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11/02/2010

L’Europe risque une nouvelle récession

Simon Johnson

La réunion totalement inutile du G7 de cette fin de semaine n’a eu pour effet que de souligner le fait que l’Europe entre à nouveau dans une crise grave économique.

A l’issue de la réunion d’hier, le secrétaire au Trésor Tim Geithner a déclaré aux journalistes : « je veux simplement souligner qu’elles ont clarifié - elles, c’est à dire les autorités européennes - qu’elles vont gérer cette [ crise de la dette grecque] avec une grande attention. »

Mais les Européens ne font pas preuve d’attention - et désormais il ne s’agit plus seulement de la Grèce. Les inquiétudes au sujet de la dette publique et des engagements du secteur public (par exemple, si les systèmes bancaires sont en grande difficulté) se sont étendues dans la zone euro à l’Espagne et au Portugal. L’Irlande et l’Italie seront les prochains pays sur la liste dont la situation sera réexaminée de façon hostile par les marchés, et le Royaume-Uni pourrait n’être pas très loin derrière.

Que font les pays européens les plus forts, plus précisément l’Allemagne et la France, pour contenir la peur auto-réalisatrice que les pays les plus faibles de la zone euro ne soient en mesure d’honorer leur dette - raison de la panique qui fait monter les taux d’intérêt et rend encore plus difficile pour ces gouvernements d’assumer leurs engagements ?

Les pays Européens disposant de ressources financières ne font rien - si ce n’est insister pour que tous les pays sous pression réduisent leurs budgets rapidement et selon des modalités qui sont probablement politiquement infaisables. Ce genre d’austérité budgétaire a directement contribué à précipiter le déclenchement de la Grande Dépression des années 1930.

Le Fonds monétaire international a été créé après la Seconde Guerre mondiale précisément pour éviter qu’une telle situation ne se reproduise. Le Fonds est censé prêter aux pays en difficulté, afin d’amortir le choc de la crise. L’idée n’est pas d’empêcher les ajustements nécessaires - par exemple, sous forme de réduction du déficit budgétaire - mais de les étaler dans le temps, de rétablir la confiance, et d’apposer le sceau d’une garantie extérieure sur la crédibilité d’un gouvernement.

Dominique Strauss-Khan, le directeur général du FMI, a déclaré jeudi à la radio française que le FMI est prêt à aider la Grèce. Mais il sait que c’est un vœu pieux.

- Le fait de faire appel au FMI apporte son lot de stigmatisation. Les gouvernements européens sont réticents à prendre une telle mesure car elle pourrait bien être la dernière.

- Le FMI est censé n’allouer de prêt que pour la « balance des paiements ». Ce qui ne cadre pas bien avec une situation où un pays est membre d’une union monétaire telle que l’euro, une monnaie qui flotte librement et ne souffre pas d’un problème de balance courante, et où la principale difficulté est celle du financement du budget.

- La Grèce et les autres pays faibles de la zone euro ont besoin de prêts en euros, et non dans une autre devise. Si le FMI prêtait des d’euros, cela serait franchement maladroit - car le contrôle de cette monnaie relève de la Banque centrale européenne (BCE).

- Renvoyer la Grèce au FMI aurait pour conséquence un « partage du fardeau » au plan international, car ce seraient les ressources du FMI - de tous ses pays membres à travers le monde - qui seraient utilisées, au lieu de fonds provenant uniquement de l’Union européenne. Mais les Etats-Unis sont-ils réellement disposés à partager cette charge à travers le FMI ? Après tout, l’Europe a longtemps refusé d’affronter les difficultés dans ses pays plus faibles, maintenant désignés par l’acronyme PIIGS (Portugal, Irlande, Italie, Grèce et Espagne) ? Comment les chinois réagiraient-ils si une telle proposition était soumise au FMI ?

- Les européens veulent-ils vraiment que le FMI - et ses règles un peu lourdes - soit impliqué ? Cela se traduirait par une énorme perte de prestige. Et ce pourrait également conduire à des résultats pervers : On ne sait jamais ce que le FMI et le Trésor américain (et Larry Summers) demanderont en terme de politiques d’ajustement (demandez aux coréens ce qu’ils pensent de la crise de 1997-98. Ils n’en gardent pas un bon souvenir). L’Union européenne a bien géré l’intervention du FMI en Europe orientale (du point de vue de l’UE), mais cette région est considérée comme l’arrière-cour de l’Union. Si la zone euro est en difficulté, tout le monde fera beaucoup plus attention - il n’y aura pas d’arrangements complaisants.

- Le FMI a offert à l’Europe de l’Est des conditions étonnamment bonnes durant ces 2 dernières années (en regard des normes du FMI). De telles conditions conviendraient-elles aux marchés financiers dans une perspective de rétablissement de la confiance dans les PIIGS et dans leur budget à moyen terme ?

- Le FMI dispose-t-il vraiment de suffisamment de ressources pour apporter un soutien technique à tous les pays PIIGS ? Le capital théorique du FMI a été sensiblement augmenté l’an dernier, mais avec ce que nous voyons maintenant, le Fonds aurait besoin d’encore plus de fonds disponibles pour intervenir dans la zone euro - l’ensemble des pays les plus faibles auront besoin au moins de programmes de prêts préventifs et ceux-ci devraient être importants. Si c’est la direction prise, l’UE apparaîtra tout simplement lamentable et aura échoué au plan de ses fondements.

- Le FMI pourrait jouer un « rôle constructif d’assistance technique » aux côtés de la Commission européenne, mais tout le monde voudra adopter un profil plutôt bas. Toute délégation en direction du Conseil exécutif du FMI déclencherait réjouissances et moqueries dans les marchés émergents. Cela aurait pour effet de débiliter la puissance de l’Europe sur la scène internationale - ce qui est peut-être une bonne chose, mais n’est absolument pas ce que recherche l’élite politique européenne.

Le FMI ne peut pas fournir d’aide de quelque manière significative. Et les pays les plus forts de l’UE ne sont pas prêts à le faire - en partie parce qu’ils veulent se montrer fermes, mais également parce qu’ils ne disposent pas de mécanismes efficaces pour attribuer des aides conditionnelles. Les renflouements sans contreparties sont simples - il suffit d’envoyer un chèque. Mais il est nettement plus compliqué de définir un plan de sauvetage qui puisse recueillir le soutien de l’électorat allemand - pour lesquels les impôts actuels et futurs sont en jeu.

Les marchés financiers savent tout cela et ont aiguisé leurs épées la semaine dernière. Alors que nous entamons cette semaine, attendons-nous à ce que la pression exercée par les ventes augmente sur un large éventail d’actifs européens.

Avec cette pression accrue, nous allons voir apparaître également des fissures dans le secteur privé. De grandes banques et de gros fonds spéculatifs ont vendu des assurances contre un défaut de paiement des Etats européens. Alors que certains pays perdent en solvabilité - et, sous une pression suffisante, très peu d’Etats pourront conserver leur notation - ces établissements financiers devront trouver des fonds afin de couvrir le montant croissant des garanties requises par leurs produits dérivés (oui, ce sont ces mêmes crédit-défaut swaps qui avaient déclenché l’effondrement général la dernière fois).

N’oublions pas que l’opacité du marché des credit-default swaps n’a absolument pas été traitée depuis la crise de Septembre 2008. Le risque généralisé sur les contre-parties - la crainte que votre assureur fasse faillite, et fasse tomber toutes les banques connectées - pointe à nouveau son vilain nez.

Dans une telle situation, les investisseurs se ruent sur les actifs les plus sûrs disponibles - les « espèces », ce qui en réalité (et ironiquement, compte tenu de nos difficultés budgétaires) signifie les titres à court terme du gouvernement américain. Ce n’est pas que les États-Unis soient en meilleur état ou s’approchent en rien d’une situation où les finances publiques soient crédibles à moyen terme : c’est simplement que tout le monde est dans une situation bien pire.

Une autre situation du type de Lehman / AIG se cache quelque part sur le continent européen, et à nouveau ceux qui sont censés diriger le G7 (ou même G20) tardent à apprécier le risque. Et cette fois, étant donné qu’ils ont déjà utilisé presque toutes leurs armes budgétaires, il sera beaucoup plus difficile pour les gouvernements de répondre efficacement lorsqu’ils se réveilleront.

http://contreinfo.info/article.php3?id_article=2975

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