À procura de textos e pretextos, e dos seus contextos.

05/12/2011

Pourquoi la BAC a des manières « rudes et humiliantes »

Augustin Scalbert

Pendant quinze mois, l'anthropologue Didier Fassin a pu suivre des policiers en région parisienne. Son constat est accablant. Grand entretien.

Didier Fassin (Andrea Kane)
Anthropologue, sociologue et médecin, Didier Fassin est une des figures des sciences humaines en France. Directeur d'études à l'Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS), il est aussi professeur à l'université de Princeton, aux Etats-Unis.
Le document qu'il vient de publier aux éditions du Seuil est exceptionnel. « La Force de l'ordre : une anthropologie de la police des quartiers » est une enquête menée durant quinze mois, en deux fois, entre mai 2005 et juin 2007, dans un commissariat d'Ile-de-France, qu'il ne nomme pas.
En juin 2007, l'administration lui retire l'autorisation qui lui avait été donnée. Mais la matière récoltée était suffisante. Ses observations sont dérangeantes : racisme ou provocations gratuites des policiers, dans un univers où deux camps (jeunes et policiers) s'observent et se mesurent, avec l'avantage de la loi pour les seconds.
Le constat de Didier Fassin n'est pas « antiflics » comme une lecture rapide de son livre pourrait le laisser croire ; parmi les policiers se dessine la lassitude d'une profession pressée par le pouvoir politique de « faire du chiffre ».
Pour les habitants des quartiers de banlieue, le travail de cette police visible n'a pour effet que d'exacerber la tension.
Rue89 : Votre enquête porte surtout sur une brigade anticriminalité (BAC). Quand vous décrivez la journée-type de cette unité spécialisée dans les flagrants délits, vous notez que seul 10% à 20% du temps est réservé à des interventions sur appel de la population.
Didier Fassin : D'abord, mon travail n'a pas porté uniquement sur les brigades anticriminalité. Il a porté plus largement sur l'ensemble de l'activité d'un commissariat d'une grande circonscription de la région parisienne. J'ai eu l'occasion de suivre le travail de plusieurs unités, principalement celles qui interviennent sur le terrain au titre de la sécurité publique. Pour simplifier, il y a deux types de patrouilles :
  • celles qui sont immédiatement visibles, car elles ont des véhicules sérigraphiés et des policiers en uniformes ;
  • et celles de la BAC, qui sont composées de fonctionnaires en civil dans des voitures banalisées.
Intervention de policiers de la BAC lors d'une manifestation contre le CPE, Lille, le 18 mars 2006 (Pascal Rossignol)
J'ai plus travaillé avec ces BAC, car c'étaient celles qui avaient les contacts les plus fréquents et les plus rudes avec la population, une chose que je voulais comprendre.
Pour ce qui est de l'inaction, c'est le cas de la plupart des brigades du genre dans le monde. Des études extrêmement précises ont été réalisées aux Etats-Unis, qui montrent que le temps consacré véritablement à répondre aux demandes des habitants et à intervenir sur des situations de délits ou de crimes représente une toute petite partie de l'activité.

« Un décalage entre l'image de la police et la réalité »

L'observation que je fais, c'est celle d'un décalage entre l'image de policiers toujours sur le terrain et la réalité. Pour autant, il ne s'agit pas de suggérer que les policiers ne travaillent pas : ils ne peuvent pas produire plus de délits qu'il n'y en a d'accessibles. Un vol de téléphone portable, c'est un acte extrêmement rapide, et même la brigade la plus rapide n'arrive quasiment jamais à temps pour attraper le voleur.
Les policiers se plaignent souvent de n'avoir eu qu'un ou deux appels pendant une nuit, pour des faits mineurs, alors qu'ils apprennent le lendemain qu'un cambriolage ou qu'un crime a été commis, sur lequel ils ne sont pas intervenus.
Cette inaction, qui génère de l'ennui, a deux conséquences :
  • le moindre événement prend une dimension extraordinaire, au sens littéral, c'est-à-dire que même sur un fait mineur, on va avoir une intervention de l'ensemble des unités disponibles sur le terrain, puisqu'il ne se passe pas grand-chose. Du point de vue des habitants, c'est assez saisissant, puisqu'ils peuvent voir une dizaine de voitures avec leurs sirènes et leurs gyrophares intervenir dans leur quartier ;
  • les policiers doivent s'occuper, aller au contact de la population. Et ce contact se fait essentiellement au moyen de contrôles d'identité, accompagnés de fouilles. Le contrôle d'identité est ce qui leur permet, ensuite, de répondre à la demande de la politique actuelle, depuis 2002, qui est une demande de chiffres et notamment d'objectifs quantifiés d'interpellations. Ces contrôles permettent de réaliser des actes supplémentaires, surtout des « ILE », infractions à la législation sur les étrangers, et des « ILS », infractions à la législation sur les stupéfiants.

« L'ennui des policiers explique le harcèlement de certaines populations »

On voit donc que l'ennui devient un élément explicatif, aussi bien de l'excès de certaines interventions, que du harcèlement de certaines populations.
Citant un habitant d'une cité, vous dites que les contrôles d'identité visant toujours les mêmes personnes n'affectent nullement les activités illicites, mais font monter la tension.
Les contrôles ciblés sur l'apparence physique, les pressions exercées sur des quartiers ou des territoires, il est évident que ça crée des tensions. Et les gens, qui sont plutôt demandeurs d'intervention des forces de police quand il y a des jeunes qui font du bruit ou qu'ils ont connaissance de trafics, sont souvent choqués par le caractère brutal, indifférencié et finalement contre-productif de l'action de la police.
Il y a plusieurs services de police, et certains font un travail de fond qui est efficace, par exemple pour démanteler des trafics de stupéfiants. Mais les policiers dont je parle, qui sont ceux que voient les habitants, ont une productivité faible du point de vue de la réduction de la délinquance. En revanche, ils génèrent de la tension par leur type d'intervention, à la fois en ciblant certaines populations, et aussi en usant de manières de faire particulièrement rudes et humiliantes.

« Ils doivent montrer qu'ils n'ont pas peur »

« La Force de l'ordre : une anthropologie de la police des quartiers » de Didier Fassin, éd. Seuil, octobre 2011
Vous écrivez que les pratiques de la BAC sont « nettement plus rugueuses et provocatrices » que celles des policiers en tenue, pourquoi ?
C'est la mission qu'on leur a confiée, et c'est aussi le style qu'ils se donnent. Leur mission n'est pas seulement de faire du flagrant délit, c'est aussi de montrer qu'ils sont ceux qui n'ont pas peur, qui sont capables d'aller au contact de façon physique – un haut fonctionnaire les qualifiait de « pêchus ».
Vous racontez une provocation dont vous avez été témoin. Un collégien d'origine africaine marche sur un trottoir, son cartable au dos. Une voiture de la BAC le suit en roulant au pas, pendant qu'un des policiers le couvre d'insultes racistes. Après quelques instants, le collégien dit : « Mais laissez-moi tranquille ! » Les policiers sortent et veulent l'arrêter, apparemment pour outrage, jusqu'à ce qu'une habitante du quartier intervienne...
D'une manière générale, les provocations individuelles comme celle-ci sont fréquentes, en voiture ou pendant les interpellations. Des mots blessants, des gestes brutaux, des bousculades, voire des insultes. Au point que c'est un des apprentissages qu'on reçoit quand on est adolescent dans les cités, les parents leur enjoignent : « Ne répondez pas aux provocations des policiers. »
Quand on dit ça, les gens s'insurgent en disant que les jeunes eux-mêmes provoquent les policiers. Les provocations existent, bien sûr, mais dans des conditions très différentes : en relation individuelle, jamais un jeune ne provoquera un policier, car c'est aller au devant de graves ennuis. Alors que la nuit, de loin, un groupe d'adolescents peut narguer des policiers, voire leur jeter des projectiles.

La banalité des provocations policières

Les provocations existent donc des deux côtés. Mais on peut quand même s'étonner qu'elles soient aussi banales de la part de ceux qui représentent l'autorité publique.
Vous notez que quasiment les seuls individus à réagir de manière insolente aux contrôles d'identité sont issus des classes moyennes ou supérieures. Pourquoi ?
Les gens des classes moyennes en général, et les jeunes en particulier, sont assez rarement contrôlés. Lorsqu'ils le sont, ils vont demander des comptes, essayer de savoir pourquoi on les contrôle.
Les jeunes des quartiers populaires savent très bien qu'on les contrôle, le plus souvent, non pas parce qu'on risquerait de trouver quelque chose (car ils font bien attention de ne rien avoir sur eux), mais parce que c'est un moyen de leur imposer une forme de contrôle social.
Ces jeunes, notamment ceux qui appartiennent aux minorités d'origines subsaharienne et maghrébine, sont extrêmement souvent contrôlés et sujets à des fouilles aux corps. Ils apprennent très vite qu'ils vont être soumis à ces contrôles. Ils savent également qu'ils n'ont aucun moyen d'aller contre ces pratiques, injustifiées et d'ailleurs assez souvent illégales au regard du code de procédure pénale. Ils savent enfin que la moindre protestation peut donner lieu à un outrage ou à une rébellion, dont le coût s'avérerait très élevé en termes de sanction pénale.
Il faut savoir que les outrages et rébellions sont un moyen pour les policiers d'anticiper une plainte pour violence policière. Si la victime dépose plainte, ce sera la parole du policier contre celle du plaignant – dans la plupart des cas, un jeune. Or, les magistrats ont très largement tendance à considérer que ce sont les policiers qui disent la vérité.

L'« outrage et rébellion », outil de contrôle social

L'outrage et rébellion est ainsi un outil de contrôle social particulièrement fort, puisqu'il permet de renverser la question des violences. Du reste, les officiers et les commissaires savent très bien qu'un gardien de la paix qui « fait » souvent des outrages et rébellions doit être particulièrement suivi, car c'est quelqu'un de violent. Il y a des policiers qui n'en ont jamais, ce qui traduit la qualité de leur relation avec les gens, et d'autres qui en ont énormément, et qui sont aussi ceux qui sont le plus convoqués par la commission de discipline.
Donc la hiérarchie sanctionne ?
Elle est tout à fait consciente de ce que je viens de décrire, elle est donc vigilante. Cela dit, les sanctions sont extrêmement rares. Par exemple, pour quelqu'un qui aura eu un certain nombre de rappels en raison de plaintes pour violences, ce sera, dans le pire des cas, de le passer d'une équipe de nuit à une équipe de jour. Il est exceptionnel que les sanctions aillent au-delà.
Vous constatez aussi un racisme affiché, avec un poster du Front national épinglé sur un mur du commissariat, ou des T-shirts de policiers en service siglés « 7-3-2 », pour 732, date à laquelle Charles Martel a battu les Arabes à Poitiers. Parmi les réactions à votre livre, des hauts fonctionnaires et syndicalistes policiers ont affirmé que ce racisme est « exceptionnel ». En convenez-vous ? Et au-delà, était-il pertinent d'effectuer votre enquête dans une brigade entièrement masculine et blanche, dont un responsable, dites-vous, était ouvertement raciste ?
La forme la plus banale de dénégation que j'aie entendue, y compris dans la circonscription où j'ai travaillé, c'est de dire « bien sûr, nous savons qu'il y a des policiers racistes ou violents, comme il y a du racisme et de la violence dans la société en général, mais c'est l'exception et non la règle ». On me disait aussi qu'il y a probablement moins de racisme dans la police que dans la population en général.
C'est un argument classique pour démonter des éléments de preuve.
Donc vous n'en convenez pas ?
Dans la mesure où il n'y a pas d'autre étude prolongée sur des BAC, il n'y a pas d'élément de comparaison.

« Le racisme n'est pas exceptionnel »

Mais je dirais que cela n'est certainement pas exceptionnel, pour les raisons suivantes :
  • un certain nombre de personnalités que j'ai pu rencontrer (représentants syndicaux, hauts fonctionnaires...) m'ont confirmé que ce que je voyais était des choses qu'ils connaissaient, et qu'un certain nombre d'entre eux essayaient d'ailleurs de lutter contre ces pratiques. Il suffit d'ailleurs de voir un certain nombre de faits divers dans lesquels sont impliquées ces brigades pour voir que cela ne relève pas de l'exception. Cela étant, je sais que toutes les BAC de France n'ont pas les mêmes affinités avec les groupes d'extrême droite qu'un certain nombre des membres de celle avec laquelle j'ai travaillé ;
  • il faut bien comprendre qu'il y a des logiques plus générales, des logiques de fond, qui ne peuvent donc pas relever de l'exception. Les missions confiées à ces unités spéciales, le traitement spécial dont elles bénéficient, l'autonomie qu'on leur laisse. Mais aussi le recrutement de leurs effectifs, qui concerne des hommes (exceptionnellement des femmes) qui seront amenés à avoir une vision dure de l'ordre public. Quant aux opinions politiques, on le voit dans nombre d'études internationales sur ces polices, en Angleterre ou au Royaume-Uni par exemple : les policiers sont nettement plus conservateurs que la population en général.
Quel est l'effet du recrutement (géographique, sociologique) des policiers sur leur manière de travailler ?
Les études qui ont été réalisées montrent que 80% des policiers viennent soit de zones rurales, soit de petites et moyennes villes de province. Autrement dit, 80% n'ont pas d'expérience du milieu urbain, des grandes agglomérations. Or, la première affectation des jeunes recrues qui sortent de l'école nationale de police est dans les banlieues, car ces postes ne sont pas très prisés.

« Un décalage ethnique et racial avec la population »

Il y a donc un décalage entre la population et la police en termes ethnique et racial. Les policiers sont majoritairement blancs, même si c'est un peu en train de se corriger ces dernières années, à la suite des efforts faits pour diversifier le recrutement.
Mais le problème me paraît plus complexe qu'une question ethnico-raciale. En réalité, je crois que c'est surtout une question de socialisation. C'est-à-dire où est-ce qu'on a été quand on était enfant ? Dans quelle école on est allé ? Avec qui on jouait au foot ? Qui on avait comme copains ?
Sur le terrain, j'ai pu constater une très grande différence entre des policiers qui avaient grandi dans les quartiers populaires de grandes villes, qui n'avaient pas de préjugés particuliers vis-à-vis des jeunes de banlieue, à l'inverse des policiers qui découvraient la banlieue. Ces derniers ont une image très homogène de territoires qui leur semblent hostiles, de populations qui leur paraissent ennemies. Alors qu'il y a dans ces quartiers, comme partout, une très grande diversité de profils.

http://www.rue89.com/2011/12/03/pourquoi-la-bac-des-manieres-rudes-et-humiliantes-227094

Pierre Bourdieu, articles cités in Antoine Lentacker, La science des institutions impures

en ligne: Pierre Bourdieu, articles cités in Antoine Lentacker, La science des institutions impures. Bourdieu critique de Lévi-Strauss. Raisons d'Agir, 2010


(Cette liste de publications (en ligne) sera mise à jour au fur et à mesure, Gilbert Quélennec)

---



Champ intellectuel et projet createur
, Les temps modernes, November 1966, pp. 865-906, aussi Intellectual field and creative project, Social Science Information, April 1969, 8: 89-119

Pierre
Bourdieu, Structuralism and Theory of Sociological Knowledge, Social Research 35 (1968), 681–706
 Genèse et structure du champ religieux, Revue française de sociologie, 1971, Numéro 12-3, pp. 295-334

Les stratégies matrimoniales dans le système de reproduction
, Annales. Économies, Sociétés, Civilisations, 1972, Numéro   4-5, pp. 1105-1127


avec Monique De
Saint Martin, Les catégories de l'entendement professoral, Actes de la recherche en sciences sociales, 1975, Numéro 1.3, pp. 68-93

Le langage autorisé
, Actes de la recherche en sciences sociales, 1975, Numéro 5-6, pp. 183-190

La spécificité du champ scientifique et les conditions sociales du progrès de la raison
, Sociologie et sociétés, vol. 7, n° 1, 1975, p. 91-118, aussi Le champ scientifique, Actes de la recherche en sciences sociales, 2-3 (1976), 88–104, aussi The Peculiar History of Scientific Reason, Sociological Forum, Vol. 6, No. 1. (Mar., 1991), pp. 3-26.

Sur le pouvoir symbolique
, Annales. Économies, Sociétés, Civilisations, 1977, Numéro 3, pp. 405-411

La production de la croyance : contribution à une économie des biens symboliques
, Actes de la recherche en sciences sociales, Année 1977, Numéro 13, pp. 3-43, aussi in les Règles de l'art, "Le marché des biens symboliques"

Les rites comme actes d'institution
, Actes de la recherche en sciences sociales, 1982, Numéro 43, pp. 58-63

Der Kampf um die symbolische Ordnung
(Gespräch mit Axel Honneth, Hermann Kocyba und Bernd Schwibs), in: Ästhetik und Kommunikation (Frankfurt), 16. Jg., Nr. 61/62, S. 142-163, The Struggle for Symbolic Order (Gespräch mit A. Honneth, H. Kocyba, B. Schwibs) in: Theory, Culture and Society (London), 3. Jg. (1986), Nr. 3, S. 31-51, Fieldwork in philosophy, Choses dites, Les Éditions de Minuit, P.13-46,  Fieldwork in Philosophy” en Cosas Dichas, Barcelona, Gedisa, 1993, pp. 17-34

« De la règle aux stratégies : entretien avec P. Bourdieu »
, P. Lamaison, Terrain, n° 4, 1985, pp. 93-100. 4-8, in Choses dites, Minuit, 1987, P.75-93


La force du droit
, Actes de la recherche en sciences sociales, 1986, Numéro   64, pp. 3-19

Habitus, code et codification
, Actes de la recherche en sciences sociales, 1986, Numéro   64, pp. 40-44, in Choses dites, Minuit, 1987, P.94-105

Reproduction interdite: La dimension symbolique de la domination économique
, Études rurales, No. 113/114 (Jan. - Jun., 1989), pp. 15-36

First Lecture. Social Space and Symbolic Space: Introduction to a Japanese Reading of Distinction
, Poetics Today, Vol. 12, No. 4,(Winter, 1991), pp. 627-638, aussi in Raisons pratiques, P.15-29,  (1994), 1996
-------------------------------------

voir également:


en ligne: Pierre Bourdieu, autour des Esquisses algériennes


en ligne: Pierre Bourdieu, articles sur L'objectivation participante


en ligne: publications de Pierre Bourdieu sur la violence symbolique


videos-articles:
Pierre Bourdieu à propos de l'espace social et des classes sociales

articles-audio-video:
Pierre Bourdieu, sur la notion de Champ

Articles de
Pierre Bourdieu sur le concept de Capital (culturel, social, symbolique, scientifique)
 
en ligne: Pierre Bourdieu, la notion de Stratégie


audio-video-articles de
Pierre Bourdieu sur le concept d'habitus

Debt Slavery – Why It Destroyed Rome, Why It Will Destroy Us Unless It’s Stopped

Michael Hudson 

Book V of Aristotle’s Politics describes the eternal transition of oligarchies making themselves into hereditary aristocracies – which end up being overthrown by tyrants or develop internal rivalries as some families decide to “take the multitude into their camp” and usher in democracy, within which an oligarchy emerges once again, followed by aristocracy, democracy, and so on throughout history.
Debt has been the main dynamic driving these shifts – always with new twists and turns. It polarizes wealth to create a creditor class, whose oligarchic rule is ended as new leaders (“tyrants” to Aristotle) win popular support by cancelling the debts and redistributing property or taking its usufruct for the state.
Since the Renaissance, however, bankers have shifted their political support to democracies. This did not reflect egalitarian or liberal political convictions as such, but rather a desire for better security for their loans. As James Steuart explained in 1767, royal borrowings remained private affairs rather than truly public debts. For a sovereign’s debts to become binding upon the entire nation, elected representatives had to enact the taxes to pay their interest charges.
By giving taxpayers this voice in government, the Dutch and British democracies provided creditors with much safer claims for payment than did kings and princes whose debts died with them. But the recent debt protests from Iceland to Greece and Spain suggest that creditors are shifting their support away from democracies. They are demanding fiscal austerity and even privatization sell-offs.
This is turning international finance into a new mode of warfare. Its objective is the same as military conquest in times past: to appropriate land and mineral resources, also communal infrastructure and extract tribute. In response, democracies are demanding referendums over whether to pay creditors by selling off the public domain and raising taxes to impose unemployment, falling wages and economic depression. The alternative is to write down debts or even annul them, and to re-assert regulatory control over the financial sector.
Near Eastern rulers proclaimed clean slates for debtors to preserve economic balance
Charging interest on advances of goods or money was not originally intended to polarize economies. First administered early in the third millennium BC as a contractual arrangement by Sumer’s temples and palaces with merchants and entrepreneurs who typically worked in the royal bureaucracy, interest at 20 per cent (doubling the principal in five years) was supposed to approximate a fair share of the returns from long-distance trade or leasing land and other public assets such as workshops, boats and ale houses.
As the practice was privatized by royal collectors of user fees and rents, “divine kingship” protected agrarian debtors. Hammurabi’s laws (c. 1750 BC) cancelled their debts in times of flood or drought. All the rulers of his Babylonian dynasty began their first full year on the throne by cancelling agrarian debts so as to clear out payment arrears by proclaiming a clean slate. Bondservants, land or crop rights and other pledges were returned to the debtors to “restore order” in an idealized “original” condition of balance. This practice survived in the Jubilee Year of Mosaic Law in Leviticus 25.
The logic was clear enough. Ancient societies needed to field armies to defend their land, and this required liberating indebted citizens from bondage. Hammurabi’s laws protected charioteers and other fighters from being reduced to debt bondage, and blocked creditors from taking the crops of tenants on royal and other public lands and on communal land that owed manpower and military service to the palace.
In Egypt, the pharaoh Bakenranef (c. 720-715 BC, “Bocchoris” in Greek) proclaimed a debt amnesty and abolished debt-servitude when faced with a military threat from Ethiopia. According to Diodorus of Sicily (I, 79, writing in 40-30 BC), he ruled that if a debtor contested the claim, the debt was nullified if the creditor could not back up his claim by producing a written contract. (It seems that creditors always have been prone to exaggerate the balances due.) The pharaoh reasoned that “the bodies of citizens should belong to the state, to the end that it might avail itself of the services which its citizens owed it, in times of both war and peace. For he felt that it would be absurd for a soldier … to be haled to prison by his creditor for an unpaid loan, and that the greed of private citizens should in this way endanger the safety of all.”
The fact that the main Near Eastern creditors were the palace, temples and their collectors made it politically easy to cancel the debts. It always is easy to annul debts owed to oneself. Even Roman emperors burned the tax records to prevent a crisis. But it was much harder to cancel debts owed to private creditors as the practice of charging interest spread westward to Mediterranean chiefdoms after about 750 BC. Instead of enabling families to bridge gaps between income and outgo, debt became the major lever of land expropriation, polarizing communities between creditor oligarchies and indebted clients. In Judah, the prophet Isaiah (5:8-9) decried foreclosing creditors who “add house to house and join field to field till no space is left and you live alone in the land.”
Creditor power and stable growth rarely have gone together. Most personal debts in this classical period were the product of small amounts of money lent to individuals living on the edge of subsistence and who could not make ends meet. Forfeiture of land and assets – and personal liberty – forced debtors into bondage that became irreversible. By the 7th century BC, “tyrants” (popular leaders) emerged to overthrow the aristocracies in Corinth and other wealthy Greek cities, gaining support by cancelling the debts. In a less tyrannical manner, Solon founded the Athenian democracy in 594 BC by banning debt bondage.
But oligarchies re-emerged and called in Rome when Sparta’s kings Agis, Cleomenes and their successor Nabis sought to cancel debts late in the third century BC. They were killed and their supporters driven out. It has been a political constant of history since antiquity that creditor interests opposed both popular democracy and royal power able to limit the financial conquest of society – a conquest aimed at attaching interest-bearing debt claims for payment on as much of the economic surplus as possible.
When the Gracchi brothers and their followers tried to reform the credit laws in 133 BC, the dominant Senatorial class acted with violence, killing them and inaugurating a century of Social War, resolved by the ascension of Augustus as emperor in 29 BC.
Rome’s creditor oligarchy wins the Social War, enslaves the population and brings on a Dark Age
Matters were more bloody abroad. Aristotle did not mention empire building as part of his political schema, but foreign conquest always has been a major factor in imposing debts, and war debts have been the major cause of public debt in modern times. Antiquity’s harshest debt levy was by Rome, whose creditors spread out to plague Asia Minor, its most prosperous province. The rule of law all but disappeared when publican creditor “knights”  arrived. Mithridates of Pontus led three popular revolts, and local populations in Ephesus and other cities rose up and killed a reported 80,000 Romans in 88 BC. The Roman army retaliated, and Sulla imposed war tribute of 20,000 talents in 84 BC. Charges for back interest multiplied this sum six-fold by 70 BC.
Among Rome’s leading historians, Livy, Plutarch and Diodorus blamed the fall of the Republic on creditor intransigence in waging the century-long Social War marked by political murder from 133 to 29 BC. Populist leaders sought to gain a following by advocating debt cancellations (e.g., the Catiline conspiracy in 63-62 BC). They were killed. By the second century AD about a quarter of the population was reduced to bondage. By the fifth century Rome’s economy collapsed, stripped of money. Subsistence life reverted to the countryside.
Creditors find a legalistic reason to support parliamentary democracy
When banking recovered after the Crusades looted Byzantium and infused silver and gold to review Western European commerce, Christian opposition to charging interest was overcome by the combination of prestigious lenders (the Knights Templars and Hospitallers providing credit during the Crusades) and their major clients – kings, at first to pay the Church and increasingly to wage war. But royal debts went bad when kings died. The Bardi and Peruzzi went bankrupt in 1345 when Edward III repudiated his war debts. Banking families lost more on loans to the Habsburg and Bourbon despots on the thrones of Spain, Austria and France.
Matters changed with the Dutch democracy, seeking to win and secure its liberty from Habsburg Spain. The fact that their parliament was to contract permanent public debts on behalf of the state enabled the Low Countries to raise loans to employ mercenaries in an epoch when money and credit were the sinews of war. Access to credit “was accordingly their most powerful weapon in the struggle for their freedom,” Richard Ehrenberg wrote in his Capital and Finance in the Age of the Renaissance (1928): “Anyone who gave credit to a prince knew that the repayment of the debt depended only on his debtor’s capacity and will to pay. The case was very different for the cities, which had power as overlords, but were also corporations, associations of individuals held in common bond. According to the generally accepted law each individual burgher was liable for the debts of the city both with his person and his property.”
The financial achievement of parliamentary government was thus to establish debts that were not merely the personal obligations of princes, but were truly public and binding regardless of who occupied the throne. This is why the first two democratic nations, the Netherlands and Britain after its 1688 revolution, developed the most active capital markets and proceeded to become leading military powers. What is ironic is that it was the need for war financing that promoted democracy, forming a symbiotic trinity between war making, credit and parliamentary democracy which has lasted to this day.
At this time “the legal position of the King qua borrower was obscure, and it was still doubtful whether his creditors had any remedy against him in case of default.” (Charles Wilson, England’s Apprenticeship: 1603-1763: 1965.) The more despotic Spain, Austria and France became, the greater the difficulty they found in financing their military adventures. By the end of the eighteenth century Austria was left “without credit, and consequently without much debt,” the least credit-worthy and worst armed country in Europe, fully dependent on British subsidies and loan guarantees by the time of the Napoleonic Wars.
Finance accommodates itself to democracy, but then pushes for oligarchy
While the nineteenth century’s democratic reforms reduced the power of landed aristocracies to control parliaments, bankers moved flexibly to achieve a symbiotic relationship with nearly every form of government. In France, followers of Saint-Simon promoted the idea of banks acting like mutual funds, extending credit against equity shares in profit. The German state made an alliance with large banking and heavy industry. Marx wrote optimistically about how socialism would make finance productive rather than parasitic. In the United States, regulation of public utilities went hand in hand with guaranteed returns. In China, Sun-Yat-Sen wrote in 1922: “I intend to make all the national industries of China into a Great Trust owned by the Chinese people, and financed with international capital for mutual benefit.”
World War I saw the United States replace Britain as the major creditor nation, and by the end of World War II it had cornered some 80 per cent of the world’s monetary gold. Its diplomats shaped the IMF and World Bank along creditor-oriented lines that financed trade dependency, mainly on the United States. Loans to finance trade and payments deficits were subject to “conditionalities” that shifted economic planning to client oligarchies and military dictatorships. The democratic response to resulting austerity plans squeezing out debt service was unable to go much beyond “IMF riots,” until Argentina rejected its foreign debt.
A similar creditor-oriented austerity is now being imposed on Europe by the European Central Bank (ECB) and EU bureaucracy. Ostensibly social democratic governments have been directed to save the banks rather than reviving economic growth and employment. Losses on bad bank loans and speculations are taken onto the public balance sheet while scaling back public spending and even selling off infrastructure. The response of taxpayers stuck with the resulting debt has been to mount popular protests starting in Iceland and Latvia in January 2009, and more widespread demonstrations in Greece and Spain this autumn to protest their governments’ refusal to hold referendums on these fateful bailouts of foreign bondholders.
Shifting planning away from elected public representatives to bankers
Every economy is planned. This traditionally has been the function of government. Relinquishing this role under the slogan of “free markets” leaves it in the hands of banks. Yet the planning privilege of credit creation and allocation turns out to be even more centralized than that of elected public officials. And to make matters worse, the financial time frame is short-term hit-and-run, ending up as asset stripping. By seeking their own gains, the banks tend to destroy the economy. The surplus ends up being consumed by interest and other financial charges, leaving no revenue for new capital investment or basic social spending.
This is why relinquishing policy control to a creditor class rarely has gone together with economic growth and rising living standards. The tendency for debts to grow faster than the population’s ability to pay has been a basic constant throughout all recorded history. Debts mount up exponentially, absorbing the surplus and reducing much of the population to the equivalent of debt peonage. To restore economic balance, antiquity’s cry for debt cancellation sought what the Bronze Age Near East achieved by royal fiat: to cancel the overgrowth of debts.
In more modern times, democracies have urged a strong state to tax rentier income and wealth, and when called for, to write down debts. This is done most readily when the state itself creates money and credit. It is done least easily when banks translate their gains into political power. When banks are permitted to be self-regulating and given veto power over government regulators, the economy is distorted to permit creditors to indulge in the speculative gambles and outright fraud that have marked the past decade. The fall of the Roman Empire demonstrates what happens when creditor demands are unchecked. Under these conditions the alternative to government planning and regulation of the financial sector becomes a road to debt peonage.
Finance vs. government; oligarchy vs. democracy
Democracy involves subordinating financial dynamics to serve economic balance and growth – and taxing rentier income or keeping basic monopolies in the public domain. Untaxing or privatizing property income “frees” it to be pledged to the banks, to be capitalized into larger loans. Financed by debt leveraging, asset-price inflation increases rentier wealth while indebting the economy at large. The economy shrinks, falling into negative equity.
The financial sector has gained sufficient influence to use such emergencies as an opportunity to convince governments that that the economy will collapse they it do not “save the banks.” In practice this means consolidating their control over policy, which they use in ways that further polarize economies. The basic model is what occurred in ancient Rome, moving from democracy to oligarchy. In fact, giving priority to bankers and leaving economic planning to be dictated by the EU, ECB and IMF threatens to strip the nation-state of the power to coin or print money and levy taxes.
The resulting conflict is pitting financial interests against national self-determination. The idea of an independent central bank being “the hallmark of democracy” is a euphemism for relinquishing the most important policy decision – the ability to create money and credit – to the financial sector. Rather than leaving the policy choice to popular referendums, the rescue of banks organized by the EU and ECB now represents the largest category of rising national debt. The private bank debts taken onto government balance sheets in Ireland and Greece have been turned into taxpayer obligations. The same is true for America’s $13 trillion added since September 2008 (including $5.3 trillion in Fannie Mae and Freddie Mac bad mortgages taken onto the government’s balance sheet, and $2 trillion of Federal Reserve “cash-for-trash” swaps).
This is being dictated by financial proxies euphemized as technocrats. Designated by creditor lobbyists, their role is to calculate just how much unemployment and depression is needed to squeeze out a surplus to pay creditors for debts now on the books. What makes this calculation self-defeating is the fact that economic shrinkage – debt deflation – makes the debt burden even more unpayable.
Neither banks nor public authorities (or mainstream academics, for that matter) calculated the economy’s realistic ability to pay – that is, to pay without shrinking the economy. Through their media and think tanks, they have convinced populations that the way to get rich most rapidly is to borrow money to buy real estate, stocks and bonds rising in price – being inflated by bank credit – and to reverse the past century’s progressive taxation of wealth.
To put matters bluntly, the result has been junk economics. Its aim is to disable public checks and balances, shifting planning power into the hands of high finance on the claim that this is more efficient than public regulation. Government planning and taxation is accused of being “the road to serfdom,” as if “free markets” controlled by bankers given leeway to act recklessly is not planned by special interests in ways that are oligarchic, not democratic. Governments are told to pay bailout debts taken on not to defend countries in military warfare as in times past, but to benefit the wealthiest layer of the population by shifting its losses onto taxpayers.
The failure to take the wishes of voters into consideration leaves the resulting national debts on shaky ground politically and even legally. Debts imposed by fiat, by governments or foreign financial agencies in the face of strong popular opposition may be as tenuous as those of the Habsburgs and other despots in past epochs. Lacking popular validation, they may die with the regime that contracted them. New governments may act democratically to subordinate the banking and financial sector to serve the economy, not the other way around.
At the very least, they may seek to pay by re-introducing progressive taxation of wealth and income, shifting the fiscal burden onto rentier wealth and property. Re-regulation of banking and providing a public option for credit and banking services would renew the social democratic program that seemed well underway a century ago.
Iceland and Argentina are most recent examples, but one may look back to the moratorium on Inter-Ally arms debts and German reparations in 1931.A basic mathematical as well as political principle is at work: Debts that can’t be paid, won’t be.


http://www.counterpunch.org/2011/12/02/debt-slavery-%E2%80%93-why-it-destroyed-rome-why-it-will-destroy-us-unless-it%E2%80%99s-stopped/

One Bank to Rule Them All

MIKE WHITNEY


On Wednesday, the Federal Reserve and the central banks of Canada, England, Japan, Switzerland, and Europe launched a coordinated monetary intervention aimed at easing interbank lending in the eurozone. While the emergency action sent stocks into the stratosphere, it did not relieve tensions in the markets or increase trust between the banks. In fact, on Thursday, banks stashed €313.763 billion at the European Central Bank’s overnight deposit facility, a new high for the year. Banks leave money with the ECB overnight when they are too worried about counterparty risk to lend to other banks. At the same time, the amount of money that EU banks are borrowing from the ECB, continues to rise, indicating their inability to raise money in the capital markets. These signs of growing distress show that the hoopla surrounding the central bank action are unwarranted. Conditions in the eurozone continue to deteriorate.
Many of Europe’s biggest banks are loaded with sovereign bonds that have lost much of their value since the crisis began. Crashing collateral values have gummed up the funding apparatus and cast doubt on the solvency of the EU banking system. This same type of thing thing happened in July 2007, when 2 Bear Stearns hedge funds defaulted. The incident sent shockwaves through Wall Street as trillions of dollars in dodgy mortgage-backed securities (MBS) were downgraded leaving most of the country’s biggest banks underwater. The Lehman implosion merely exposed the extent of the damage. The capital-depleted system was bankrupt and had to be rebuilt with trillions in loans, subsidies and bailouts from the Fed and Congress. (TARP) Europe now faces a similar crisis.
While Wednesday’s CB intervention provides EU banks with cheaper access to dollar funding, it doesn’t address any of the existential problems facing the eurozone. In fact, its effects should be quite small. Here’s how Paul Krugman summed it up on his blog Conscience of a Liberal:

“So this looks to me like a non-event. Yet markets went wild. Are they taking this as a signal that substantive actions — like the ECB finally doing what has to be done — are just around the corner? Are they misunderstanding the policy? Was this cheap talk that nonetheless moved us to the good equilibrium? (If so, not enough: Italian bonds still at more than 7 percent)” (New York Times)
The Guardian provides an interesting graph that explains why the Fed acted. Here’s the link.
EU banks are in the throes of a vicious credit crunch which is deepening the debt crisis and hurtling the EZ towards a long-term slump. Bank funding costs are rising while the value of collateral (sovereign bonds) continues to fall. At the same time, the European Banking Authority (EBA) has ordered banks to increase their core-capital to a minimum 9 percent, even though credit markets are in turmoil and balance sheets are dripping red. All of this is leading to a sharp cutback in lending which will show up in slower growth and higher unemployment. This is from Forbes:
“Bank lending standards have tightened, Barclays suggests, and debt funding costs have risen sharply, both for financials and non-financials. “Historically, such a tightening of lending standards has presaged economic weakness and a consequent rise in high yield corporate credit default rates, typically with a 12-month lag,” wrote the analysts….” (“European Credit Crunch Starting As Crisis Spreads To Private Sector, Forbes)
The only way for banks to raise capital in the current environment is by shrinking their balance sheets which means that they will be forced to dump their assets on the market pushing prices down further. Here’s an excerpt from an article in International Financing Review:
“Banks are feeling pain on both sides of the balance sheet,” said Alberto Gallo, head of European credit strategy at RBS. “On the one side you have a funding squeeze with banks unable to raise cash in the capital markets. At the same time, many of the assets they hold are deteriorating in quality.”
“Banks need to reduce their balance sheets as much as €5trn in assets over the next three years or so,” he added. “The problem is that there just aren’t enough buyers. Most banks will be forced to hold on to much of this stuff to maturity, which will affect their ability to lend and impact on the real economy.”
People involved in asset sale talks say price is the major sticking point. Lenders want only to sell higher-quality assets near to par value so as to avoid huge write-downs, which would erode capital further. By contrast, potential buyers want high-yielding investments and are offering only knock-down prices.”…(European banks’ asset sales face disastrous failure, IFR)
So, EU banks are on the ropes. Their asset base is wasting away with every downgrade and they no longer have the option of raising capital through the conventional means, by issuing equity or increasing deposits. Unless the ECB launches an emergency rescue effort, it’s only a matter of time before one of the larger banks defaults and the dominoes start to tumble through the financial system.
So, how would a major bank failure in the EZ effect things in the US? That’s a question the Economist answers in a recent article. Here’s a clip:
“Financial markets are far more integrated than product markets, and they acted as a conduit of contagion from the American banking system to banks abroad. Falling asset prices in one place impact the balance sheet of leveraged institutions in another place. This transmits the crisis, which then impacts the real economy….
Should trouble in the euro zone lead the European banking system to freeze up entirely, the crisis will quickly be transmitted to America’s economy; credit will dry up to American firms, and the real economy will lurch downward. That is the big risk to most large, non-European economies. Trade accounts for too little activity in big economies for a European collapse to be too disruptive; the financial spillover, on the other hand, will be dreadful. Where the Federal Reserve could do quite a lot to shield the American economy from the drop in European demand stemming from a deep euro-zone recession, it is more difficult for the central bank to provide insulation against an all-out banking panic.” (“US will not decouple from eurozone”, The Economist)
So, what should be done?
The simplest remedy–as most of the experts have noted–would be for the ECB to step in as lender of last resort and buy enough Italian and Spanish debt to keep interest rates at a manageable level. That, in turn, would put a floor under the value of the assets on banks balance sheets, so they wouldn’t be dipping deeper into the red. And this is exactly what new ECB chief Mario Draghi–former managing director of Goldman Sachs– intends to do, as soon as he creates a big enough crisis for him to impose the terms of the settlement on the member states. That’s the real goal, to reshape the EZ so it best fits the objectives of finance capital.
So what does Draghi want?
He wants his ministers to control national budgets, he wants more money diverted from working people into an over-bloated financial system, he wants his own appointments in positions of power (ie–check Italy and Greece’s new “technocratic” governments), he wants to dictate economic policy, he wants to abolish the welfare state and the social safety net, he wants to keep Europe in a permanent state of Depression (“austerity measures”) so more of the EZ’s wealth flows to the 1 percent at the top. Here’s an excerpt from a Thursday article on Dow Jones:
“European Central Bank President Mario Draghi called Thursday for a recommitment in the euro zone to sound fiscal policy. Speaking to the European Parliament, the new president said the euro zone needed a “new fiscal compact.”
The compact would be “a fundamental restatement of the fiscal rules together with the mutual fiscal commitments that euro area governments have made,” Draghi said…. “a fiscal compact would enshrine the essence of fiscal rules and the government commitments taken so far, and ensure that the latter become fully credible, individually and collectively.” (“ECB’s Draghi Calls For New Euro Zone Fiscal Compact”, Dow Jones)
And what will this new “fiscal compact” look like?
Well, it’s probably going to look a lot like the German plan for enforcing the EU’s Stability and Growth Pact. Here’s a summary from the Financial Times blogsite:
1. All planned deficits in excess of 3 per cent of GDP should require unanimous approval across euro area governments. All planned deficits in excess of a country’s medium term objective (but less than 3 per cent of GDP) have to be approved by qualified majority.
2. A commitment to correct past fiscal slippages with essentially no room for discretion: countries to adopt national “debt brake” rules.
3. A country requiring assistance under the ESM (note: European Stability Mechanism–a permanent bailout facility) is placed in financial receivership if its adjustment programme fails to remain on track, with the planning and execution of budgets requiring the agreement of the appointed financial receiver. This is necessary “where countries have no political consensus in support of reforms” to mitigate risks of countries failing to comply or defaulting.
4. Automatic fines and sanctions upon breach of the 3 per cent deficit limit.
5. All national countries introduce an independent budget office to produce budgetary forecasts, create an independent entity at European level to monitor national policies and administer ESM programmes.” (“Europe’s grand bargain”, FT Alphaville)
Take a good look: This is the future of European democracy; one country after another stuffed into a fiscal straitjacket while their public assets are privatized, their unions are crushed, and their sovereignty is surrendered to unelected bankers and eurocrats.
Europe is being handed over to big finance on a silver platter. This isn’t a crisis; it’s blackmail.
http://www.counterpunch.org/2011/12/02/one-bank-to-rule-them-all/

Quem são os ricos e porque estão cada vez mais ricos

Federico Rampini 

Um por cento da população mundial possui 40% das riquezas do planeta. Eis como vive, onde vive, o que faz e como gasta o seu dinheiro aquela parte da humanidade contra a qual (e em nome dos 99% restantes) o movimento Occupy Wall Street vem lutando.
“Mãe, o que fazem todas essas pessoas no nosso avião?”. O filho de Jacqueline Siegel não conseguia dar uma explicação a si mesmo na primeira vez que se encontrou na fila de embarque (primeira classe, obviamente) com tantos desconhecidos, ele que estava acostumado a viajar com o seu pai no jacto particular da empresa. Bem-vindos ao mundo do 1%.
Uma categoria social que acabou ficando sob os holofotes da atenção pública graças ao movimento Ocuppy Wall Street: aquele que se autodefine como “os 99%” e denuncia os privilégios da oligarquia. Se você mora em Manhattan, isto é, no coração do protesto, por meio de que sinais se pode perceber se você pertence ao vituperado ou invejado 1%?
Eis 12 mandamentos que traçam a linha de demarcação na vida diária. É um teste empírico, a prova da verdade que trai os verdadeiros privilegiados.
• Primeiro: você se veste rigorosamente made in Italy (com excepção dos sapatos Louboutin), comprando na Bergdorf Goodman da Quinta Avenida.
• Segundo: janta no Masa (o japonês com menus sem preços), Per Se, Marea, Babbo, e pelo menos uma vez por ano você se concede o personal chef com catering de três estrelas.
• Terceiro: mensalidade fixa da Metropolitan Opera, mais doação fiscalmente dedutível.
• Quarto: voa apenas na BusinessFirst, se o Gulfstream não estiver acessível.
• Quinto: nunca anda de metro, nem mesmo que esteja nevando.
• Sexto: presença assídua em um spa-fitness, com massagista e personal trainer.
• Sétimo: assina o Wall Street Journal.
• Oitavo: férias de verão na Toscana, em Aspen para esquiar, fins-de-semana na casa nos Hamptons.
• Nono: seus filhos estudam em uma escola privada do tipo Waldorf (pedagogia progressista, mas competitiva), mensalidade a partir dos 30 mil dólares por ano.
• Décimo: nada de conta corrente, mas sim um telefone directo com o serviço personalizado Wealth Management de um grande banco.
• Décimo primeiro: a mansão onde você mora deve ter porteiros uniformizados.
• Décimo segundo: você gosta de cães de raça, mas é o dog sitter que os leva todas as manhãs ao Central Park.

Essas regras de vida do 1% mudam pouco se você estiver na China, país que recém-cruzou o limiar de um milhão de milionários: foi na República Popular que a Burberrys viu as suas vendas crescer em 34% em seis meses, que a Zegna inaugurou a sua 70º loja, que a casa de leilões Christie’s vendeu por 4 milhões de euros um par de pistolas da era Qing com cabo de ouro incrustado de pedras preciosas.
Não varia muito no Brasil, onde o poder de compra dos ricos é tão próspero que a Louis Vuitton cobra um ágio de 100% em comparação com os mesmos produtos da sua loja nos Champs-Elysées.
Estamos falando de uma exígua minoria de extra-ricos? São os banqueiros de sempre, magnatas da indústria, estrelas do espetáculo? Não apenas. Nos EUA, os indivíduos com um património líquido de 1 a 5 milhões – é o limiar acima do qual os gestores patrimoniais os classificam como “altos patrimónios” – são 26,7 milhões. Outros 2 milhões de norte-americanos têm um património entre 5 e 10 milhões líquidos. Um milhão de pessoas estão sentadas em um ninho de ovos de ouro de 10 a 100 milhões. Por fim, 29 mil estão sentado em cima de 100 milhões de dólares. Todos juntos fazem mais da metade da população italiana.
Se quisermos ficar com a definição precisa do 1%, isto é, apenas três milhões de norte-americanos, o limite de ingresso é medido com base na renda. Os dados do Internal Revenue Service (a Receita Federal norte-americana) marcam a fronteira exacta: é preciso receber uma renda de, pelo menos, 506 mil dólares brutos anuais (375 mil euros) para entrar no círculo dos três milhões de pessoas que são o 1% da população norte-americana.
Em nível global, para isolar o 1% que está no topo da pirâmide, é preciso voltar às estatísticas sobre o património, por serem mais homogéneas. O Global Wealth Report do Credit Suisse indica que eles controlam 38,5% da riqueza mundial, e que os seus bens cresceram 29% em apenas um ano: é uma velocidade dupla com relação ao crescimento da riqueza total do planeta.
Portanto, o Occupy Wall Street denuncia um fenómeno real, aqueles que estão “lá em cima” alçaram voo, distanciando-se cada vez mais da maioria da população. Um fascinante estudo dos historiadores Peter Lindert e Jeffrey Williamson demonstra que nunca na história passada o 1% teve uma quota tão grande da riqueza nacional. Em 1774, quando ainda havia o colonialismo inglês e, portanto, a aristocracia, o 1% dos privilegiados na New England controlavam apenas 9% do total. A nobreza da época vivia em condições menos distantes da média, com relação às novas oligarquias do terceiro milénio.
Na história norte-americana, a dilatação enorme das desigualdades tem uma data de nascimento: 1982. Não por acaso, é o início da era de Ronald Reagan, marcada por um sistemático ataque ao welfare state, ao poder dos sindicatos, juntamente com políticas fiscais cada vez menos progressivas. É desde 1982 que o 1% se separa do resto, sobe para a estratosfera, amplia as distâncias: no quarto de século posterior, a sua quota da renda nacional mais do que dobrou, subindo acima dos 20%. A parcela de riqueza sobe ainda mais, superando os 33%.
É a trajectória que a última capa da revista The Nation mostra: “Wall Street inventou a luta de classes”. Quando esse conceito já se havia tornado um tabu no debate político norte-americano, os ricos se apropriaram dele, e o conflito social sobre a distribuição dos recursos foi vencido por eles.
Mas também há aqueles que convidam a compadecer-se deles. Robert Frank, no seu livro The High-Beta Rich relata a história da família Siegel, aquela do filho que não entende por que tem que subir no avião com desconhecidos. Depois de ter feito a sua fortuna no sector imobiliário e ter construído “a Versalhes dos Estados Unidos”, em Orlando, na Flórida (23 banheiros, uma garagem para 20 carros, duas salas de cinema), a família teve a sua mansão penhorada pelos bancos quando o mercado entrou em colapso. “Os extra-ricos jamais sofreram uma volatilidade tão exasperada da sua fortuna, ligada aos mercados financeiros”, explica Frank.
Portanto, o 1% é uma categoria em risco, de alta mobilidade. Nela se entra e dela se sai com a porta giratória em alta velocidade. Por isso, em 2008, foi aprovado o welfare dos banqueiros: 600 milhões de milhões apenas para salvar Wall Street.
*Publicada no jornal La Repubblica, 06-11-2011.
Tradução de Moisés Sbardelotto.

http://www.odiario.info/?p=2297

04/12/2011

La femme et la satire : étude sur le corps féminin et les femmes dans la caricature de mœurs à Madrid (1864-1894)

Isabelle MornatLLA - Lettres Langages et Arts

La caricature de mœurs fait définitivement son apparition à Madrid dans Gil Blas. Elle s'empare d'abord de la question féminine en se penchant sur la différence des corps. Les caricaturistes dénoncent les apparences fallacieuses du corps de la bourgeoise dans un déshabillage qui met en perspective un discours masculin sur les dépenses associées aux toilettes et livre un discours en creux sur la condition masculine à travers la critique du mariage. Le corps des femmes des classes populaires est marqué par le travail, la précarité, la vulnérabilité, la solitude. Autant de circonstances qui font planer le danger de l'entrée dans la prostitution, signifiée aussi par la ritualisation du corps empruntée à la silhouette de la cocotte. La caricature de mœurs s'oriente vers le terrain de l'érotico-festif en multipliant les figures de cocottes boulevardières. Celles-ci manifestent le nouveau statut de l'image commerciale de la femme. L'épaisseur sociale du corps féminin disparaît. Aux scènes de séduction où le caricaturiste déjoue le jeu hypocrite du marché de la chair, succède une représentation de la séduction de l'image. La prééminence de la cocotte manifeste l'avènement des nouveaux usages de la consommation. Dans la pluralité des images de la femme qui circulent dans la deuxième moitié du siècle, les caricatures diffusées massivement occupent une place décisive. - Isabelle_-_MORNAT.pdf

http://tel.archives-ouvertes.fr/tel-00639526

De Marseille à Hambourg, la chasse aux pauvres se généralise

Christian Jakob

Plusieurs villes françaises ont adopté des arrêtés antimendicité ces derniers mois. En Allemagne, l’installation d’une clôture pour empêcher des sans-domicile de camper sous un pont de Hambourg a suscité des protestations. Partout, les sans-logis sont poussés hors des centres-villes par des grillages, des amendes ou des milices privées. Une véritable chasse aux pauvres.
Photo : Arslan 
Le 17 octobre, la ville de Marseille a pris un arrêté antimendicité pour la quasi-totalité de son centre-ville. Quelques jours plus tôt, la préfecture de Paris a interdit de mendier sur les Champs-Élysées. D’autres mesures du même type ont été prises par les maires de Nogent-sur-Marne (Val-de-Marne) et de La Madeleine (Nord). La municipalité de Beauvais (Oise) a même eu l’idée d’assigner au tribunal des sans-papiers installés sous un pont !
Ce genre de mesures n’est pas le propre de la France. À Hambourg, deuxième ville allemande, la municipalité du quartier de Saint-Pauli a déboursé 18 000 euros début août pour ériger un grillage autour du pont Kersten-Miles, où campaient des sans-abri. Après de vives protestations, la clôture a finalement été retirée fin septembre. Mais les occupants sont toujours priés de quitter les lieux.
La chasse aux sans-toit va probablement se poursuivre ailleurs en Allemagne. Depuis le 1er novembre, la Deutsche Bahn (le principal opérateur ferroviaire) dispose d’un « droit spécial d’utilisation » des terrains alentour de la gare. Contre paiement d’une taxe, la société des chemins de fer a ainsi récupéré le droit de jouissance sur une zone jusqu’ici publique. Des firmes de sécurité privées peuvent maintenant décider d’en expulser qui elles souhaitent. Cette procédure pourrait être étendue à d’autres gares dans d’autres villes. Pour Stefan Karrenbauer, travailleur social au journal de sans-abri hambourgeois Hinz & Kunzt, la clôture du pont est « une première dans le pays ». Mais les tentatives diverses de bannir les sans-domicile de la ville « reviennent régulièrement ».
22 000 personnes à la rue
En Allemagne, plus de 240 000 personnes n’ont pas de logement fixe  [1], selon les derniers chiffres publiés en novembre par le groupement d’associations BAWG (Bundesarbeitsgemeinschaft Wohnungslosenhilfe). C’est 10 % de plus qu’en 2008. 22 000 personnes se retrouvent véritablement à la rue.
Selon le directeur de BAWG, Thomas Specht, ce nombre pourrait redescendre « à un niveau minimum » en quelques années seulement grâce un travail social de rue conséquent et à une politique de construction de logements. Mais, pour le militant, c’est aussi une conséquence du processus de gentrification (embourgeoisement), décrié dans de nombreuses villes allemandes. Les loyers augmentent à la suite de « modernisations excessives ». Les « logements normaux » deviennent rares et l’Allemagne ne construit pas assez d’habitat social pour compenser. « Ensuite, la pression augmente aussi sur la rue », constate Thomas Specht.
Des règlements de rue...
La vie devient alors encore moins confortable pour ceux qui ont peu. Et pas seulement depuis que la Deutsche Bahn a commencé, dans le cadre de sa privatisation, à vendre ses gares comme des centres commerciaux. « Les conditions de vie dans les centres-villes sont toujours plus soumises au diktat de la consommation », regrettait déjà en 2003 le directeur du service d’aide au logement de Caritas (Secours catholique). Parmi les moyens de faire pression sur les plus pauvres, les « règlements de rue » ont essaimé à travers le pays. « Presque toutes les grandes villes ont adopté un de ces textes indignes nés d’une fureur bureaucratique de réglementation », constatait encore Caritas. Des activités totalement légales en Allemagne, comme celle de dormir dans des parcs ou des espaces publics, ou d’y consommer de l’alcool debout, sont ainsi devenues « des utilisations particulières » des lieux publics, et par là, interdites. En cas d’infraction, c’est l’amende.
La plupart de ces chartes de rue ont vu le jour dans les années 1990. Les débats de l’époque sont révélateurs. La théorie américaine de la « vitre brisée » (selon laquelle les problèmes de dégradation minimes des lieux publics doivent être traités tôt pour ne pas évoluer vers un état de délabrement général de quartiers entiers) a trouvé des adeptes en Allemagne. « Là où il y a des ordures, on trouve aussi des rats, et là où règne la déchéance, il y a aussi de la racaille », déclarait, par exemple, le député berlinois conservateur Klaus-Rüdiger Landowsky en 1997 devant le parlement local.
Les voleurs récidivistes bannis du centre
En 1996, l’ancien ministre fédéral de l’Intérieur, le conservateur Manfred Kanther, avait posé avec son « action sécurité » la première pierre des règlements de rue et des partenariats pour l’ordre public, qui font travailler ensemble firmes de sécurité privées, commerçants et administrations municipales. L’action sécurité affichait pour objectif « la défense de l’ordre public contre les malotrus ». Ses effets sont encore visibles aujourd’hui. Mais c’est surtout par l’interdiction de la mendicité que beaucoup de villes espèrent se débarrasser des indésirables. Pourtant, plusieurs tribunaux ont jugé que la mendicité devait être acceptée comme « un phénomène social ». Reste le concept vague de « mendicité agressive », qui s’est imposé dans les règlements de rue.
D’après une étude de Titus Simon, de l’université de Magdebourg-Stendal, 72 % de 616 villes allemandes interrogées ont indiqué avoir adopté de tels règlements à la fin des années 1990. En 2005, la ville de Cologne a même menacé d’amendes ceux qui fouilleraient les ordures – les sans-abri y cherchaient des bouteilles consignées. Les protestations ont toutefois eu raison de cette mesure.
La ville de Celle, en Basse-Saxe, a été plus loin. Depuis la fin des années 1990, les voleurs à l’étalage récidivistes sont interdits de pénétrer dans l’enceinte de la ville. Si leur logement principal s’y trouve, ils n’ont plus le droit de se rendre dans la vieille ville et le centre. « Nous étions les précurseurs », affirme la porte-parole de la municipalité. Chaque année, la ville de Celle adopte environ 14 de ces interdictions, valables pour un an. L’infraction coûte 250 euros. « En règle générale, ces mesures concernent des toxicomanes », poursuit la porte-parole. La ville ne compte pas abandonner la pratique, même si l’association BAGW l’a jugée contraire à la Constitution. Mais les junkies attaquent rarement en justice les administrations tracassières.
Les gares, des lieux d’échanges comme les autres
Les communes s’en prennent aussi aux sans-abri par des stratégies de construction : systèmes d’arrosage, plans escarpés, bancs bombés, blocs de béton plantés sur les surfaces planes, grilles acérées autour des bâtiments. « Le monde est rempli d’architectures qui rendent la vie difficile aux sans-logis », constate Stephan Nagel, de l’Œuvre diaconale allemande. À Paris, le collectif d’artistes Survival Group s’est donné pour mission le combat contre ce type de mobilier urbain. « L’espace effectivement public est accaparé de manière autoritaire, explique Arnaud Elfort, du Survival Group. Ces installations modifient l’atmosphère sociale. La ville en devient menaçante. »
La politique de répression a toutefois connu un revers juridique en Allemagne, au moins pour les gares. En février dernier, la cour constitutionnelle fédérale a déclaré que les équipements de transport en partie publics restaient « des lieux d’échanges publics ». Concrètement, cette décision a permis à une manifestation de se tenir à l’aéroport de Francfort. « C’est un excellent jugement, selon Wolfgang Hecker, professeur de droit à l’École supérieure de police et d’administration de Hesse. Si le droit fondamental de liberté de réunion est garanti, cela vaut sans aucun doute d’autant plus pour le simple droit de passer un moment dans le gares. » Les conséquences sont claires : « Personne ne peut être refoulé d’une gare simplement parce que qu’il n’est pas inséré dans le concept marketing de la Deutsche Bahn, limité à la consommation et au transport. »
Christian Jakob
Article paru dans Jungle World le 20 octobre 2011. Traduction et adaptation pour Basta ! : Rachel Knaebel

Notes

[1] Ce nombre englobe les personnes hébergées en foyer d’urgence ou dans un logement fourni par les communes sans contrat de location.

http://www.bastamag.net/article1960.html

Comment se désintoxiquer de la langue de bois

Linda Maziz 

Alors que les licenciements sont devenus des plans de sauvegarde de l’emploi, ou que votre banquier se veut votre partenaire, il est temps de se poser certaines questions. Franck Lepage s’est lancé dans cette bataille très politique : celle des mots. Avec d’autres travailleurs socioculturels, lassés des euphémismes et des mensonges du langage du pouvoir, il a lancé une coopérative d’éducation populaire : la Scop Le Pavé. Leurs « conférences gesticulées » sillonnent la France... et la Toile.

 Photo : source

Les vidéos de ses « spectacles » cartonnent sur la toile. La plus connue, « langue de bois » a été vue plus de 500 000 fois sur le Net (Youtube et Dailymotion cumulés). Il s’agit d’un extrait de six minutes d’un one-man show de Franck Lepage, Inculture(s). Ce n’est pas simplement drôle, c’est incroyablement intelligent, à la fois politique et instructif. D’ailleurs, ce n’est pas un sketch. Et Franck Lepage n’est pas un humoriste. Et ce ne sont pas vraiment des spectacles, plutôt des « conférences gesticulées ». La Scop (société coopérative et participative) Le Pavé, qui les produit, n’est pas une troupe de saltimbanques mais une coopérative d’éducation populaire, créée en 2007 par des travailleurs socioculturels, écœurés par le fonctionnement des institutions publiques.
« Je me suis battu pendant plus de dix ans au niveau national pour réhabiliter la question de l’éducation populaire. Et puis j’en ai eu marre. Nous étions plusieurs lassés ne pas pouvoir faire d’éducation populaire, à devoir nous prostituer dans des logiques de projets pour obtenir des subventions. Nous avons alors décidé de créer notre propre machin pour faire exactement ce que nous souhaitions », explique-t-il crûment. Franck Lepage a voulu monter sa boîte, et aussi voulu monter sur scène pour dénoncer « le mensonge de la démocratisation culturelle » : « Cette idée que balancer du fumier culturel sur la tête des pauvres, ça va les faire pousser et qu’ils vont rattraper les riches. »

Le langage, terrain de la lutte de classe

Inculture(s), son « spectacle », est parti de là. Un spectacle hybride, empreint de vulgarisation politique et de décryptage engagé. Une conférence gesticulée. Et cela a cartonné. Au point qu’il n’a plus arrêté et que toute l’équipe du Pavé a dû s’y coller. Aujourd’hui, il existe des conférences gesticulées sur l’école, le management, le travail et les retraites, la fin du pétrole, le sexisme, l’insertion… De son lieu d’ancrage au fin fond de la Bretagne (La Godais, un patelin d’Ille-et-Vilaine), l’équipe du Pavé accompagne aussi chaque année une vingtaine de personnes pour qu’elles puissent réaliser leurs propres conférences gesticulées.

En octobre dernier, Franck Lepage était invité à faire escale à Montreuil, en Seine-Saint-Denis. D’abord pour présenter Inculture(s) 2 (la suite) : « Et si on empêchait les riches de s’instruire plus vite que les autres... Ou comment j’ai raté mon ascension sociale » (voir l’extrait ci-dessous). Il y explique au moyen d’un parapente, devant un public de 250 personnes, comment le système scolaire actuel perpétue invariablement les inégalités sociales. Ensuite pour animer, en compagnie de son homologue Filipe Marques, de la Scop L’Engrenage à Tours, un atelier pratique de désintoxication de la langue de bois. « L’éducation populaire, c’est aussi se réapproprier un langage critique et inventer des modes de résistance au langage positif », qui, selon Franck Lepage, n’est rien de moins qu’un nouveau visage du fascisme, « si on veut bien comprendre le fascisme comme l’élimination de la contradiction ».

Êtes-vous défavorisés ou exploités ?

Des exemples ? Le capitalisme s’appelle désormais développement, la domination se nomme partenariat, l’exploitation se dilue dans la gestion des ressources humaines et l’aliénation a l’apparence d’un projet. « Ces mots, il faut les combattre, parce qu’ils ne sont pas inoffensifs. Ils modifient profondément notre réalité et nous font penser différemment », explique Franck Lepage, en introduction de l’atelier qui a réuni à Montreuil près de 70 personnes.



« Depuis les années 1970, des mots disparaissent et d’autres apparaissent. Ça ne se fait pas comme ça. Le pouvoir mène un travail considérable sur les mots. » Avant tout parce que le langage est un enjeu de lutte et de rapport de force entre classes dominante et dominée. « Avant, les pauvres, on les appelait les exploités. Aujourd’hui, ce sont des défavorisés. Si bien que votre perception n’est pas la même suivant qu’on utilise l’un ou l’autre terme. » Pourquoi ? « Dans un cas, vous pouvez penser la situation de la personne non pas comme un état, mais comme un processus qui s’appelle l’exploitation, avec nécessairement un exploiteur quelque part. Dans l’autre cas, le pauvre, c’est simplement quelqu’un qui n’a pas eu de bol, parce que le processus de “défavorisation”, ça n’existe pas, et les “défavorisateurs” non plus. C’est ce qui fait toute la différence. »

Votre patron : un collaborateur ou un partenaire ?

Pour mieux se convaincre de la perversité du capitalisme, il suffit, poursuit Lepage, d’observer l’évolution des ouvrages de management, qui font office de référence en matière d’idéologie des puissants. « C’est la théorie de Luc Boltanski et d’Eve Chiapello, deux sociologues qui, dans Le Nouvel Esprit du capitalisme, ont cherché le mot qui revenait le plus souvent dans les manuels de management. En 1960, c’est le mot hiérarchie. Vu que les bouquins s’adressent à des dirigeants, ça paraît logique. Dans les ouvrages des années 2000 – surprise !–, le mot a disparu. Pourtant, la hiérarchie n’a pas disparu des entreprises. C’est simplement qu’on ne peut plus la nommer. Alors, à votre avis, quel est le mot qui l’a remplacé, et arrive maintenant en tête de liste ? » Dans la salle, chacun y va de sa proposition. « Participation ? Compétiton ? Collaboration ? Partenariat ? » Il y a de l’idée, mais ce n’est pas cela. « Alors vous aussi, vous sentez le piège quand on vous dit que votre patron, c’est votre collaborateur, et que votre banquier, c’est votre partenaire », ironise Lepage avant de livrer la solution. « Cela va vous surprendre, ce mot, c’est projet. Et ça, ça veut dire qu’aujourd’hui c’est lui notre nouvel ennemi. »

Pour combattre efficacement un ennemi, il faut d’abord le connaître, savoir d’où il vient et comment il se manifeste. Et nul besoin de chercher bien loin. Il suffit de se remémorer ses cours de français au chapitre « figures de style » pour décoder le mécanisme de la langue de bois. Rien de tel donc, qu’une petite séance de révision collective : « On démarre avec les euphémismes. Pour mémoire, cela sert à atténuer une réalité sociale pour nous la rendre moins violente. Je vous écoute », lance Filipe Marques, en prenant position au tableau. Dans le public, tout le monde semble se prendre au jeu. « On ne dit plus “vieux”, on dit “senior” », lance quelqu’un. « Cela, c’est magique, remarque l’animateur. Parce que dans notre esprit, un senior, c’est un vieux qui bouge encore. Avant, on parlait de personnes âgées, et puis on s’est rappelé que ça voulait dire vieux. Alors, c’est devenu troisième âge. Et maintenant c’est senior, mais ça peut encore évoluer. »

Vous êtes plutôt croissance négative ou discrimination positive ?

D’autres exemples suivent : les pays sous-développés, qui sont devenus les pays en voie de développement, puis les pays émergents. Les aveugles qui sont devenus les non-voyants, les chômeurs qui sont devenus des demandeurs et même des prospecteurs d’emploi (et maintenant des candidats à l’emploi, dixit le site de Pôle emploi). On pourrait y passer la journée, mais il y a encore plein d’autres figures de style à étudier. On passe à l’hyperbole, où chacun s’accorde à dire que « qualifier de prise d’otages une grève des transports, c’est vrai que c’est quand même un peu exagéré. »

Au tour de l’oxymore. « C’est la juxtaposition de deux réalités contradictoires, rappelle Filipe Marques, pédagogue. L’idée, c’est de mettre un terme positif à côté d’un terme négatif pour lui conférer une connotation sympathique. Ça fonctionne d’ailleurs très bien, et c’est pour ça que c’est une des principales catégories politiques », poursuit-il, en inscrivant au tableau les trouvailles de chacun : développement durable, discrimination positive, entreprise citoyenne, croissance négative... « Prenez l’égalité des chances, par exemple, intervient Lepage. Si on prend le temps d’y réfléchir calmement, on s’aperçoit que ça veut précisément dire inégalité. En gros, ça revient à dire que le lapin et la tortue, ils ont la même ligne de départ. » Après l’oxymore, on en vient naturellement au pléonasme, où l’on continue de bien s’amuser avec la démocratie participative, le lien social ou encore la solidarité active.

Licenciements collectifs ou plan de sauvegarde de l’emploi ?

Et la liste est encore longue ! Il y a même une catégorie qui n’est pas répertoriée dans la littérature française, mais très en vogue en langue de bois. Dans le lexique de l’éducation populaire, ils appellent ça des « technicisateurs ». « Il s’agit en fait de renommer de manière technique et moderne une réalité, afin de la revaloriser de manière tout à fait symbolique, en faisant croire qu’elle s’est modifiée. Plus insidieusement, ça permet aussi de passer d’une obligation de moyen à une obligation de résultat », définit Franck Lepage. Et voilà comment un balayeur devient technicien de surface, comment un distributeur de sacs poubelle devient un ambassadeur du tri ou une caissière un agent d’accueil. On s’attarde encore un peu sur la magie des anglicismes et sur la coolitude de « brainstorming, coach, team-manager et briefing ». Même chose pour les sigles, excellent moyen de faire oublier la réalité qu’ils recouvrent.

À regarder le tableau se remplir et à réaliser tous ensemble qu’aujourd’hui un licenciement collectif s’appelle un plan de sauvegarde pour l’emploi, on se dit que George Orwell dans 1984 (publié en 1949) avait déjà tout compris. Pas question d’en rester au stade du simple constat. Les révisions terminées, les participants sont tous invités à perfectionner leur pratique et leur connaissance de la langue de bois en se prêtant par petits groupes à une série d’exercices, telle que la traduction d’un article de presse en y supprimant les effets de langage, la rédaction d’une lettre de licenciement en hyperlangue de bois ou encore la réalisation d’un « ridiculum vitae »… (Un détour sur le site d’Attac, où sont répertoriés les différents travaux, est vivement conseillé…)

Résister par l’humour

« Tout ça, c’est super, parce qu’on s’aperçoit qu’on est tous lucides sur le phénomène, mais, concrètement, comment fait-on pour résister ? », interroge un participant. Car c’est bien là tout l’enjeu de cet atelier d’éducation populaire. « La première chose, c’est essayer de réinstaurer un rapport de force en se réappropriant ce langage dont on nous a privés, en appelant un chat un chat. Organisez des ateliers autour de vous, maintenant que vous avez vu comment cela fonctionne », répond Franck Lepage. Vidéos et outils méthodologiques sont disponibles sur le site Internet de la Scop Le Pavé. « Plus il y aura de gens désintoxiqués, plus nombreux seront ceux qui auront envie de résister. »


Et s’il y a quelque chose qui semble se combiner à merveille avec l’éducation populaire et que Franck Lepage manie à la perfection, c’est bien la résistance par l’humour. « Il y a un truc marrant à faire et que vous pouvez tester lors des vœux du maire, en assemblée générale, au prochain séminaire ou comité de votre entreprise, c’est de préparer des petits cartons sur le modèle des grilles de loto, où vous inscrivez des séries de concepts opérationnels, et que vous distribuez à des collègues complices. Le premier qui remplit sa grille a gagné et se lève pour crier “Bingo !” »

http://www.bastamag.net/article1923.html
Related Posts with Thumbnails