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24/09/2011

Les révélations qui ébranlent la Haute autorité de santé

David Prochasson

La thèse d'un médecin dénonce les conflits d'intérêts de l'institution, (trop) proche des labos pharmaceutiques.
Des médicaments dans la paume d'une main (Camerakarrie/Flickr/CC).
En pleine tempête sur le Mediator, qui a mis à jour la « bureaucratie sanitaire » de l'Afssaps, c'est désormais à la Haute autorité de santé (HAS) d'être vivement critiquée. Non par un rapport officiel mais dans une thèse de médecine générale accablante sur les rapports de la HAS avec les laboratoires pharmaceutiques.
Soutenue en juillet dernier à l'université de Poitiers par Louis-Adrien Delarue, médecin généraliste à Angoulême, elle secoue le milieu. Son titre :
« Les Recommandations pour la pratique clinique élaborées par les autorités sanitaires françaises sont-elles sous influence industrielle ? A propos de trois classes thérapeutiques. »
La Haute autorité de santé a été créée en 2004 avec pour mission de veiller au renforcement de la qualité des soins, au bénéfice des patients. Ses trois principes fondateurs sont « l'indépendance, la rigueur scientifique, la transversalité ».
La thèse de Louis-Adrien Delarue démontre qu'au moins quatre recommandations émises entre 2006 et 2008 sont erronées. Depuis 2010, le contrôle des conflits d'intérêts s'est durci, enfin… sur le papier.

Balance bénéfice-risque clairement défavorable

Louis-Adrien Delarue a étudié trois classes de médicaments utilisées pour soigner le diabète de type 2, la maladie d'Alzheimer et certains troubles articulaires. Ces pathologies fréquentes font l'objet de préconisations dans quatre guides de la HAS. « Les biais sont multiples », selon la thèse :
« Etudes scientifiques omises, présentations de données mal étayées ou connues pour être falsifiées, conclusions hâtives et mal argumentées. In fine, la HAS promeut des médicaments dont la balance bénéfice-risque est clairement défavorable et qui impactent les dépenses publiques à hauteur de centaines de millions d'euros par an. »
Certains médicaments peuvent aussi être dangereux. C'est le cas des coxibs, dont le plus connu est la marque Celebrex :
« La littérature scientifique montre que les coxibs, comme le Celebrex ou le Vioxx, peuvent provoquer de graves accidents cardio-vasculaires. »
Ces anti-inflammatoires prescrits contre les maladies articulaires sont des molécules sœurs, des « me-too », du Vioxx. Ce dernier, suspecté d'avoir causé la mort de dizaines de milliers de patients, avait provoqué un scandale mondial en 2004 avant d'être retiré du marché.
L'auteur s'étonne que les Coxibs continuent de faire l'objet de deux recommandations favorables publiées en 2007 et 2008, dans le traitement de la polyarthrite rhumatoïde et de la spondylarthrite ankylosante.
En raison d'une « suspicion de conflit d'intérêts », la HAS vient de suspendre ces deux dernières (en plus de quatre autres) dans l'attente d'une actualisation. Elle précise que la « qualité scientifique de ces travaux n'est pas remise en cause » et qu'ils « peuvent continuer de servir aux professionnels de santé qui doivent le mettre en perspective avec l'ensemble des connaissances disponibles ».

Les experts, VRP de l'industrie

Si ces guides étaient erronés, c'est en raison des conflits d'intérêts qui les minent. L'auteur montre comment, grâce à des logiciels informatiques performants, les laboratoires détectent les leaders d'opinion, « susceptibles de leur rapporter le plus de bénéfices financiers ».
Les experts de la HAS sont des interlocuteurs stratégiques car, à leur tour, ils influencent toute une chaîne d'acteurs, du médecin généraliste au professeur jusqu'au journaliste.
Dès 1999, l'Anaes, l'ancêtre de la HAS, édictait des règles d'indépendance strictes, notamment envers les présidents de groupes de travail en charge d'élaborer les recommandations. Selon la thèse, elles n'ont pas été respectée :
« De nombreux experts en charge de ces guides ont des conflits d'intérêts majeurs. C'est le cas notamment de tous les présidents de groupes de travail en charge d'élaborer les quatre guides de bonnes pratiques analysés. »

Deux recommandations annulées au nom de conflits d'intérêts

Deux recommandations avaient déjà été annulés à la demande du Formindep (collectif pour une formation et une information médicales indépendantes), en avril dernier. La première sur le diabète a été abrogée par le Conseil d'Etat. La seconde, sur Alzheimer, a été retiré par la HAS qui a devancé le recours.
Interrogé par Rue89, le président de l'agence, Jean-Luc Harousseau, se justifie :
« Ces recommandations ont été faites à un moment où la politique de la HAS était moins stricte qu'elle ne l'est depuis 2010.
J'espère que les recommandations prises depuis 2010 sont exemptes de conflits. A vrai dire, on n'a pas été vérifier puisque nous considérons que normalement, il n'y a pas de risques. »
Pas de risques et pourtant, Jean-Luc Harousseau lui-même, à son arrivée à la tête de la HAS, avait tardé à préciser ses liens d'intérêts avec l'industrie pharmaceutique, remplissant une première déclaration entièrement vierge.

Obligé de noircir les noms des experts incriminés

Symbole du tabou qui entoure ces conflits d'intérêts, le jury de thèse de Louis-Adrien Delarue lui a imposé de noircir les noms des experts incriminés. Officiellement, affirme la présidente du jury Marie-Christine Perault-Pochat, « pour le protéger de plaintes devant le conseil de l'ordre ».
La réalité semble plus nuancée. Quelques jours après la soutenance, la pharmacologue s'est inquiétée de voir la version originale de la thèse sur Internet. Dans un e-mail que nous avons consulté, adressé à Louis-Adrien Delarue et copié à tous les centres de pharmacovigilance de France, elle a tenu à ne pas s'associer aux conclusions de la thèse devant ses confrères. Et a décrédibilisé la thèse sans préciser qu'elle avait obtenu la meilleure note et la mention « très honorable » :
« Votre travail a manqué de recul, de distanciation par rapport au sujet. […] Je vous invite à venir voir comment nous travaillons et combien en pharmacologie nous sommes loin des liens ou conflits d'intérêts. »
La thèse a été, depuis, saluée par des médecins reconnus. Le directeur de la thèse explique :
« Les professeurs universitaires et praticiens hospitaliers ne reconnaissent pas les conflits d'intérêts. C'est la première fois qu'une telle thèse, polémique, est acceptée dans une université. »
Photo : des médicaments dans la paume d'une main (Camerakarrie/Flickr/CC).

http://www.rue89.com/2011/09/23/conflits-dinterets-peut-on-se-fier-a-la-haute-autorite-de-sante-221804

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