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06/04/2009

G20 : la Crise avant la guerre ?

Par Jean-Louis Denier, journaliste. Davantage que s'attaquer aux causes, les dirigeants du G20 s'évertuent à délivrer des solutions placebo. Et dans dix ans ? On prend les mêmes et on recommence ?

A entendre les thuriféraires de la médecine libre-échangiste, le remède aurait été trouvé et l’économie mondiale sauvée. Attention, pourtant ! Les « Diafoirus » qui n’ont su ni diagnostiquer ni vacciner contre la crise, ne sauront d’avantage l’éradiquer.

Heu-reux ! Tout ce que le Gotha politique, financier, intellectuel et journalistique compte de partisans du libéralisme économique est heureux, rassuré et tient à le faire savoir et avec savoir-faire : habileté des communiqués, adresse des interventions radio et télé... La mobilisation médiatique est d’ampleur. La vieille méthode Coué semble bien fonctionner, en tous cas du côté des marchés financiers qui, comme un seul homme, repartent à la hausse. Retour de la confiance ou excès de celle-ci ?

Le retour du « nouvel ordre mondial »

En guise de retour, l’on nous ressort - pour ne pas dire ressert - le concept de Nouvel Ordre Mondial. Le Premier britannique, Gordon Brown, dans son discours de clôture, s’en est félicité, plaçant ses pas dans ceux de G. W. Bush Sr.

Flash-back ! En septembre 1990, au moment où Saddam Hussein venait d’envahir le Koweït, le Président américain avait inauguré la thématique du Nouvel Ordre Mondial avec une verve fleurant bon l’humanisme fraternel. Sa sémantique, développée devant le Congrès des Etats-Unis (Address Before a Joint Session of the Congress on the Persians Gulf Crisis and the Federal Budget Deficit) ne laissait aucun doute à cet égard : « Nous sommes aujourd’hui face à un moment unique et extraordinaire. La crise du golfe Persique, si grave soit-elle, offre aussi une occasion rare de progresser vers une période historique de coopération. De ces temps troublés, (...) un nouvel ordre mondial peut émerger ; une nouvelle époque, plus libre de menaces et de terreur, plus forte dans la poursuite de la justice et plus sûre dans la quête de la paix, une ère dans laquelle les nations du monde, Est et Ouest, Nord et Sud, peuvent prospérer et vivre en harmonie. (...) Aujourd’hui, ce monde nouveau se débat pour naître, un monde différent de celui que nous avons connu. Un monde où l’État de droit supplante la loi de la jungle. Un monde dans lequel les nations reconnaissent leur responsabilité partagée pour la liberté et la justice. ».

Trois guerres plus tard (Irak I et II, Afghânistân), l’expérience montre ce qui est advenu de ce concept en politique et surtout en géopolitique. Alors, en se faisant maurassien pour l’occasion, c'est-à-dire en jugeant une politique à ces résultats, l’on peut affirmer que ce paradigme a totalement échoué, et stratégiquement, et politiquement, et militairement et financièrement surtout : coût prévisionnel des guerres Irak II et Afghânistân de 2400 milliards de $ selon le Congrès U.S.

Cet échec de tentative de gouvernance politique mondiale idyllique n’indique rien de bon pour son équivalent économique. Ce, d’autant plus que les solutions préconisées par le G20 découlent de diagnostiques et évaluations erronés.

Quand le G20 confond causes et conséquences

Un traitement n’a de chance de réussir que s’il soigne la « vraie » maladie c'est-à-dire la cause originelle de la pathologie. Oublieux de cette logique, de ce bon sens plus exactement, le G20 se contente de vouloir apaiser la fièvre (spéculative) sans se préoccuper des causes qui ont provoqué, provoquent, et provoqueront encore la hausse de la température. A cet égard, trois symptômes de l’économie libérale globalisée à l’origine de la crise actuelle ont été totalement ignorés, à un point tel que cela ressemble à de la censure :

- le libre-échangisme effréné favorisant les délocalisations et la constitution de monopoles et oligopoles mondiaux, nationaux et régionaux et d’ententes entre eux faussant et dénaturant totalement les règles de la libre concurrence et de la stabilité des économies nationales.

- la financiarisation excessive du management des grandes entreprises et notamment les exigences, souvent délirantes, des actionnaires en matière de croissance des C.A et bénéfice net.

- le « syndrome Wal Mart » du nom de cette chaine d’Hyper et Supermarchés américains où les salaires et marges des sous-traitants sont écrasés afin, officiellement, d’offrir les plus bas prix au consommateur.

En lieu et place, le G20 s’est focalisé uniquement sur la lutte contre les excès de spéculation et de titrisation d’actifs toxiques et/ou de créances douteuses. Cela n’est pas (entièrement) faux mais totalement insuffisant. Pourquoi ? Parce que l’origine, ainsi que la dynamique actuelle de la crise, proviennent, non pas de combinaisons financières trop spéculatives, mais des conditions (relevées ci-dessus) ayant permis leur apparition.

Ceci est particulièrement avéré si l’on prend l’exemple des créances douteuses liées au surendettement des particuliers aux USA. Qu’ils soient salariés, fonctionnaires, petits patrons ou professions libérales au sein de petites structures, les ménages américains se sont excessivement endettés dans la mesure où ils ont été chercher du (faux) pouvoir d’achat du côté du crédit au lieu que d’en obtenir du suffisant, du véritable et vertueux du côté de leur revenu issu de sa seule source : leur travail.


C’est à force de ne pas vouloir payer ce travail, le travail de ceux qui sont en dessous d’eux – en terme de taille ou de statut social – que les grands groupes et entreprises U.S. ont, peu à peu, asphyxié l’économie américaine en lui imposant un modèle faisant dépendre sa croissance uniquement du crédit (jusqu’à saturation et explosion) et non plus du seul revenu des consommateurs dont la majorité vit de son travail et non pas de son capital.

L’une des causes – peut-être « la » cause principale - de la crise est à rechercher de ce côté-là et pas ailleurs. Ne pas l’avoir fait traduit, de la part du G20, une obsession idéologique qui en dit long sur l’intoxication mentale de nos dirigeants, incapables de réformer et leur pensée et leurs compréhension et lecture induite des événements.

Raison pour laquelle le G20 interprète faussement la nature de la crise actuelle qui n’est pas de type conjoncturel/accidentel (subprimes) mais structurel (ce qui conduit à l’accumulation des subprimes : l’écrasement financier d’une majorité de consommateurs par manque de moyens). Cet égarement ne laisse pas d’inquiéter ... .

La crise risque de continuer et de changer de nature

Faute de remettre en ordre les économies par un ensemble de mesures harmonisées favorisant les revenus du travail, la relocalisation des activités dans un cadre national et la lutte contre les concentrations mondiales et régionales, les dirigeants du G20 vont sans doute déverser, en vain, des milliards.

A cet égard, ce qui va peut-être se traduire par un gaspillage sans précédent, ne sera pas sans conséquence politique et géopolitique. Pour les USA : les liens financiers avec la Chine - qui porte à bout de bras et l’économie et les revenus privés et publics américains - risquent de se transformer en menottes. Pour la Chine : sa dépendance financière – en terme d’allocation et de valorisation d’actifs – vis-à-vis des USA l’expose à des fluctuations voire à des pertes de revenu si le dollar se met à fluctuer ou si la confiance internationale dans les bonds du trésor U.S. vacille et conduit à des ventes massives. Dans un cas comme dans l’autre, chacun des géants ne manquera pas d’en faire le reproche à l’autre, le reproche précédant la menace et la menace précédant l’affrontement...

Marianne2 - 06 Avril 2009

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