Filme brasileiro de 1962, um drama escrito e dirigido por Anselmo Duarte e baseado na peça teatral homônima de Dias Gomes.
À procura de textos e pretextos, e dos seus contextos.
05/12/2011
Madame Merkel, Bismarck, l’euro et nous, les autres Européens…
Arnaud Montebourg
J’ai évoqué, au cours d’une émission argumentée le nom de Bismarck, pour illustrer ce que je crois être devenue la politique européenne de Madame Merkel. La comparaison avec Otto von Bismarck, premier Chancelier de la Confédération Allemande qui réalisa l’unité de l’Allemagne, créa les assurances sociales et fit la guerre à la France en 1870, n’est pas de moi : elle est de Sigmar Gabriel, Président du SPD allemand. C’est une comparaison faite devant le Bureau National du Parti Socialiste français, rue de Solférino, au printemps dernier. Je crois aussi me souvenir que « Le Retour de Bismarck » est le titre d’un livre de Georges Valance, qui a été directeur de la rédaction de L’Expansion et de L’Express et paru en 1990. Je ne cite pas Messieurs Gabriel ou Valance pour m’abriter derrière quelques alibis mais pour souligner que nous vivons, depuis une vingtaine d’années, un « retour du réel » dans nos relations avec l’Allemagne qu’il faut comprendre pour agir différemment.
J’ajoute d’ailleurs que, voici quinze ans déjà, le portrait de Bismarck ornait le bureau de Klaus Kinkel, Ministre des Affaires étrangères d’Helmut Kohl et leader du FDP. Ce n’est pas moi qui l’y avais accroché ! Que l’Allemagne, mue par la conscience de son propre vieillissement, veuille une monnaie forte, qu’elle relativise l’importance de sa relation avec notre pays et qu’elle pense exercer, comme le disait Joschka Fischer, une « hégémonie douce » ne sont que des éléments d’analyse, éléments qui n’ont rien de « germanophobes » ou de « populistes ». C’est un constat qu’il va bien falloir mettre dans nos ordinateurs de bord. Bismarck fit le choix politique de réunifier les principautés allemandes en cherchant à dominer les pays européens, particulièrement la France. Dans une similitude frappante, la Chanceliere Angela Merkel cherche à régler ses problèmes intérieurs en imposant l’ordre économique et financier des conservateurs allemands à tout le reste de l’Europe. La vieille politique d’expansion et de puissance dans l’ordre territorial s’est aujourd’hui portée sur le terrain de la domination économique.
Il est vrai que les Allemands sont pénétrés d’un sentiment pacifiste prégnant et furent les plus nombreux à défiler contre l’intervention en Irak. Les Allemands n’ont plus envie d’un alignement sur Washington par exemple. Mais est-ce à dire que les Allemands ont abandonné toute ambition nationale ? Est-ce à dire qu’ils ont délibérément abdiqué toute volonté de faire valoir leurs intérêts nationaux ? Certainement pas. Il me semble évident qu’à travers la question de l’euro se joue, pour la population allemande, la question de l’accumulation d’excédents qui lui permettront d’affronter son propre vieillissement. C’est là la clé de l’égoïsme, et même des risques qu’elle prend et qu’elle fait prendre à l’Euro par son intransigeance dangereuse et suicidaire pour elle-même, dans la crise des dettes souveraines.
Les Allemands mènent donc, sur la question de l’euro, une politique nationale, une politique servant leurs seuls intérêts : en faisant la politique des marchés et non pas des peuples, en imposant des plans d’austérité partout en Europe, en refusant les Eurobonds et l’intervention de la Banque Centrale Européenne pour faire racheter la dette des États. Il me
semble, en particulier, que les élites allemandes n’ont pas peur de proclamer qu’elles pensent d’abord en termes d’intérêts nationaux. Sans doute avons-nous été habitués à voir une Allemagne divisée entre Bonn et Berlin-Est s’effacer de l’histoire et suivre deux chemins parallèles dans l’impuissance consécutive à 1945. Il est probable que nous nous sommes habitués à considérer que les Allemands ne pouvaient, dès lors, plus suivre d’autre chemin que celui d’une soumission aux règles dépolitisées de l’intégration communautaire européenne. Cette époque est révolue. Vingt ans après la réunification, il faudrait simplement en prendre conscience.
semble, en particulier, que les élites allemandes n’ont pas peur de proclamer qu’elles pensent d’abord en termes d’intérêts nationaux. Sans doute avons-nous été habitués à voir une Allemagne divisée entre Bonn et Berlin-Est s’effacer de l’histoire et suivre deux chemins parallèles dans l’impuissance consécutive à 1945. Il est probable que nous nous sommes habitués à considérer que les Allemands ne pouvaient, dès lors, plus suivre d’autre chemin que celui d’une soumission aux règles dépolitisées de l’intégration communautaire européenne. Cette époque est révolue. Vingt ans après la réunification, il faudrait simplement en prendre conscience.Le dialogue à entretenir avec les dirigeants allemands devra viser à faire prendre conscience à Berlin de l’intérêt qu’il y a à sauver l’Euro et à en finir avec les plans de rigueur à répétition. La convocation des dirigeants européens par le couple Merkel-Sarkozy, les injonctions à engager des plans d’austérité toujours plus durs, suscitent dans la population de nos partenaires un ressentiment dangereux, qui servent les intérêts de l’Allemagne mais détruisent à petit feu l’Europe et l’Euro. La politique européenne de Nicolas Sarkozy, désormais assis sur le porte-bagage de la droite allemande, est une politique de faiblesse face à l’Allemagne, qui entraîne l’Europe dans la spirale de la récession. Le moment est venu de combattre ce directoire des droites germano-francaises à domination allemande qui soumettent les pays européens à des choix qui nous mèneront au chaos politique, économique et social.
Pour ma part, je ne demande qu’à mener un dialogue dépourvu de naïveté avec l’Allemagne. Mais il faudra rappeler à nos amis allemands pourquoi et comment Bismarck ne peut pas être de retour. Revenons à la réalité des faits : c’est le meilleur service à rendre à l’Europe, à l’Allemagne et à la France.
Les dirigeants européens ont beau répéter qu’ "il n’est pas question" d’une implosion de la zone euro, "certaines banques n’en sont plus tout à fait sûres", souligne le New York Times.
Plusieurs établissements dont Merrill Lynch, Barclays Capital et Nomura, ont publié une série de rapports étudiant la possibilité d’un éclatement de la zone euro. "La crise financière de la zone euro est entrée dans une phase nettement plus dangereuse", indiquaient vendredi dernier des analystes de Nomura. Si la Banque Centrale Europeénne n’intervient pas là où les responsables politiques ont échoué, "un éclatement de la zone euro paraît non seulement possible mais probable", souligne la banque. Le quotidien américain est surpris par le calme affiché par "les banques de grands pays de la zone euro ayant récemment été contaminés par la crise".
- Si aux États-Unis, on croit clairement à une implosion de l’Europe, ici, on pense que l’Europe doit rester telle qu’elle est, résume un banquier français. Personne ne sonne la retraite.
- Les constructeurs automobiles, les groupes énergétiques, les entreprises de bien de consommation et autres multinationales veillent à minimiser leurs risques en plaçant des liquidités dans des investissements sûrs et en contrôlant leurs dépenses non essentielles. Siemens a même créé sa propre banque afin de déposer des fonds auprès de la Banque Centrale Européenne.
- Plusieurs responsables français, italiens et espagnols disent s’être préparés à de sérieuses turbulences économiques et financières mais pas particulièrement à la fin de l’euro. Pour eux, le principal danger serait de voir la stabilité de la région soumise à de plus en plus de pression si l’on apprenait que les entreprises se préparent au pire.
- Icap teste en effet discrètement depuis quelques mois sa plate-forme électronique EBS, la plus importante pour les échanges interbancaires sur les devises, à un retour de la monnaie grecque, la drachme.
- Si la zone euro implosait, ce ne serait pas si grave pour nous. Nous acceptons déjà les paiements en euros mais aussi en couronnes tchèques et suédoises.
Au même moment, le vice-président d’un fabricant de boîtes en aluminium explique que "personne ne sait ce que donnerait un éclatement de la zone euro. Tout ce qu’on peut faire, c’est nous protéger contre les fluctuations monétaires".
Cuidado con los que promueven la austeridad
Paul Krugman
Explotando la afinidad para combatir las protestas en Estados Unidos
Mientras miro cómo gira la política en torno al movimiento Ocupemos Wall Street, termino pensando en Bernie Madoff. Síganme la idea; incluso tal vez tenga sentido. El asunto Madoff, como sabrá, fue un caso clásico de “fraude de afinidad”. Madoff pudo ganarse la confianza de muchos judíos adinerados y de persuadirlos de que era de los suyos. Este fraude está detrás de muchas estafas financieras, y también políticas.
En este momento, la campaña contra Ocupemos Wall Street básicamente intenta lograr que la clase trabajadora estadounidense dé la espalda al movimiento, pese a que la mayoría de la gente apoya sus metas, intentando aparentar que los manifestantes no son como ellos, mientras que los plutócratas sí lo son. ¡Vamos! Esto ha funcionado muchas veces en la historia. Y puede operar en muchas direcciones: Ocupemos Wall Street debe rechazarse porque son hippies sucios; Elizabeth Warren, candidata a senadora por el estado de Massachusetts, no es como usted porque, Dios mío, es catedrática de Harvard.
Y ahora que lo pienso, la teoría generalizada del fraude de afinidad se extiende más allá de la política hasta cosas como el análisis financiero. Ocasionalmente me ha maravillado la persistente popularidad de los inflacionistas de Wall Street, quienes se han equivocado en todo. Sospecho que se debe en mucho a que los economistas que pronuncian advertencias calamitosas, respecto de los déficits y el aumento de la base monetaria se ven como el tipo de gente con los que les gustaría pasar el rato en un campo de golf, cosa que no sucede con los profesores barbados.
Entonces, ¿qué tenemos que hacer? Dentro de ciertos límites, deberíamos intentar acallar la disonancia social innecesaria. Si va a tener una manifestación en nombre de la clase trabajadora estadounidense, olvídese de los círculos de tambores. Los guerreros clasistas de la derecha quieren convencer a la gente que realmente se trata de una guerra cultural, y usted no debe facilitar su trabajo. Pero hay límites. No, no voy a empezar a practicar golf.
Europa debería cuidarse de ciertos líderes
Alan Cowell escribió un artículo interesante publicado el 14 de noviembre en The New York Times, donde contrastó las actitudes públicas actuales hacia la austeridad con las actitudes hacia la austeridad que eran la norma en la Gran Bretaña de la Posguerra, hermosamente descriptas por el finado Tony Judt. Tal como lo señala Cowell, una diferencia importante es que, en ese entonces, el sacrificio era compartido: “Antes de morir de la enfermedad de Lou Gehring en 2010, el historiador Tony Judt recordó sus días de infancia justo después de la Segunda Guerra Mundial en una debilitada Gran Bretaña, que lentamente cedía su imperio y preeminencia. La ropa estuvo racionada hasta 1949, los muebles utilitarios sencillos y baratos hasta 1952, los alimentos hasta 1954”, escribió en sus memorias, concluyendo que la austeridad “en esa época era más que una condición económica, aspiraba a ética pública”.
Cowell continuó: “Al enfrentar su problema de deuda masiva... Europa parece haber perdido de vista el hecho de que ya lo ha vivido antes; que la generación del ‘baby-boom’ encontró sus raíces en la austeridad de la Posguerra; que, como lo sugirió Judt, la enorme riqueza de los últimos años difícilmente pudo haberse imaginado, mientras la gente se esforzaba por sacudirse el pesimismo de la Guerra”.
Pero, también, hay otras diferencias, discutiblemente incluso más cruciales. Primero, en la Gran Bretaña de la posguerra hubo racionamiento; el consumo material fue deprimido. Aunque había pleno empleo, según datos históricos británicos. Esto es enormemente importante. Toda la evidencia que he visto dice que el costo psicológico del desempleo es mucho mayor que la pérdida del ingreso (conozco gente que anda bien de dinero, pero que está profundamente deprimida porque no puede encontrar trabajo). Por eso, es tan tonto decir, como algunos, que las cosas no están tan mal en Estados Unidos en este momento, porque el consumo per cápita sigue siendo alto bajo estándares históricos.
En segundo lugar, la austeridad de la posguerra en Gran Bretaña fue motivada por límites obvios y reales de recursos. En particular, las divisas escaseaban. En un nivel básico, la gente sabía por qué se racionaban las cosas: Gran Bretaña había gastado fuertemente en la guerra, así que tenía que apretarse el cinturón para pagar su deuda.
Actualmente, en contraste, se está imponiendo la austeridad porque hombres de traje dicen que es necesaria para satisfacer a los dioses invisibles de los mercados financieros. Es comprensible que el público esté empezando a tener sus dudas, y no sólo porque esos dioses invisibles en cierta forma sólo exijan sacrificios de los trabajadores, nunca de los ricos. El hecho es que estos hombres de traje no tienen idea de lo que hacen, esto nos quedó claro a varios desde el principio, pero ahora se está haciendo de conocimiento general.
Entonces, si quiere contrastar el estoicismo del pueblo de la posguerra con la ira y confusión de los votantes actuales, no culpe al consumismo; culpe a nuestros líderes, quienes han impuesto un sufrimiento injusto y gratuito sobre su base electoral. Y ésta finalmente está empezando a comprenderlo.
Mientras miro cómo gira la política en torno al movimiento Ocupemos Wall Street, termino pensando en Bernie Madoff. Síganme la idea; incluso tal vez tenga sentido. El asunto Madoff, como sabrá, fue un caso clásico de “fraude de afinidad”. Madoff pudo ganarse la confianza de muchos judíos adinerados y de persuadirlos de que era de los suyos. Este fraude está detrás de muchas estafas financieras, y también políticas.
En este momento, la campaña contra Ocupemos Wall Street básicamente intenta lograr que la clase trabajadora estadounidense dé la espalda al movimiento, pese a que la mayoría de la gente apoya sus metas, intentando aparentar que los manifestantes no son como ellos, mientras que los plutócratas sí lo son. ¡Vamos! Esto ha funcionado muchas veces en la historia. Y puede operar en muchas direcciones: Ocupemos Wall Street debe rechazarse porque son hippies sucios; Elizabeth Warren, candidata a senadora por el estado de Massachusetts, no es como usted porque, Dios mío, es catedrática de Harvard.
Y ahora que lo pienso, la teoría generalizada del fraude de afinidad se extiende más allá de la política hasta cosas como el análisis financiero. Ocasionalmente me ha maravillado la persistente popularidad de los inflacionistas de Wall Street, quienes se han equivocado en todo. Sospecho que se debe en mucho a que los economistas que pronuncian advertencias calamitosas, respecto de los déficits y el aumento de la base monetaria se ven como el tipo de gente con los que les gustaría pasar el rato en un campo de golf, cosa que no sucede con los profesores barbados.
Entonces, ¿qué tenemos que hacer? Dentro de ciertos límites, deberíamos intentar acallar la disonancia social innecesaria. Si va a tener una manifestación en nombre de la clase trabajadora estadounidense, olvídese de los círculos de tambores. Los guerreros clasistas de la derecha quieren convencer a la gente que realmente se trata de una guerra cultural, y usted no debe facilitar su trabajo. Pero hay límites. No, no voy a empezar a practicar golf.
Europa debería cuidarse de ciertos líderes
Alan Cowell escribió un artículo interesante publicado el 14 de noviembre en The New York Times, donde contrastó las actitudes públicas actuales hacia la austeridad con las actitudes hacia la austeridad que eran la norma en la Gran Bretaña de la Posguerra, hermosamente descriptas por el finado Tony Judt. Tal como lo señala Cowell, una diferencia importante es que, en ese entonces, el sacrificio era compartido: “Antes de morir de la enfermedad de Lou Gehring en 2010, el historiador Tony Judt recordó sus días de infancia justo después de la Segunda Guerra Mundial en una debilitada Gran Bretaña, que lentamente cedía su imperio y preeminencia. La ropa estuvo racionada hasta 1949, los muebles utilitarios sencillos y baratos hasta 1952, los alimentos hasta 1954”, escribió en sus memorias, concluyendo que la austeridad “en esa época era más que una condición económica, aspiraba a ética pública”.
Cowell continuó: “Al enfrentar su problema de deuda masiva... Europa parece haber perdido de vista el hecho de que ya lo ha vivido antes; que la generación del ‘baby-boom’ encontró sus raíces en la austeridad de la Posguerra; que, como lo sugirió Judt, la enorme riqueza de los últimos años difícilmente pudo haberse imaginado, mientras la gente se esforzaba por sacudirse el pesimismo de la Guerra”.
Pero, también, hay otras diferencias, discutiblemente incluso más cruciales. Primero, en la Gran Bretaña de la posguerra hubo racionamiento; el consumo material fue deprimido. Aunque había pleno empleo, según datos históricos británicos. Esto es enormemente importante. Toda la evidencia que he visto dice que el costo psicológico del desempleo es mucho mayor que la pérdida del ingreso (conozco gente que anda bien de dinero, pero que está profundamente deprimida porque no puede encontrar trabajo). Por eso, es tan tonto decir, como algunos, que las cosas no están tan mal en Estados Unidos en este momento, porque el consumo per cápita sigue siendo alto bajo estándares históricos.
En segundo lugar, la austeridad de la posguerra en Gran Bretaña fue motivada por límites obvios y reales de recursos. En particular, las divisas escaseaban. En un nivel básico, la gente sabía por qué se racionaban las cosas: Gran Bretaña había gastado fuertemente en la guerra, así que tenía que apretarse el cinturón para pagar su deuda.
Actualmente, en contraste, se está imponiendo la austeridad porque hombres de traje dicen que es necesaria para satisfacer a los dioses invisibles de los mercados financieros. Es comprensible que el público esté empezando a tener sus dudas, y no sólo porque esos dioses invisibles en cierta forma sólo exijan sacrificios de los trabajadores, nunca de los ricos. El hecho es que estos hombres de traje no tienen idea de lo que hacen, esto nos quedó claro a varios desde el principio, pero ahora se está haciendo de conocimiento general.
Entonces, si quiere contrastar el estoicismo del pueblo de la posguerra con la ira y confusión de los votantes actuales, no culpe al consumismo; culpe a nuestros líderes, quienes han impuesto un sufrimiento injusto y gratuito sobre su base electoral. Y ésta finalmente está empezando a comprenderlo.
Seis sorprendentes revelaciones sobe el “gobierno secreto” de Wall Street
Les Leopold
Ahora tenemos la evidencia de que Wall Street y Washington utilizan un gobierno secreto muy alejado del proceso democrático. Mediante una solicitud según la ley de libertad de información de Bloomberg News, el público tiene ahora acceso a más de 29.000 páginas de documentos de la Reserva Federal (Fed) y a 21.000 transacciones adicionales de la Fed que se ocultaron deliberadamente, y por buen motivo. (Vea aquí.)
Estos documentos muestran que altos funcionarios del gobierno ocultaron intencionalmente al Congreso y al público la verdadera dimensión de los rescates de 2008-2009 que enriquecieron a unos pocos y favorecieron los intereses de gigantescas firmas de Wall Street. Lo que sabemos ahora es lo siguiente:
- Los rescates secretos de Wall Street totalizaron 7,77 billones (millones de millones) de dólares, 10 veces más de los 700.000 millones de dólares del programa de rescate TARP aprobado por el Congreso en 2008.
- El conocimiento de los fondos secretos del rescate no se compartió con el Congreso ni siquiera éste redactaba y debatía la legislación para fraccionar los grandes bancos.
- El financiamiento secreto suministrado a tasas inferiores al mercado dio a Wall Street otros 13.000 millones de dólares de beneficios. (Es suficiente dinero para contratar a más de 325.000 maestros de primaria)
- Los fondos secretos financiaron fusiones de bancos de modo que los principales bancos crecieron aún más. El dinero también permitió que los bancos aumentaran sus trabajos de cabildeo.
- Mientras Henry Paulson (secretario del Tesoro de Bush) informaba al Congreso y al público de que solo se requerían reformas menores para proteger del colapso a Fanny Mae (Federal National Mortgage Association y Freddie Mac (Federal Home Loan Mortgage Corporation), se reunió en secreto con destacados administradores de hedge funds de Wall Street –entre ellos sus ex colegas de Goldman Sachs– para alertarlos de que estaba a punto de nacionalizar las gigantes compañías hipotecarias, una acción que erradicaría casi todo el valor bursátil de las compañías. Esta información era de un valor inmenso ya que permitiría que esos hedge funds vendieran en descubierto Fannie y Freddie y al hacerlo ganaran una fortuna.
- Mientras Timothy Geithner era jefe de la Reserva Federal de Nueva York, argumentó contra los esfuerzos legislativos del senador Ted Kaufman, demócrata de Delaware, para limitar el tamaño de los bancos porque el tema era “demasiado complejo para el Congreso y esas decisiones deberían ser manejadas por gente que conoce los mercados”, recuerda Kaufman. Mientras tanto, Geithner era perfectamente consciente de los enormes préstamos secretos, mientras al senador Kaufman se le ocultaba este hecho. Barney Frank, quien redactaba legislación clave sobre la reforma bancaria, tampoco fue informado sobre los préstamos secretos. No se informó a nadie del Congreso.
¿Qué significa todo esto?
1. Los grandes bancos y hedge funds tenían muchos más problemas de los que nos hicieron creer.
Como muchos sospechábamos, todos los grandes bancos estaban de rodillas pidiendo ayuda –en secreto– mientras decían a sus inversionistas, al público y al Congreso que todo iba bien. Habían jugado y habían perdido. Según las reglas del capitalismo ideal, deberían haber sufrido una cierta ‘destrucción creativa’, el valor de sus acciones eliminado por la bancarrota y sus administradores reemplazados. Todo el sistema bancario también debería haberse reorganizado de arriba abajo. En vez de eso esas colosales irregularidades recibieron recompensas en secreto.
2. El gobierno secreto de Wall Street se aseguró de que los principales bancos crecieran aún más, con la ayuda del financiamiento secreto.
Mientras el Congreso discutía la legislación para fraccionar los grandes bancos y reinstituir Glass Steagall (para separar la banca de inversiones riesgosas de la banca comercial asegurada), el gobierno secreto utilizaba fondos públicos para que crecieran aún más mediante fusiones a pesar de la mala salud de todos los bancos y la legislación se derrotó fácilmente. Como muesta dolorosamente el gráfico, los bancos demasiado grandes para quebrar crecieron aún más.

3. Cuanto más grande llegue a ser Wall Street, más puede comprar al gobierno.
Esta parte no es secreta. Cuanto más crecieron los seis bancos principales, más fondos gastaron en cabildeo para asegurarse de que no sufrirían impactos contra la rentabilidad por parte de la legislación de la reforma bancaria. Por lo tanto, mientras los principales bancos recibían cientos de miles de millones de dólares en préstamos secretos, aumentaban sus fondos de cabildeo para mantener su tamaño y su poder. Leedlo y llorad:
Gastos de cabildeo de los seis principales bancos (en millones de dólares)

4. El gobierno secreto de Wall Street protege a los suyos.
Al principio cuesta comprender que el secretario del Tesoro Paulson, ex jefe de Goldman Sachs, se arriesgase a asistir a una reunión secreta con administradores de gigantescos hedge funds, muchos de los cuales solían trabajar en Goldman Sachs. ¿Cómo pudo atreverse el funcionario de finanzas más importante de la nación a dar información confidencial a esas elites de los hedge funds sobre la inminente absorción de Fannie and Freddie por el gobierno antes de informar al Congreso y al público? Bueno, una respuesta es que Paulson se sintió obligado a advertir a sus antiguos compinches de la inminente nacionalización. Tal vez quería ponerlos fuera de peligro en caso de que estuvieran fuertemente involucrados en esos mercados. O tal vez también quería darles una información muy valiosa para que se beneficiaran. Pero la explicación más profunda, creo, es que funcionarios gubernamentales clave de Wall Street, Paulson, Summers, Geithner, Orszag (el ex jefe de la OMB (Oficina de Administración y Presupuesto) de Obama, que gana millones trabajando para Citigroup), etc. creen verdaderamente lo siguiente:
- Los bancos de Wall Street son los mejores del mundo y están en la vanguardia de la economía estadounidense. Son nuestro futuro.
- Los banqueros de Wall Street y los administradores de los hedge funds son inmensamente más listos y astutos que el resto de nosotros. Merecen nuestra admiración.
- La ayuda a que Wall Street crezca y prospere es precisamente lo mismo que la ayuda a todos los estadounidenses y a toda la economía. Merecen nuestro apoyo.
- Las reuniones secretas para suministrar información confidencial son algo normal en Wall Street. No hay nada de malo si uno advierte a sus amigos de futuras decisiones políticas que podrían afectar sus beneficios.
- No hay absolutamente nada de malo en el suministro de billones de dólares de préstamos secretos a los mejores y más brillantes sin informar al Congreso al respecto.
Todo es un ciclo cerrado de autojustificación y autoengaño: Wall Street es brillante. Lo que hace Wall Street es por el bien del país. Ayudar a que Wall Steer tenga beneficios es bueno para el país. Ocultar la verdad a los dirigentes elegidos democráticamente también es bueno para el país porque Wall Street es brillante y lo sabe mejor.
Y de todo esto están convencidos profundamente Wall Street y su gobierno secreto, incluso si Wall Street, y solo Wall Street, derrumbó la economía y destruyó 8 millones de puestos de trabajo en cosa de meses. ¡Simplemente brillante!
5. Wall Street es un peligro evidente y presente para la democracia.
Generalmente no soy alarmista. En los hechos, a menudo argumento contra teorías conspirativas complacientes. Quiero creer que nuestra democracia todavía es promisoria. Pero el crash inducido por Wall Street y la reacción del gobierno me preocupan profundamente. Las revelaciones de Bloomberg News sugieren que el gobierno secreto de Wall Street siente un profundo desdén por lo que subsiste de nuestra democracia. Las elites financieras creen obviamente que no se puede confiar en que el Congreso haga lo correcto, incluso cuando es comprado y pagado para que lo haga por los mismos bancos que supuestamente regula. ¿Y en cuanto al resto de nosotros? No somos más que una masa analfabeta en lo financiero a la que hay que manipular a través de los medios de comunicació de masas. Nuestras mentes se pueden comprar y vender mediante un marketing cuidadoso.
Esta arrogancia y corrupción financiera es enormemente corrosiva para nuestros valores democráticos. Muchos estadounidenses ya no confían en su gobierno, y con razón. Muchos estadounidenses ya no votan, y con razón. Muchos estadounidenses creen que la democracia, tal como la conocemos, es una estafa, y con razón. Wall Street no podría haber escrito un guión mejor para mantener su dominación.
6. Ocupad Wall Street básicamente tiene razón, pero no basta.
Los ocupantes atacaron dramáticamente a Wall Street y capturaron la imaginación del país con su marco del 1 por ciento y el 99 por ciento. Y la idea se impone y se extiende. Pero es solo el comienzo. Para recuperar a nuestro país del gobierno secreto de Wall Street tenemos que desarrollar un enorme movimiento dentro del 99 por ciento. Aunque esperamos que suceda espontáneamente mediante Facebook y Twitter, todos sabemos que requerirá mucha organización sería que involucre a millones de nosotros.
Por el momento, nadie sabe qué forma tomará. Pero sí sabemos lo siguiente: las grandes concentraciones de poder y riqueza no renuncian a su poder y riqueza sin una enorme resistencia. El gobierno secreto de Wall Street está más que listo para protegerse, aunque signifique subvertir la democracia. Nuestros ocupantes han mostrado mucho valor al ayudarnos a recuperar nuestros derechos democráticos. Esperemos que se extienda… y pronto.
Les Leopold es director ejecutivo del Labor Institute and Public Health Institute en Nueva York, y autor de The Looting of America: How Wall Street's Game of Fantasy Finance Destroyed Our Jobs, Pensions, and Prosperity – and What We Can Do About It (Chelsea Green, 2009).
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Será que o governo tenciona reduzir as pensões dos trabalhadores bancários reformados?
Eugénio Rosa
A propósito da transferência de uma parte dos fundos de pensões dos bancários para a Segurança Social – cerca de 6.000 milhões € segundo os media – o 1º ministro, em declarações feitas ao telejornal da RTP1 das 20H00 do dia 4.12.2011, afirmou que 2.000 milhões € seriam utilizados para pagar o desvio (aumento) da despesa pública verificado em 2011; uma outra parte seria aplicada no pagamento imediato de pensões aos bancários reformados; e, finalmente, o restante seria investido para obter rendimentos que, somados ao capital, serviriam para pagar no futuro as pensões. Quem tenha ouvido o 1º ministro ficou com a ideia que 2.000 milhões € dos fundos entregues pela banca não seriam utilizados para pagar pensões aos bancários reformados, pois seriam suficientes os restantes 4.000 milhões €. Portanto, estaríamos perante um “negócio” altamente vantajoso para o governo, e profundamente ruinoso para a banca que teria sido “enganada” em 2.000 milhões €. Ora isto é uma mentira e constitui uma gigantesca operação de
manipulação da opinião pública. E é ainda mais grave porque, como tem acontecido muitas vezes, jornalistas e comentadores com acesso fácil aos principais media colaboram nessa operação de manipulação da opinião pública, pois funcionam, por ignorância ou deliberadamente, como veículo de tais declarações iludindo, dessa forma, a opinião pública. - POR IGNORÂNCIA OU PARA ENGANAR PASSOS COELHO AFIRMOU NA RTP1 QUE OS BANQUEIROS VÃO ENTREGAR A MAIS 2.000 MILHÕES €
Science et journalisme : L’exemple de la génétique
Bertrand Jordan
Nous publions ci-dessous, avec l’autorisation de l’auteur, de larges extraits d’un chapitre – « Anatomie d’un déformation » – du livre de Bertrand Jourdan, Les Imposteurs des génétiques (Seuil, 2000). Ils sont suivis de commentaires de l’auteur, rédigés à l’occasion de cette publication. Intertitres d’Acrimed.
Le chapitre dont nous publions des extraits analyse, à propos de la génétique, une question plus générale : d’où viennent les déficiences de l’information scientifique ? Ce sera l’objet du prochain Jeudi d’Acrimed, le 8 décembre à Paris : « Un autre journalisme scientifique est-il possible ? ». (Acrimed)
Le chapitre dont nous publions des extraits analyse, à propos de la génétique, une question plus générale : d’où viennent les déficiences de l’information scientifique ? Ce sera l’objet du prochain Jeudi d’Acrimed, le 8 décembre à Paris : « Un autre journalisme scientifique est-il possible ? ». (Acrimed)
Les médias n’ont jamais autant parlé de génétique. Rien d’étonnant : c’est sans doute, parmi les sciences, celle qui a le plus progressé au cours des dix dernières années, et elle concerne très directement chacun de nous. Les médias en parlent, mais l’information transmise est souvent partielle, déformée et parfois même fausse : l’exemple du « gène de la criminalité » n’est hélas pas unique. Je pense surtout ici à la grande presse et aux actualités télévisées. Les revues spécialisées, les émissions spécifiques sont généralement de bonne tenue, mais leur audience reste limitée : le grand public, dont l’intérêt pour les avancées de la génétique est manifeste, est assez mal informé par son quotidien, son hebdomadaire ou son journal télévisé. Du coup ses espoirs tout comme ses craintes sont parfois peu fondés. Essayons de comprendre les raisons de cet état de fait.
Du côté des journalistes scientifiques
Je commencerai par les journalistes scientifiques. Contrairement à ce qu’imaginent naïvement beaucoup de chercheurs, leur rang dans un quotidien ou un magazine n’est guère enviable : la science y constitue souvent un secteur secondaire, moins prestigieux que la rubrique politique, celle de la mode ou des sports. Les moyens et le temps dont ils disposent sont donc très limités. Et, bien que certains d’entre eux soient excellents, beaucoup souffrent d’une formation limitée à un diplôme universitaire, et n’ont aucune expérience directe du monde de la recherche. En outre, leurs objectifs de carrière visent souvent plus à s’évader de cette « ornière » (la rubrique scientifique) qu’à approfondir les diverses facettes de la science.
C’est lors d’un congrès déjà ancien, à Pékin en 1986, que je fus pour la première fois confronté directement à cet état de fait. Il s’agissait d’un colloque international sur le cancer organisé par l’ARC, à la grande époque du règne de ce Crozemarie qui s’est depuis révélé être un escroc d’envergure. En ce temps, nous nourrissions déjà quelques doutes sur la rigueur de sa gestion : l’attribution des crédits aux laboratoires nous paraissait arbitraire et peu transparente. Mais nous étions loin de nous douter qu’une fraction importante des dons était détournée via des sociétés-écran, dans un but d’enrichissement personnel.
Le congrès comportait un programme scientifique sérieux, et rassemblait une brochette d’experts américains et français de haut niveau. Sa tenue en Chine pouvait se justifier : ce pays offre la possibilité d’étudier de grandes populations très homogènes, solidement encadrées par un Parti tentaculaire, et qui se prêtent bien aux études épidémiologiques destinées à révéler les facteurs de risque. Les scientifiques américains en avaient perçu l’intérêt, et présentaient par exemple d’intéressants travaux sur l’incidence du cancer du nasopharynx au sein de deux provinces peuplées chacune de plusieurs millions de paysans, ayant la même alimentation mais employant des combustibles différents pour le foyer à feu ouvert de leurs cahutes. Des groupes aussi statiques, aussi homogènes constituent un outil idéal pour des épidémiologistes, à l’inverse de la population mobile et diversifiée des Etats-Unis pour laquelle la constitution des échantillons-témoin est souvent un redoutable casse-tête.
Mais ce colloque était aussi, et surtout, une opération publicitaire pour l’ARC. Tenu au Great Wall Sheraton Hotel de Pékin, dans une débauche de luxe à l’américaine assez choquante face au dénuement visible dans les rues de la ville, il rassemblait une quarantaine de chercheurs, et un nombre nettement plus élevé de journalistes. Proportion tout à fait incongrue : la presse est d’habitude peu présente dans nos congrès. En fait, ils avaient été invités par l’ARC afin d’assurer la couverture de cet « événement », et la promotion du président Crozemarie. Dans l’ensemble, je fus très surpris de leurs centres d’intérêt, et plutôt déçu par leur niveau de connaissances. Sans doute un peu innocent à l’époque, je fus choqué de découvrir que leur préoccupation essentielle n’était pas d’appréhender l’évolution des connaissances sur le cancer, mais de savoir si Thierry le Luron (alors récemment disparu) était mort du sida comme en courait apparemment la rumeur...
L’exemple, déjà ancien, est sans doute caricatural. Il faut reconnaître que ces journalistes effectuent leur travail dans des conditions souvent difficiles. Manque de considération, et donc de moyens, au sein de leur journal ; exigence du sensationnel, de l’information-choc qui fait vendre, amenant parfois la toute-puissante rédaction à coiffer, contre la volonté du journaliste, un article relativement mesuré d’un titre accrocheur (et faux) ; impératifs de l’actualité, obligeant à « couvrir » un évènement en catastrophe, sans recul et sans possibilité d’effectuer les vérifications nécessaires. Du coup, il est fréquent qu’un scientifique interrogé par un journaliste n’aie pas communication du texte de son « interview » avant parution. C’est d’autant plus gênant qu’il est courant d’encadrer de guillemets des phrases que le lecteur considère dès lors comme citation verbatim, alors qu’elles sont composées par l’intervieweur et censées résumer la position du chercheur. Les contresens ne sont pas rares. Leurs conséquences peuvent être redoutables, pour la réputation personnelle de celui qui s’est fait piéger, mais aussi du fait des contre-vérités ainsi revêtues de son autorité et largement diffusées.
Du côté des chercheurs
Pauvre scientifique, victime des médias ! Est-il totalement innocent ? En général, non. Parfois, inconscient ou naïf, il débite un cours magistral qui témoigne certes de son haut niveau de connaissances mais reste totalement obscur pour son interlocuteur. Souvent aussi le chercheur, le nez dans ses expériences, ignorant les sensibilités du monde extérieur, emploie sans précautions un jargon de laboratoire riche en raccourcis aussi commodes que scabreux. « Le gène de la schizophrénie », l’expression est employée dans l’équipe pour faire court, et chacun est conscient (du moins je l’espère !) que ce terme désigne en fait « un gène, encore hypothétique, dont nos études indiquent qu’il pourrait se situer vers le milieu du bras long du chromosome 11, et dont un allèle particulier, dans les familles finlandaises que nous avons étudiées, ferait passer le risque de schizophrénie pour ses porteurs de 1% à 20% ». Si le raccourci est employé sans précautions, le journaliste qui recherche un scoop susceptible d’attirer ses lecteurs et de plaire à son rédacteur en chef risque tout naturellement de prendre l’interlocuteur au mot.
Au-delà de cette naïveté, les chercheurs ont une tendance bien compréhensible à exagérer la portée de leurs travaux, à privilégier l’importance de ce qui est leur fonds de commerce et leur raison sociale. Cette génétique à laquelle ils consacrent leur vie professionnelle, cet ADN qu’ils s’attachent à collecter, extraire, cloner, cartographier, séquencer, ces gènes qu’ils mettent parfois des années à identifier, tendant vers eux l’effort de toute une équipe tenaillée par la crainte de se faire « griller » par un laboratoire concurrent, n’est il pas normal qu’ils finissent par en faire l’alpha et l’oméga de la vie, par en privilégier le rôle au détriment de tout le reste ? Il faut du temps, le temps de la réflexion, celui aussi de la confrontation avec des personnes d’autres horizons, pour prendre le recul nécessaire et situer un travail de recherche par rapport à la problématique de l’existence et aux enjeux de notre société. Dans la course au résultat, à la publication, qui conditionne de plus en plus la survie d’une équipe, dans la compétition souvent très dure qui se développe sur le plan international, ce recul nécessaire est souvent oublié, et peut alors alimenter toutes sortes de déviations médiatiques.
La déviation est moins excusable si elle devient systématique. Le cas est plus fréquent que ne le pense, à tort hélas, un public souvent encore persuadé qu’un chercheur est par définition honnête, sérieux et fiable. Il y a parmi nous, comme partout, quelques cabotins : personnages suffisants, imbus de leur importance, et qui, parce qu’ils ont un jour participé à une avancée importante de la science, se croient autorisés à donner doctement leur avis sur une multitude de sujets dont ils n’ont souvent qu’une idée assez vague. Cela arrange les journalistes, qui n’aiment pas multiplier les interlocuteurs et pour lesquels il est commode de s’adresser toujours aux mêmes. Il se trouve aussi des scientifiques pour utiliser les médias, consciemment ou non. Certains contrebalancent de cette manière la mise en cause de leurs résultats par leurs pairs, et font ainsi, sur les écrans ou dans la grande presse, la promotion de découvertes sur la mémoire de l’eau, ou celle du vaccin qu’ils pourraient mettre au point très vite... si seulement on leur en donnait les moyens. D’autres font carrément de la réclame commerciale : simultanément responsables d’un laboratoire universitaire et actionnaires d’une compagnie de biotechnologie, ils gonflent l’importance de résultats récemment obtenus dans le premier et dont l’application industrielle est confiée - parfois au mépris des règles légales - à la seconde. […]
N’exagérons rien, ces déviations ne concernent qu’une minorité : certains scientifiques assurent fort bien leur rôle pédagogique et médiatique, d’autres gèrent avec rigueur leur double appartenance au monde de la recherche et à celui de l’industrie. Plus répandue, plus grave sans doute est la relative indifférence qui règne dans le milieu scientifique vis-à-vis de la « vulgarisation ». La nuance péjorative attachée à ce terme n’est pas fortuite, et, malgré les vertueuses déclarations d’intention officielles, cette activité n’est pas prise très au sérieux par l’establishment. Elle est plus considérée comme l’apanage de chercheurs vieillissants, ou même ratés, que comme une activité normale faisant partie intégrante du rôle du scientifique ; et les commissions qui règlent l’avancement des chercheurs considèrent leurs activités dans ce domaine avec plus de suspicion que de bienveillance.
Du côté des publics
Nos concitoyens, enfin, sont mal armés pour se faire une image cohérente et correcte de la génétique. L’intérêt du public est vif, l’audience des revues spécialisées en témoigne, tout comme le renouveau des émissions télévisées sur le sujet. Mais la nouvelle génétique est devenue une « science dure » : moins rébarbative dans sa formulation que les mathématiques pures ou la physique quantique, elle exige néanmoins un ensemble étendu de connaissances et une certaine familiarité avec les chiffres. Or notre culture nationale reste essentiellement littéraire. […]
S’y ajoute une certaine paresse intellectuelle, conduisant à accepter sans réticence des explications que l’on sent simplistes afin de s’éviter l’effort d’appréhender la complexité du réel. Simplification à laquelle concourent tout naturellement les médias, terrifiés à l’idée de lasser leur audience et de perdre ainsi un point d’audimat.
[…]
Dans notre pays, la vision de la génétique a été fortement influencée par l’action de l’Association Française contre le Myopathies et par le retentissement des Téléthons annuels grâce auxquels elle finance aides aux malades et recherches sur les affections héréditaires et sur leur thérapie. L’AFM a fait faire de très grands progrès à la génétique, et en a puissamment popularisé le rôle et la démarche. C’est grâce à elle que la plupart des Français ont découvert l’ADN, les gènes et leur rôle dans certaines maladies. Pourtant, et malgré toutes les précautions prises, je crains que son effort n’ait aussi contribué à renforcer les tendances que je dénonce. Organiser un Téléthon afin de collecter plusieurs centaines de millions de francs dont la majeure partie sera consacrée à la recherche sur les gènes amène fatalement à insister sur leur importance, quelquefois de manière excessive, et ainsi à participer à ce mouvement d’opinion général. L’action extraordinairement positive de l’AFM s’inscrit ainsi, malgré elle, dans une tendance qui privilégie les explications génétiques ; elle a parfois aussi contribué à entretenir un optimisme exagéré quant aux retombées à court terme de ces recherches.
Compte tenu de ces influences convergentes, il n’est pas étonnant que la génétique donne lieu dans les médias à tant d’exagérations, de déformations, de craintes inutiles et d’espoirs mal fondés. On peut certes rêver que les rédacteurs en chef accordent subitement plus d’importance à une information précise et mesurée qu’aux chiffres de vente, que la science en général et la biologie en particulier prennent enfin dans notre enseignement et surtout notre culture une place plus en rapport avec leur importance. Plus modestement, que les chercheurs fassent plus d’efforts pour réfléchir sur le sens social de leurs travaux et pour les présenter sous une forme accessible - qui imposera pourtant, sachons-le, un certain effort au public. C’est à l’évidence un travail de longue haleine, pourtant important et nécessaire.
Bertrand Jourdan
Commentaires de l’auteur (3 décembre 2011)
Le texte ci-joint est extrait d’un livre publié il y a plus de dix ans (Les Imposteurs de la Génétique, Bertrand Jordan, Editions du Seuil 2000). Les critiques sévères qu’il renferme, notamment à l’égard de certains journalistes scientifiques, m’avaient valu à l’époque quelques inimitiés… A la relecture, je n’y trouve rien d’excessif. Bien sûr, le monde a changé depuis, mais pour l’essentiel les problèmes évoqués restent d’actualité – certains sont même devenus plus aigus.
En termes d’évolutions positives, on peut constater que la culture du grand public à l’égard de la génétique s’est améliorée, que des entités comme l’ADN, par exemple, sont aujourd’hui familières. Mais la génétique et la génomique ont fait de tels progrès dans l’intervalle que le décalage reste tout aussi criant. Il me semble aussi que la qualification des journalistes scientifiques est aujourd’hui meilleure (surtout par rapport à l’échantillon assez particulier dont je parlais dans ce texte), et qu’ils jouissent de plus de considération et de stabilité dans leur profession.
Néanmoins des tendances lourdes jouent en sens inverse, et font que, au total, la situation est plutôt pire aujourd’hui qu’en 1990. La biologie, et singulièrement la génomique, est devenue une science réclamant de gros moyens, et simultanément tous les systèmes de financement se sont mis à insister sur les retombées économiques et médicales. Dans la course aux contrats qui est aujourd’hui indispensable à la survie d’un laboratoire (c’était beaucoup moins vrai il y a dix ans), il est essentiel de mettre en avant les applications des recherches menées, et cela pousse souvent à en exagérer l’importance et la proximité dans le temps. Le discours des chercheurs tend de plus en plus à être biaisé en ce sens, ce qui facilite naturellement les dérapages médiatiques. D’autant plus que même les « grandes » revues de référence comme Nature ou Science donnent elles aussi dans le spectaculaire afin d’accroître leur lectorat, et sont sans doute influencées dans leur processus d’acceptation par le côté médiatique (ou non) de telle ou telle avancée scientifique. Enfin l’interpénétration de plus en plus poussée entre recherche fondamentale et industrie biotechnologique (qui est en soi positive) peut elle aussi pousser le chercheur à un optimisme exagéré, lorsqu’en dépend la levée de fonds de sa start up en biotech…
La conférence sur le journalisme scientifique à l’occasion de laquelle est repris ce chapitre me semble donc tout à fait nécessaire, et je souhaite qu’elle donne lieu à des réflexions de fond mais aussi qu’elle débouche sur des actions concrètes.
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