-000-morts-tous-les-ans-scandale-agro-alimentaire-6878

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