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06/01/2011

Les enfants volés du franquisme réclament justice

Gaëlle Lucas 

Près de 300.000 enfants pourraient avoir fait l’objet d’adoptions frauduleuses depuis les années 1940 jusqu'aux années 1990. La justice espagnole commence à entendre les victimes de ce juteux marché.

Le traditionnel silence qui entoure les crimes du franquisme en Espagne n’a pas pu, cette fois, étouffer la clameur des victimes d’une tragédie qui brise encore des vies trente-cinq ans après la mort de Franco. Depuis plusieurs mois, les personnes affectées par les adoptions illégales réalisées sous la dictature réclament, si ce n’est justice, au moins la vérité sur leur passé. Et les médias s’en font écho, dans une Espagne toujours divisée sur les questions de la mémoire historique.

30 000 enfants enlevés à des mères républicaines

Le trafic d’enfants qui a sévi en Espagne des années 1940 aux années 1990 plonge ses racines dans la dictature franquiste. Après la guerre civile espagnole (1936-1939), environ trente mille enfants ont été enlevés à leurs mères républicaines pour être confiés à des institutions publiques ou à des familles proches du régime du Général Franco. Le but était d’éviter que les mères "contaminent" leur progéniture avec leurs idées subversives.

De l’idéologie à l’appât du gain

Dès les années 1960 toutefois, ce sont des motifs purement crapuleux qui ont permis la perpétuation de ces "vols", donnant lieu à un véritable trafic. Les enfants étaient alors enlevés à des femmes vulnérables, mineures ou en situation de précarité sociale, et remis moyennant paiement à une famille adoptive.
Lorsque les mères n’avaient pas "cédé" leur enfant, on leur faisait croire qu’il était mort-né. Pour éviter tout problème, on leur affirmait que l’hôpital se chargerait des formalités administratives et de l’enterrement. Le phénomène a été particulièrement intense entre 1960 et 1980. Le sociologue Francisco Tena, qui s’est spécialisé dans cette affaire, affirme toutefois (au quotidien El Mundo) avoir vu des cas jusqu’en 1995, soit vingt ans après la mort de Franco.

"Réserver" un bébé

"Il s’agissait d’une affaire juteuse", déclarait il y a quelques mois sur le plateau de télévision d’une émission d’Antena 3, Antonio Barroso, qui a appris il y a quelques années sa condition d’enfant volé. Pour un prix équivalant à un ou plusieurs appartements, des couples en mal d’enfants "réservaient" un bébé qui leur était remis dans un lieu et à une date prévus à cette fin.
L’Association Nationale des Affectés par les Adoptions Illégales (Anadir) a calculé 300.000 enfants pourraient avoir fait l’objet d’adoptions frauduleuses. Malgré l’ampleur du phénomène, il semble qu’il soit le fait de personnes isolées et non d’institutions hospitalières ou religieuses, bien que des bonnes sœurs et des prêtres, travaillant dans les établissement hospitaliers concernés, aient pris part au trafic.

Des enquêtes sont ouvertes

Aujourd’hui, mères et/ou enfants victimes de ce système veulent connaître la vérité et la justice espagnole commence à les entendre. Ainsi, le parquet de Cadix a récemment accepté d’ouvrir des enquêtes sur des bébés disparus entre 1960 et 1980. L’Association Nationale des Affectés par les Adoptions Illégales (Anadir), créée par Antonio Barroso et Juan Luis Moreno, un autre enfant "acheté", prévoit de déposer une plainte à niveau national, le 27 janvier prochain, dans l’espoir que la tragédie fasse l’objet d’une enquête à niveau national.
Y a-t-il prescription? Les juristes ne se mettent pas d’accord. Pour certains, quarante ans après, il est trop tard ; pour d’autres, ce genre de délits, qui impliquent la disparition de personnes, ne se prescrit pas. Le 27 janvier, Anadir offrira à la Justice l’opportunité de se pencher sur le passé encore à vif de l’Espagne.

http://fr.myeurop.info/2011/01/06/les-enfants-voles-du-franquisme-reclament-justice-958

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