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22/04/2009

Molex : le document qui prouve la fermeture préméditée de l'usine

Nous publions le fac-similé d’un email d’un client de l’équipementier, qui prouve que la délocalisation de l’usine de Villemur a bel et bien été organisée de longue date.

Deux dirigeants de l’équipementier automobile américain Molex étaient toujours retenus dans un bureau mardi après-midi par des salariés de l’usine de Villemur-sur-Tarn (Haute-Garonne), qui les accusent d’avoir prémédité et organisé la fermeture du site, prévue à mi-2009.

L’action, qualifiée de "séquestration", par les deux personnes retenues, le cogérant de Molex SARL (la filiale française), Marcus Kerriou, et la directrice des ressources humaines, Coline Colboc, a été décidée à l’issue d’un comité d’entreprise.

Les salariés de l’entreprise de connectique automobile ont eu "un coup de colère" en apprenant que le groupe avait en réalité mis en place "une double source de production pour contourner Villemur", avant même d’annoncer son plan de fermeture le 23 octobre 2008, explique le secrétaire du CE Denis Parise (CGT). Ils dénoncent aussi le "détournement" de stocks, transférés depuis un an chez un distributeur néerlandais.

L’intersyndicale (CGT-CFDT-FO-CFTC-CGC) estime qu’on a "menti" aux salariés en invoquant en octobre "le manque de rentabilité et la crise automobile" pour fermer Villemur, alors que "depuis au moins six mois ils préparaient une deuxième source de production aux Etats-Unis", selon M. Parise.

"Les constructeurs automobiles, les intégrateurs de nos câblages étaient aussi au courant", assurent les syndicalistes, s’appuyant notamment sur un mail interne à PSA Peugeot-Citroën rappelant que Molex allait annoncer lundi son "plan de sécurisation" des livraisons.

Le fac-similé d’un mail prouvant que Molex a averti ses clients, dont PSA, dès l’automne 2008, et organisé sa production en conséquence.

Selon l’avocat du comité d’entreprise, Me Jean-Marc Denjean, présent sur le site mardi, "la preuve est faite que Molex a prémédité, organisé de longue date" la fermeture de son site français. L’avocat, qui a déjà porté plainte pour "entrave au fonctionnement du comité d’entreprise", a apporté ces éléments nouveaux au procureur lundi, et le secrétaire du CE a annoncé qu’il serait entendu mercredi matin par la police judiciaire.

Le président de la région Midi-Pyrénées Martin Malvy (PS), qui a soutenu plusieurs manifestations des Molex depuis six mois, a qualifié "d’inadmissible" un éventuel transfert des fabrications de Villemur aux Etats-Unis, "s’agissant d’un groupe qui fournit en partie les industriels français et européens".

Le blocage restait entier en début d’après-midi malgré les va-et-vient des représentants de l’Etat d’un camp à l’autre.

"Il n’est pas question de négocier dans cette situation de séquestration" déclarait Marcus Kerriou, tandis que le secrétaire du CE affirmait : "nous les laisserons sortir s’il y a une avancée, s’ils acceptent de discuter sur nos propositions".

"Ils doivent rapatrier les stocks détournés et s’en aller car plus personne ne veut travailler pour Molex, mais ils doivent nous laisser 100 millions d’euros d’indemnité, pour avoir menti et volé depuis le rachat à Snecma (groupe Safran) il y a cinq ans", affirme M. Parise.

"Nous trouverons un repreneur ou maintiendrons le site nous-mêmes", a ajouté le cégétiste, majoritaire (65% des voix du personnel).

Tout aussi amer à l’égard des "mensonges" de Molex, le délégué syndical FO Thierry Bonhoure se montrait moins ambitieux en déclarant : "la direction devra trouver une solution pour chaque salarié".

Le fac-similé intégral :

Image JPEG - 740.8 ko
L'Humanité - 21.0.09

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