À procura de textos e pretextos, e dos seus contextos.

12/11/2011

La crise de la dette publique et ses solutions résumées en une page (serrée)

Jean Gadrey

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crise-dette-une-pagevf.pdf
1. Les deux grandes causes (liées) de l’excès d’endettement public
- avoir confié aux marchés financiers (= les gros spéculateurs du monde et leurs banques privées) l’essentiel de la création monétaire, dont le crédit aux États endettés à des taux d’intérêt devenus usuraires (dette insoutenable). En France, Pompidou et Giscard le décident en 1973. En Europe, Maastricht (1992) et les traités ultérieurs interdisent à la BCE de prêter directement aux États. Sans les charges d’intérêt accumulées fixées par ces marchés, ou avec des taux d’intérêt très faibles, aucun État européen n’aurait de dette insupportable !
- des inégalités démesurées. L’excès de richesse des très riches alimente la spéculation sur tout. Ils peuvent rafler la mise (intérêts) des crédits aux États et gagner de l’argent quand les dettes explosent, via des produits financiers faits pour cela. Ils « jouent » un pays après l’autre, après avoir joué sur l’immobilier américain, sur les produits alimentaires mondiaux, le pétrole ou les matières premières.
Ces inégalités ont été délibérément construites par les gouvernements et le patronat néolibéraux via une fiscalité de classe (cadeaux et niches pour riches), une part croissante de la valeur ajoutée allant aux profits non réinvestis (dividendes), avec un rapport de force en leur faveur « grâce » au chômage de masse. Les très riches sont doublement gagnants : moins d’impôts, plus de profits spéculatifs sur des dettes publiques creusées en partie par ce « moins d’impôt », en partie par les charges d’intérêt des emprunts.
Ces causes sont liées : c’est la ploutocratie mondiale qui a poussé à la libéralisation de la finance, à la privatisation du crédit aux États et à l’explosion de la grande richesse.
2. Des causes complémentaires : paradis fiscaux, culte de la croissance, concurrence entre territoires
- L’existence des « enfers fiscaux », une création des mêmes acteurs, prive les États de recettes énormes. Rien que pour l’UE, entre 1500 et 2000 milliards d’euros sont ainsi mis à l’abri de toute fiscalité.
- Le culte de la croissance et la concurrence entre territoires sont à l’origine de « grands projets nuisibles » au Nord comme au Sud : dépenses de prestige et militaires, certains grands équipements et infrastructures, grands stades, ports et aéroports surdimensionnés… Une partie de la dépense publique est illégitime pendant que des volets essentiels au bien vivre, des biens communs, sont sacrifiés et exigeraient beaucoup plus de moyens.
3. Les solutions s’en déduisent, mais elles impliquent des mobilisations contre « le mur de l’argent »
À court terme (dès 2012)
1) obliger la BCE à prêter directement aux États en difficulté et annuler la partie illégitime de leurs dettes sur la base d’audits citoyens. Cela couperait les ailes aux marchés et à leurs agences. On y viendra, sauf éclatement dramatique de l’Europe. Mais en cas de refus dans l’immédiat, des solutions nationales existent, sans quitter l’UE ni l’euro. On en trouve par exemple dans le livre de J. Généreux « Nous, on peut ! » (p. 121 et suiv.) - mais elles supposent un bras de fer donc un rapport de forces à construire - et dans les propositions d’Alain Grandjean et de la FNH (passer par un organisme public national de crédit qui pourrait légalement emprunter à la BCE).
2) Une réforme fiscale réduisant fortement les écarts de revenu et de patrimoine, par le bas et par le haut. Cela s’est fait dans le passé, en France comme aux Etats-Unis. On peut en attendre, sans invoquer la croissance, 100 milliards d’euros par an pour la solidarité nationale, pour revenir à une dette raisonnable et pour les investissements matériels et humains d’une transition écologique et sociale créatrice d’emplois.
3) Une séparation des banques d’affaires et des banques de dépôt. L’idée progresse nettement.
4) Une taxation des transactions financières en commençant par l’UE. On y vient, mais pas assez vite.
5) L’interdiction des produits financiers à risques systémiques ou revenant à faire des paris sur les cours de biens essentiels ou sur les pertes d’autrui. On y vient, trop lentement.
À moyen terme (2012-2014)
1) Socialiser les banques ou les nationaliser/démocratiser pour les mettre en dehors de tout pouvoir d’actionnaires privés. La monnaie et le crédit comme biens publics. Renationaliser le financement de la dette au sens de J. Généreux (p. 99).
2) Des mesures (à débattre) de contrôle des capitaux.
3) en finir avec les paradis fiscaux en s’appuyant au départ sur la reprise en main des banques nationales et européennes.
4) Une politique de partage du travail (décent) et de création d’emplois d’utilité écologique et sociale mettant fin aux impacts sociaux délétères du chômage.
En complément de cette page vous pouvez consulter une autre page qui figure sur mon blog, billet du 29 octobre 2008. Il s’agit d’un tableau de synthèse des grandes transformations politiques et économiques de 1950 à 2008 et des facteurs explicatifs d’une crise systémique qui, en 2008, n’avait pas encore touché les dettes publiques. Ce lien vous permet de la télécharger.
tableau-crise-50-08.pdf

http://alternatives-economiques.fr/blogs/gadrey/2011/11/12/la-crise-de-la-dette-publique-et-ses-solutions-resumees-en-une-page-serree/#more-288

Trabalhadores de todo o país manifestam-se hoje em Lisboa

As três estruturas sindicais da administração Pública que convocaram a manifestação nacional esperam ter muitos milhares de trabalhadores na rua, apesar da previsão de chuva, tendo em conta a indignação que dizem tem sido demonstrada pelos trabalhadores nos locais de trabalho.
A Frente Comum dos Sindicatos da Administração Pública (CGTP), a Frente Sindical da Administração Pública (UGT) e o Sindicato dos Quadros Técnicos do Estado decidiram unir-se no protesto e sair para a rua em conjunto, como não acontecia há vários anos.
O congelamento salarial de 2010, o corte salarial médio de cinco por cento deste ano, a colocação de trabalhadores em mobilidade especial, um sistema de avaliação deficiente e a alteração das regras de aposentação semearam o descontentamento entre os funcionários públicos, argumentam os sindicatos.
Mas foi o anúncio da manutenção do corte salarial e da retirada dos subsídios de férias e de Natal nos próximos dois anos que levou os sindicatos da CGTP e da UGT a esquecerem as diferenças de postura e a marcarem uma manifestação nacional para hoje numa tentativa de travar as intenções do Governo.
A coordenadora da Frente Comum, Ana Avoila, disse à agência Lusa que acredita que "vai ser uma grande manifestação" mas reforçou o apelo para que os trabalhadores da função pública saiam à rua neste dia de manifestação nacional para lutar pelos seus direitos.
“Que venham para a rua, que lutem, que se indignem, porque só com a luta se pode travar a ofensiva contra os trabalhadores da administração pública”, disse a coordenadora da Frente Comum.
Para o coordenador da Frente Sindical da Administração Pública (FESAP), Nobre dos Santos, a participação na manifestação é uma forma de contestar os “brutais cortes salariais e a suspensão dos subsídios de férias e de Natal".
"Vivemos uma situação muito difícil e os trabalhadores têm de se manifestar, têm de se rebelar contra este estado de coisas", disse Nobre dos Santos à agência Lusa.
As estruturas sindicais da função pública vão unir-se de novo na greve geral marcada pelas duas centrais sindicais – CGTP e UGT – para 24 de novembro.

http://noticias.sapo.pt/nacional/artigo/trabalhadores-de-todo-o-pais-manifestam-se-hoje-em-lisboa_1560.html

Fanon et l’histoire africaine : Est-ce possible d’humaniser une histoire déshumanisante ?

Jacques Depelchin

Il y a une habitude à embellir l’histoire de l’esclavage, dans une sorte d’humanitarisme qui vise à altérer, atténuer voire tomber dans le négationnisme pour ce qui constitue le plus grand crime contre l’humanité. A travers Fanon, Cheikh Anta Diop et d’autres, Jacques Depelchin évoque le refus «de gérer une narration qui maintienne un formatage imposé par la soumission consciente et/ou inconsciente à une obligation d’humaniser le capitalisme et son histoire». Pendant que je relisais Fanon en me demandant ce qui fait sortir sa trajectoire et ses écrits du lot des travailleurs de, et sur, l‘émancipation, j’ai rencontré le livre de Marcus Rediker MR, « The Slaveship: A Human History ». (1) Le titre m’avait tout de suite perturbé. Est-il possible de narrer un processus de déshumanisation, tel que l’esclavage Atlantique, au cours duquel celle-ci s’est faite, entre autres endroits, dans les navires négriers, et l’appeler une histoire humaine ? MR, sans l’expliciter en clair, et, peut-être dans son subconscient, est persuadé que dans l’histoire de l’esclavage il y a moyen d’en extraire les éléments qui sont les racines « civilisatrices » de ce qui adviendra, plus tard, avec le colonialisme, l’apartheid, la globalisation.

Cette habitude d’embellir une histoire comme celle de l’esclavage (de la colonisation ou de la globalisation aujourd’hui) peut s’expliquer de plusieurs manières, comme, par exemple, par l’abolitionnisme, qui, outre d’autres faits, vise à démontrer que le capitalisme est « essentiellement » bon, démocratique, humanitaire, et toujours prêt à corriger ses excès. (2)

L’humanitarisme véhiculé depuis l’abolition de l’esclavage, et renforcé depuis la fin de la 2ème Guerre Mondiale, fonctionne aujourd’hui comme fonctionnait jadis l’idéologie de la mission civilisatrice pendant la colonisation. Ainsi la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, votée en 1948 à l’Assemblée Générale des Nations Unies, a fini par être instrumentalisée afin de servir les intérêts des pays colonisateurs, des Etats-Unis d’Amérique, pour asseoir leur supériorité politique, économique, morale. (3) En se présentant comme les défenseurs de l’humanité, ils se sont créés un masque qui voile les crimes contre l’humanité. La militance de Fanon pourrait être résumée comme visant constamment à faire tomber ces masques.

Il n’est pas possible, dans le présent espace, de passer en revue les réflexions survenues à la lecture du Navire Négrier –une histoire humaine. Ces réflexions, ces questions sont faites en écho à la militance de Fanon. Saura-t-on jamais à quel point l’usage du Navire Négrier (et toutes les pratiques, tous les préjugés qui l’ont entouré) a-t-il préparé le terrain de la mentalité nazie de la 2ème Guerre Mondiale ? N’est-il pas possible de voir des liens entre l’impact psychique des navires négriers sur tous les voyageurs durant plusieurs siècles et celui qui se répercutera dans la Shoah ?

Le seul fait que la Shoah ait eu lieu au 20ème siècle pourrait-il être expliqué par le fait qu’un autre processus d’acceptation d’un crime contre l’humanité avait été mis en route plus tôt, sans objections et avec impunité. Nous l’avons déjà dit ailleurs, les génocides sont spécifiques et génériques. (4) La question n’est pas de comparer les génocides non certifiés et ceux qui ne le sont toujours pas. La question est de comprendre comment la mentalisation du nègre « bien meuble » (comme présenté dans le Code Noir, par exemple) (5) est devenue partie intégrante d’habitudes subconscientes de toujours penser « bien meuble » quand l’Afrique est mentionnée, jusqu’en ce 21ème siècle.

Les défenseurs irréductibles du maintien de ces habitudes sont les bénéficiaires du système né sous l’esclavage, et maintenu jusqu’aujourd’hui, sous d’autres noms. Le résultat le plus durable de cette mentalisation est d’effacer le fait qu’il y a eu un crime contre l’humanité. Un crime dont la mesure, jusqu’aujourd’hui, n’a toujours pas été saisie. N’en déplaise aux historiens qui tiennent absolument à la compartimenter, l’histoire de l’humanité ne se découpe pas en tranches. L’objectif non avoué de cette division est de prétendre que l’histoire européenne n’a pas été éclaboussée par les crimes contre l’humanité.

Cette histoire européenne, comme vient de le sous-entendre, très récemment, Pierre Nora, doit restée pure. (6) Cette logique découle en droite ligne de l’idéologie civilisatrice employée aux fins de colonisation, enrobée de bonnes intentions. Le sous-entendu de la colonisation civilisatrice était que tous les colonisés finiraient par vouloir faire partie du monde idéalisé du colonisateur. À quel point cette idéologie a réussi peut se vérifier non seulement en Afrique, mais aussi au Brésil où, pour beaucoup de Noirs, il est préférable de se voir le plus proche possible du Blanc et des caractéristiques qui définissent le Blanc. Si on transfert ce désir de blanchiment de la peau au blanchiment de l’histoire, un constat semble s’imposer : il est préférable, par exemple, quand on parle d’Haïti (ou de l’Afrique), de se déclarer/ranger du côté de Napoléon (qui restaura l’esclavage) plutôt que du côté de Toussaint-L’Ouverture.

Au niveau de l’universalité des révolutions, la fin de l’esclavage à Haïti (1791-1804) pèse peu dans les mémoires Africaines par rapport à la France de 1789. (7)
D’une manière générale, la pratique des historiens face à ce crime (l’esclavage) reste la même. Elle peut se résumer et s’imaginer de la manière suivante, au niveau du subconscient : « Nous avons tous bénéficié du capitalisme. Les abolitionnistes ont démontré que le système pouvait s’auto corriger. Notre travail (d’historien) est de démontrer que ce système n’était pas criminel » (8). Par contre, les pratiques (politiques, médicales, sociales, culturelles) de Fanon visaient à transformer les rapports hérités de l’esclavage/colonisation et vers la création d’un contexte libérateur de l’humain.

Pour Fanon, il fallait libérer l’homme. Même s’il parlait en psychiatre, sa pensée et ses pratiques avaient été façonnées par une conscience dont les racines seront toujours difficiles à appréhender, sinon en admettant que les pulsions émancipatrices décrites à partir de la vie d’une personne peuvent être comprises comme touchant tous les être humains de différentes manières et à des degrés divers d’intensité.

Tout en acceptant que Fanon, sa pensée, sa vision, les motivations de sa militance resteront insaisissables, justement parce que toujours en mouvement, proposons un petit exercice de fiction car, comme Fanon, nous sommes confrontés, 50 ans après sa mort, à une situation identique : la nécessité de libérer l’humain. Cette nécessité se ressent de manière différente parmi les responsables de l’enfermement et les emprisonnés. Du point de la libération des humains, on peut avancer que des indépendances africaines (et de la fin de l’apartheid) sont sortis des feux de paille. Beaucoup d’entre nous admirent Fanon, mais la toute grande majorité préfère décrire, analyser, décortiquer ce qu’il a fait plutôt que de poursuivre sur les pistes qu’il avait ouvertes. D’admirateurs beaucoup sont devenus des gestionnaires de la pensée de Fanon. Alors que Fanon était tout, sauf un gestionnaire.

De la Martinique à l’Afrique, son parcours fait penser au « Cahier d’un retour au pays natal » de Césaire, une auto-analyse individuelle et collective, par la poésie. La singularité de la trajectoire adulte de Fanon (juste après la 2ème Guerre Mondiale-1961) est d’avoir toujours dérangé les consciences qui, en principe, auraient dû se féliciter et/ou se sentir encouragées. (9) Comme pour Césaire, Fanon s’était senti à l’étroit en Martinique. Cette même pulsion (énergie/flux de la conscience ?) le fit quitter Paris pour Lyon, pour se tenir à l’écart des autres Antillais concentrés à Paris. Pour sa thèse de psychiatrie, il avait pensé à PNMB, mais il dût se soumettre aux ordres de la Faculté (un parcours qui rappelle celui de Cheikh Anta Diop, quand la Faculté rejeta son travail qui deviendra, plus tard, « Unité Culturelle de l’Afrique Noire »). (10).

Nommé à la clinique de Blida-Joinville en Algérie, il s’y est senti à l’étroit et a pensé que les patients méritaient un traitement qui les libérerait du traitement imposé par les bien pensants de la faculté. Une fois qu’il avait rejoint le FLN, là aussi, sa conscience le poussa constamment non pas vers les « prétoriens », mais vers les plus démunis, avec un compagnon de route, Abane Ramdane, qui sera assassiné pour son insistance sur la suprématie de la politique sur les militaires. (voir la note 6, ci-dessous)

La conscience de Fanon fonctionnait au-delà de son corps physique en ce sens qu’elle s’était alimentée des autres consciences (à la recherche de l’émancipation) qui l’entouraient, quel que soit l’endroit où il se trouvait. Quelques mois avant sa mort, Fanon dira à un ami qu’il avait deux morts sur la conscience, Abane Ramdane et Patrice Lumumba. (11)

LUMUMBA ET LA CONSCIENCE POLITIQUE CONGOLAISE

À quelques semaines (28 novembre 2011) d’une élection présidentielle en République Démocratique du Congo, les militances de Fanon, de Lumumba alimentent-elles encore les consciences à la recherche d’émancipation ? À quel degré, avec quelle intensité ? Conscient des ses propres limites, Fanon prédisait la continuation de la prise en charge du défi par une autre génération.

Sans aucun doute l’émancipation adviendra car l’humanité, contrairement à l’humanitarisme, aura toujours soif de liberté. L’humanitarisme, un sous-produit de l’abolitionnisme, vise à reproduire une fausse militance alimentée par un moralisme caritatif. Cet humanitarisme-là (de gestion de l’ordre établi) est celui qui se présente, sous formes d’ONG, pour combattre la pauvreté, sous-produit direct de l’expansion incontrôlée et incontrôlable du capitalisme, autrefois appelé colonialisme civilisateur. L’abolition de l’esclavage et les pratiques qui en ont découlé nous apparaissent aujourd’hui comme des processus de blanchiment de l’histoire africaine, de blanchiment d’un crime contre l’humanité.

Oui, l’héritage de Fanon est vivant, parfois il semble même vibrant. Mais, en même temps, il ne serait pas exagéré de reconnaître que cet héritage est loin en deçà de ce que les plus concernés, « Les damnés de la terre », étaient en droit d’exiger. Au niveau de la production et reproduction de l’histoire africaine, Fanon surgit au moment où (1957-1960), comme discipline universitaire reconnue, l’histoire africaine prend son essor. Si Fanon avait été historien, il aurait pu prédire que l’écriture universitaire (« africaniste ») de cette histoire suivrait les traces des maîtres à penser européens convaincus que la seule histoire africaine possible ne pourrait être contée que derrière un masque. Le masque permettrait, d’une part, d’affirmer l’existence académique de la discipline tout en s’assurant, d’autre part, que la direction et la problématisation de cette même histoire ne sortent pas des sentiers battus, ou, pour être plus clair, que l’histoire africaine ne soit pensée, écrite au-delà des horizons, des limites imposés par la colonisation. L’Afrique et son histoire ne pouvaient exister que par l’Europe et, donc, pas au-delà des cinq siècles durant lesquels l’esclavage a dominé avant d’ouvrir le chemin à la colonisation. Au niveau de l’histoire, quelle que soit cette histoire, la suprématie (dans tous les domaines) des colonisateurs a cherché à dicter comment aborder cette histoire.

Face à cette imposition, il y eut, du temps de « Peau noire, masques blancs » (PNMB) et des « Damnés de la terre », l’exceptionnel et retentissant refus de Cheikh Anta Diop de se soumettre à la mascarade proposée. Il serait oiseux de savoir, en ces temps où l’impression dominante est que la mascarade a triomphé, lequel des deux héritages, de Fanon ou de Diop, est le plus vibrant. Car les deux furent des pionniers de l’émancipation des consciences de l’humanité et non seulement des consciences des Africaines et des Africains. En ces temps formatés par l’héritage des Lumières, mais où l’humanité est en train de sombrer dans l’obscurantisme, il importe de rappeler que l’universalisme libérateur de l’humain de Cheikh Anta Diop et de Fanon allait loin au-delà des limites de l’universalisme colonisateur des philosophes du Siècle des Lumières.

Il s’agit d’attirer l’attention sur les limites d’un abordage de l’histoire « à partir du bas », tel que proposé par MR, comparé à une histoire qui serait contée, en s’inspirant de Fanon, « de l’intérieur ». Par exemple, un historien (du génocide des Amérindiens) comme David E. Stannard (The American Holocaust. Oxford University Press. 1992) a démontré comment il est possible d’éclairer l’histoire de l’humanité en refusant d’humaniser une histoire qui devrait être appelée génocidaire. Cette négation des historiens (et d’autres spécialistes des sciences humaines) de questionner la nature génocidaire de l’histoire de l’esclavage (tant Atlantique qu’oriental) en Afrique ne peut que renforcer le refus de désapprendre (ou de se défaire des mentalités) la mentalisation produite par le Code Noir et d’autres codes non nommés mais qui opéraient/opèrent à partir des mêmes prémisses, et/ou des mêmes préjugés, visant à toujours déshumaniser les gens venant d’Afrique.

Fanon n’était pas un gestionnaire de l’ordre établi, mais au niveau de l’histoire africaine, les pratiques de l’enseignement et la recherche sont dominées par un souci de gérer une narration qui maintienne un formatage imposé par la soumission consciente et/ou inconsciente à une obligation d’humaniser le capitalisme et son histoire. La recherche persistante d’humanisation d’un système construit sur la déshumanisation d’une partie de l’humanité ne vient pas seulement des historiens ou des experts dans les autres disciplines des sciences sociales, humaines, elle vient aussi d’un accommodement conscient, inconscient, subconscient à des préjugés dictant des comportements de soumission au lieu de la révolte des consciences prônée, mais oubliée par le préambule et le premier article de la Déclaration Universelle des Droits Humains.

Les rejets, en conscience et sans compromis, de tels accommodements, comme « Discours sur le colonialisme » (Aimé Césaire), sont rares et ne peuvent, dans le contexte actuel, concurrencer l’impact, au niveau du subconscient, le discours triomphant du capitalisme, martelé, sans arrêt, sur plusieurs siècles. Le contraire serait surprenant. En ces temps-ci (octobre 2011), ne faudrait-il pas voir dans l’impunité des rois, princes et autres dictateurs de la finance, une des séquelles les plus visibles de l’accommodement à l’humanisation d’un système connu pour sa déshumanisation des Amérindiens, des Africains et de toutes celles qui aujourd´hui sont traitées comme des membres dispensables de l’humanité: les chômeurs, les violées, les Intouchables, les Pygmées, les enfants de la rue, les enfants soldats, les sans terre, les pauvres.

La colonisation combattue par Fanon en Algérie était née d’un système déshumanisant, non seulement à travers son impact direct, mais aussi dans ses séquelles secondaires encourageant l’acceptation de crimes contre l’humanité quand ces crimes étaient/sont perpétrés par les puissances qui ont le plus bénéficié de l’esclavage et de la colonisation de l’Afrique et d’autres territoires de la Planète.

Pour humaniser l’esclavage, MR recourt à une description aussi minutieuse que possible des résistances et des insurrections sur les navires négriers. Comme tous les historiens de conquête, une des préoccupations de l’auteur est de trouver dans l’esclavage « des aspects positifs » : l’apprentissage d’une nouvelle langue (anglais), d’une nouvelle solidarité, d’un nouveau langage de résistance ; comme si, avant l’expérience du Navire Négrier, les Africains n’avaient pas démontré des qualités d’êtres humains ayant soif de liberté. Des lecteurs pourraient se demander, à la lecture du texte de MR, si les Africaines et leurs compagnons n’ont gagné conscience de leur humanité que par la rencontre avec l’Europe.

Loin de moi l’idée que MR puisse se trouver sur la même longueur d’onde que Bush père ou fils quand ils se présentent comme les grands valorisateurs/inventeurs de la liberté. Et pourtant, sans forcer, cette lecture biaisée de ce que les Africains ont appris sur les Navires Négriers est possible : la notion de liberté n’aurait pas existé avant ce contact annihilateur avec l’Europe. On retrouve ici le thème favori des apologistes de la colonisation qui préfèrent n’y voir que du positif, et alléguer que les violences étaient des exceptions. (12)

MR ne fait aucune mention des navires négriers français. Est-ce parce que son projet d’humanisation d’une histoire inhumanisable n’était possible qu’en se focalisant sur les archives des activistes de l’abolition, en Angleterre ? Comme Primo Levi et d’autres survivants des camps l’ont démontré, là où il y a des humains on trouvera matière à des histoires humaines, mais de là à faire de l’histoire des camps, de sa gestion quotidienne, une histoire humaine, il y a une marge qui ne se traverse pas à moins de faire partie des négationnistes.

MR s’étonne que les historiens de l’esclavage aient préféré aborder leur thème à partir des archives statistiques. Mais, sans s’en rendre compte, MR reproduit le même biais en refusant de sortir du schéma qui réduisait l’être humain à un objet meuble. L’auteur lui-même essaie de répondre, sans y parvenir vraiment, à la question centrale de savoir quel est le biais qui empêche ou a empêché les historiens de visiter le processus qui a préparé les mentalités européennes à discriminer contre les Amérindiens et les Africains. Curieusement, MR ne cherche pas à pousser très (trop ?) loin son questionnement du manque d’intérêt des historiens vis-à-vis des navires négriers, et, surtout, de ce qui s’y passait à l’intérieur.

Ce pas a déjà été fait au niveau de la fiction comme, par exemple, mais pas seulement, l’écrivain Ghanéen Ayi Kwei Armah l’a fait dans son « Two Thousand Seasons ». D’autres l’ont fait. Est-il tellement difficile aux historiens de chercher à analyser l’impact d’une torture physiquement et psychiquement incommensurable sur des passagers qui se savaient et ne cessaient de se réclamer être humains ?
Tôt ou tard, des personnes (préparées comme Fanon) entreront de plain pied dans ces navires négriers et dans les consciences pour nous conter comment le bras-le-corps s’était passé, comment les conséquences se sont répercutées par-delà les siècles à travers les générations, dans les consciences et les subconsciences. Cette analyse-là exigera, comme celle de Fanon avec le colonialisme, ses impacts et ses séquelles, une confrontation sans compromissions, ancrée dans la conviction que l’humain doit être libre.

En conséquence, il faudra, une fois pour toutes, se défaire de cette notion qu’avant le contact avec l’Europe, l’Africain n’avait aucune notion de ce qu’était la liberté, les modes multiples de résistance contre l’oppression et l’exploitation de toutes sortes.

L’espoir est qu’à travers cette démarche, les historiens soient amenés à reconnaître, en conscience, que la conquête des Amériques, l’esclavage Atlantique constituent des crimes contre l’humanité, imprescriptibles au niveau des lois et de la conscience. Les personnes de conscience devront faire face à la guerre qui continue au niveau de la mentalisation des consciences pour que celles-ci se soumettent et acceptent d’être autres que ce que leurs consciences leur dictent. Le devoir de mémoire des personnes de conscience devra répondre affirmativement à Pierre Nora, et à d’autres qui en doutent, que la colonisation est coupable d’un crime dont la hauteur nous échappe encore. Cette profondeur du crime nous échappera tant qu’íl y aura refus de reconnaître que quand les Africains étaient terrorisés, ils murmuraient, pour eux-mêmes, et très probablement pour les visiteurs, « comment pouvez-vous faire ceci [ce crime contre l’humanité] à des être humains ? »

NOTES
1.) Dans l’édition que j’ai lue (Penguin Books, 2008) les accolades pleuvent, venant des plumes bien connues : Robin Blackburn, Alice Walker, etc. Un des élogieurs allant jusqu’à comparer Marcus Rediker à Herman Melville.


2.) L’abolition de l’esclavage fut un grand pas dans la libération de l’humain, mais l’objectif politique était aussi de couper court à l’émancipation des esclaves par les esclaves. L’abolitionnisme ressemble à l’humanitarisme dans la mesure où ce dernier cherche à imposer une défense de l’humanité telle que comprise par des pays qui avaient commis et, pour certains, continuent de commettre des crimes contre l’humanité.


3.) Sauf que cette déclaration est laissée pour inexistante puisqu’en apparence, elle ne stimule plus les consciences à se révolter comme dans son préambule et son article premier.


4.) Jacques Depelchin, « Silences in African History : Between the Syndromes of Abolition and Discovery ». Dar es Salaam : Mkuki na Nyota. 2005.


5.) Sur cette question de la mentalisation de l’esclavage du côté de ceux qui en ont le plus bénéficié, le meilleur ouvrage rencontré pour nous reste celui de Louis Sala-Molins, « Le Code Noir, ou le calvaire de Canaan ». PUF. Paris. Réimpression de la quatrième édition « Quadrige ». 2007.


6.) C’est ainsi que je comprends le plus récent article de Pierre Nora : « La question coloniale : une histoire politisée » paru dans Le Monde du 15 octobre 2011. Accès le 16 octobre 2011 : http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/10/15/la-question-coloniale-une...


7.) Pour se rendre compte du déséquilibre, il suffit de lire l’article de Serge Halimi, « Éloge des révolutions. » Le Monde Diplomatique (édition française et brésilienne) Mai 2009. Pas un mot n’est dit sur ce qui s’était passé de 1791 à 1804 à Haiti. Comme si l’abolition de l’esclavage, comme révolution, ne comptait qu’aux yeux des esclavagistes.


8.) Comme Fanon lui-même l’a rappelé dans son essai « Médecine and Colonialism » tout n’était pas négatif, mais le contexte imposé exigeait soumission sans condition, d’une part, et autorité inquestionable d’autre part. Voir Frantz Fanon, A Dying Colonialism, New York : Grove Press. 1967. p. 121-145.


9.) Alice Cherki, dans « Frantz Fanon : portrait », fournit une description convaincante de cette singularité et de la manière dont Fanon confrontait les obstacles des gestionnaires de la pensée politique, médicale.


10.) Répondant aux exigences de l’académie, Fanon rédigera « Troubles mentaux et Syndromes psychiatriques dans l’hérédo-dégénérescence spinocérébelleuse : un cas de malade de Friedrich avec délire de possession », thèse de médecine, Lyon, 1951.
De son côté, Cheikh Anta Diop proposera une thèse de doctorat sous la direction de Gaston Bachelard qui sera enregistrée à la Sorbonne en 1951, mais devra être abandonnée faute de pouvoir réunir un jury. Ce travail sortira en décembre 1954 sous le titre « Nations nègres et Culture – De l’antiquité nègre égyptienne aux problèmes culturels de l’Afrique noire d’aujourd’hui ». Le 9 janvier 1960, Cheikh Anta Diop défendra finalement sa thèse (principale) « Étude comparée de systèmes politiques et sociaux de l’Europe et de l’Afrique, de l’Antiquité à la formation des États modernes ». Le titre de la thèse complémentaire « Domaines du patriarcat et du matriarcat dans l’Antiquité classique » fit dire à Marcel Griaule, qui fut le promoteur de la première thèse complémentaire , (Qu’étaient les Égyptiens prédynastiques ?) : « Le sujet que vous vous imposez n’est rien moins que planétaire et de nombreux spécialistes vous tomberont sur le dos comme la première fois. » Voir Cheikh M’Backé Diop, « Cheikh Anta Diop, L’homme et l’œuvre ». Paris : Présence Africaine. 2ème édition, 2003, pp. 32-6.


11.) Belaïd Abane « Frantz Fanon and Abane Ramdane : Brief Encounter in the Algerian Revolution » p. 42 dans l’excellent ouvrage collectif édité par Nigel C. Gibson, Living Fanon : Global Perspectives. Palgrave Macmillan. New York. ISBN 978-0-230-11497-5 (pbk). 2011.


12.) Il vaut la peine, à ce sujet, de lire autour de la levée de boucliers de l’establishment des historiens belges à la sortie du livre d’Adam Hochschild sur Les fantômes de Léopold II. Pour eux, comme pour les manuels d’histoire de l’école secondaire au Congo (alors colonie belge), « Léopold II avait sacrifié sa fortune pour donner une colonie à la Belgique ». À cela, on peut ajouter le titre, combien évocateur, du livre de Jean Stengers, Combien le Congo a-t-il coûté à la Belgique ? Académie Royale des Sciences Coloniales. Bruxelles, 1957, II, 1.

http://pambazuka.org/fr/category/features/77760

Função Pública protesta hoje em Lisboa

Profissionais dos serviços e forças de segurança participam hoje numa manifestação em Lisboa. Os sindicatos e associações profissionais da PSP, GNR, ASAE, SEF, Polícia Marítima e Guardas Prisionais juntam-se, em Lisboa, ao protesto dos trabalhadores da Função Pública. No percurso entre o Marquês de Pombal e os Restauradores, vão contestar as medidas de austeridade, como o corte dos subsídios de Natal e de férias, e mostrar o descontentamento que dizem existir nas diferentes classes. No caso da GNR e da PSP, os profissionais contestam os novos sistemas remuneratórios que apenas abrangem uma parte do efectivo.


http://tv1.rtp.pt/noticias/?t=Funcao-Publica-protesta-hoje-em-Lisboa.rtp&headline=20&visual=9&article=498688&tm=8

Evolution du taux de chômage selon le sexe

Après une période de rapprochement du taux de chômage des hommes et des femmes, l’écart repart à la hausse.


En 2009, pour la première fois depuis 1970, l’écart entre les taux de chômage des hommes et des femmes était quasiment nul. Mais, de nouveau, les disparités s’accroissent. L’écart était de 1,4 en 2010 et de 0,8 au 2e trimestre 2011.
Plusieurs facteurs expliquent le rapprochement. Sur le long terme, les femmes ont tiré davantage profit des créations d’emplois dans le secteur des services, de la distribution aux emplois domestiques, en passant par l’enseignement ou la santé. Une partie des ses emplois sont à temps partiel, parfois contraints. Le niveau de diplôme des femmes s’est très nettement rapproché de celui des hommes, même si elles s’orientent vers des filières moins valorisées. A plus court terme, la récession économique amorcée à partir de l’été 2008 a, au départ au moins, particulièrement frappé les secteurs employant des hommes (industrie et bâtiment notamment). Enfin, l’intérim - qui embauche plus d’hommes que de femmes - a servi de première variable d’ajustement.
Depuis 2010, la crise a fini par rattraper aussi l’emploi tertiaire et de nombreuses femmes se sont retrouvées au chômage, l’écart de taux de chômage a de nouveau augmenté. Il est probable qu’un jour les taux se rejoignent, mais, globalement, les conditions d’emploi (salaires, statuts, responsabilités, temps partiel subi, etc.) restent très éloignées.
Evolution du taux de chômage selon le sexe

Hommes
en %
Femmes
en %
Ecart
19906,210,13,9
19958,712,03,3
20006,79,73,0
20016,59,02,5
20027,28,91,7
20037,99,71,8
20048,19,81,7
20058,010,22,2
20067,98,91,0
20076,98,11,2
20087,18,41,3
20099,59,60,1
20108,610,01,4
2011 *8,79,50,8
* données du 2e trimestre
Source : Insee
http://www.inegalites.fr/spip.php?article1122&id_mot=103

1848, le printemps des peuples

Alain Garrigou

La révolution est parfois contagieuse. Dans une ville, une étincelle : les barricades du peuple qui exige un changement de régime se dressent contre les fusils de la garde royale. La contestation s’étend, gagne un pays voisin, bientôt tout un continent. Puis les monarchies se ressaisissent. L’Europe, en 1848.
En 1848, le printemps commence le 22 février, à Paris. Pour contourner l’interdiction de réunion et d’association imposée par la monarchie de Juillet, les partisans d’une réforme du suffrage censitaire organisent, depuis juillet 1847, une campagne de banquets où les toasts se transforment en discours politiques. Celle-ci doit culminer lors d’un rassemblement à Paris : il est interdit. Les organisateurs décident néanmoins de le maintenir et en fixent la date au 22 février. La veille, ils renoncent à leur projet. Trop tard : les participants se rassemblent, accueillis par les fusils. La soirée se termine par des échauffourées.
Les événements s’enchaînent alors très vite. Le 23 février, les Parisiens parcourent les rues aux cris de « Vive la réforme ! » et « A bas Guizot ! » (le président du conseil des ministres). Dans l’après-midi, le roi Louis-Philippe accepte la démission de son ministre. Encore trop tard : face aux manifestants qui fêtent leur victoire, la garde du ministère des affaires étrangères, où réside François Guizot, tire. Les premiers cadavres, chargés sur des charrettes, sont exhibés dans Paris. Le lendemain, 24 février, les insurgés attaquent la troupe en plusieurs points de la capitale et prennent d’assaut les Tuileries. Acculé, le roi abdique. Le 25 février, dans la salle Saint-Jean de l’Hôtel de Ville, le poète Alphonse de Lamartine promet le suffrage universel : le peuple à la place du trône.
La révolution puis l’avènement de la république en France ne peuvent qu’affoler l’Europe des cours monarchiques. L’ordre instauré en 1815 au congrès de Vienne pour éviter les révolutions et les conflits européens s’en trouve gravement menacé. Le tsar Nicolas Ier de Russie prépare déjà la guerre et lance un manifeste : « Pour la justice de Dieu et pour les principes sacrés de l’ordre établi sur les trônes héréditaires. »
Pacifiste et soucieux de ne pas ressusciter la Sainte-Alliance (1), Lamartine, nouveau ministre des affaires étrangères, fixe rapidement les principes de la politique extérieure républicaine : « La proclamation de la République française n’est un acte d’agression contre aucune forme de gouvernement dans le monde. Les formes de gouvernement ont des diversités aussi légitimes que les diversités de caractère, de situation géographique et de développement intellectuel, moral et matériel chez les peuples. » Et de se démarquer du précédent révolutionnaire : « La guerre n’est donc pas le principe de la République française, comme elle devint la fatale et glorieuse nécessité en 1792 (2). » Une urgence : rassurer les rois voisins.
Alors qu’à la fin du XVIIIe siècle les sympathies pour la Révolution française restaient exceptionnelles, en 1848 les sociétés européennes sont traversées par des revendications politiques : le peuple exige plus de liberté. Notion vaste et multiforme, celle-ci recouvre tout autant le patriotisme au sein de pays occupés — comme la Pologne démembrée ou l’Italie du Nord — que les revendications unitaires des pays allemands, ou encore l’aspiration à l’indépendance de peuples soumis — comme en Hongrie, sous tutelle autrichienne. Elle exprime aussi les revendications des populations urbaines pour la liberté de la presse et la mise en place de Constitutions démocratiques. Dans ce contexte, la nouvelle de la révolution parisienne a l’effet d’une étincelle.
Le 3 mars, l’avocat et journaliste Louis Kossuth prononce un discours à la Diète hongroise pour réclamer la création d’un régime parlementaire, puis prend la tête d’une délégation qui se dirige sur Vienne. Dans la capitale de l’Empire austro-hongrois, la révolte commence le 12 mars. Comme à Paris, les manifestations sont réprimées et les cortèges macabres parcourent les rues. L’insurrection grossit. Le lendemain, le maître d’œuvre du congrès de Vienne, le prince de Metternich, quitte nuitamment ses fonctions. Le 15 mars, des foules en liesse accueillent la délégation hongroise menée par Kossuth. Préfigurant l’indépendance, la Hongrie se dote pour la première fois d’un premier ministre en la personne du comte Batthyány.
Unanimement hostile à l’occupation autrichienne, la Lombardie apprend les événements parisiens avec perplexité. La noblesse y est patriote, pas révolutionnaire. Quand arrive la nouvelle du soulèvement de Vienne, le 17 mars, les barricades s’élèvent à Milan. Le maréchal Radetzky, qui commande les troupes d’occupation, se retranche en prévision d’une intervention du Piémont. Après cinq jours d’insurrection, les Milanais forcent les occupants à se retirer.
A Berlin, le roi Frédéric-Guillaume IV gagne du temps face aux demandes de création d’une Assemblée constituante. Il envoie un émissaire à la cour de Vienne et déclare attendre une réunion des souverains le 25 mars à Dresde. En même temps, il masse des troupes à Berlin et dans les autres villes de Prusse. Les rassemblements populaires sont dispersés, mais se reforment le jour suivant. Le 17 mars, le roi de Prusse découvre la révolution de Vienne. Dès le lendemain, il accorde la liberté de la presse et convoque une Diète. La foule surgit sous les fenêtres du roi qui, blême, apparaît au balcon. Incapable de se faire entendre, Frédéric-Guillaume se retire en demandant, dit-on, « du repos ! du repos ! ». La troupe tire. Dans les rues de Berlin, les appels aux armes retentissent. Devant l’ampleur du soulèvement, Frédéric-Guillaume annonce de nouvelles concessions, dont une Constitution démocratique. A Munich, le roi abdique. L’insurrection s’étend à Leipzig, à Hanovre, au Wurtemberg et aux grandes villes d’Allemagne. La Pologne divisée s’agite.
Puis les cours se ressaisissent. Pour se mettre à l’abri du peuple, elles quittent les capitales, Berlin pour Potsdam, Vienne pour Innsbruck. Elles s’en remettent aux armées et à « ce remède universel qu’est l’état de siège (3) ». Le maréchal Radetzky reprend la Lombardie ; le maréchal Windischgraetz, Prague puis Vienne. Les monarchies utilisent aussi les haines nationalistes, comme en Pologne où les minorités allemande et juive sont dressées contre les populations polonaises. Les troupes croates du colonel Jallanich entrent dans Vienne. « Liberté et ordre à la croate l’ont emporté, et leur triomphe a été célébré par des crimes d’incendie, des viols, des pillages, des méfaits indicibles (4) », ironise Karl Marx le 7 novembre. Le roi de Naples fait bombarder ses villes de Naples et Messine. Le 5 décembre 1848, le général Wrangel soumet Berlin à l’état de siège. Le roi fait disperser l’Assemblée et récuse ses promesses.
L’année 1848 s’achève dans la tragédie et la désillusion. Partout en Europe, on voit les mêmes scènes : défilés, chants révolutionnaires, slogans libérateurs ou rageurs, pétitions, adresses, conversations improvisées dans les quartiers ou derrière les barricades. « Barricade » : un mot qui se répand sur tout le continent et se mue en symbole même de l’insurrection (5).
Dans le peuple révolutionnaire de 1848 étaient représentés des bourgeois, des prolétaires, des étudiants, des hommes et des femmes, des enfants aussi — qui n’entendaient pas la même chose aux mots de « patrie » et de « liberté » scandés dans les rues de Paris. Dans ce grand brassage social se matérialisait le rêve de la communauté, de la fraternité, de la communion. On s’apostrophait, on s’embrassait, on riait et on pleurait. Le danger exacerbait les émotions. Des scènes se gravaient dans les mémoires. Marie de Flavigny raconte le deuxième jour de l’insurrection parisienne : « Dans le quartier des Halles, les femmes offrent des vivres aux soldats, les embrassent en les suppliant d’épargner leurs frères, de ne pas tirer sur leurs maris, sur leurs enfants. On continue les barricades joyeusement, d’un air mutin, à vingt pas de la troupe. “Vous ne tirerez pas sans nous avertir, disaient les gamins. — Soyez tranquilles, nous n’avons pas d’ordre”, répondaient les soldats (6). » Quand l’ordre vient, c’est l’affolement : la fusillade fauche des vies.
La mort même devint une démonstration du droit. Quelle était la légitimité de ce pouvoir qui faisait tirer sur un peuple pacifique ? Des promenades macabres s’improvisaient dans toute l’Europe, à l’exemple de celle du 23 février à Paris : « Dans un chariot attelé d’un cheval blanc, que mène par la bride un ouvrier aux bras nus, cinq cadavres sont rangés avec une horrible symétrie (...). De temps en temps, un autre ouvrier, placé à l’arrière du chariot, enlace de son bras ce corps inanimé, le soulève en secouant sa torche, d’où s’échappent des flammèches et des étincelles, et s’écrie, en promenant sur la foule des regards farouches : “Vengeance ! Vengeance ! On égorge le peuple (7)  !” » A Berlin, le 22 mars, la foule amena les cadavres sous les balcons du château royal. Le roi dut s’incliner sur les dépouilles ; la reine eut un malaise.
Les rois et les soldats croyaient faire des victimes, ils créèrent des héros. Cette figure de la dignité citoyenne paraît quelque peu morbide. Mais qu’aurait valu la démocratie si des humains n’étaient pas morts pour elle ?

Alain Garrigou
Professeur de science politique à l’université Paris-Ouest Nanterre - La Défense, auteur de Mourir pour des idées, Les Belles Lettres, Paris, 2010.

(1) La Sainte-Alliance réunit au congrès de Vienne les monarchies victorieuses de la France napoléonienne (Empire russe, empire d’Autriche-Hongrie et royaume de Prusse).
(2) Cité par Daniel Stern, Histoire de la révolution de 1848 [1850-1852], Balland, Paris, 1985, p. 289-290. Daniel Stern est le pseudonyme de Marie de Flavigny, femme libre et scandaleuse, grande intellectuelle. Ayant abandonné son mari, elle devint la compagne du compositeur et pianiste Franz Liszt, avec lequel elle eut plusieurs enfants hors mariage.
(3) Karl Marx, Révolution et contre-révolution en Europe, dans Œuvres politiques I, La Pléiade, Paris, 1994, p. 55.
(4) Ibid.
(5) Cf. Alain Corbin et Jean-Marie Mayeur (sous la dir. de), La Barricade, Publications de la Sorbonne, Paris, 1997.
(6) Daniel Stern, op. cit., p. 106.
(7) Ibid., p. 124.

http://www.monde-diplomatique.fr/2011/05/GARRIGOU/20479

Militares esperam manifestação com adesão "transversal"

As associações militares dizem esperar uma participação "transversal" das Forças Armadas, alargada aos três ramos e a todas as patentes, na manifestação convocada para sábado e consideram que a instituição militar "nunca viveu um cenário tão negro".
foto Global Imagens/Arquivo
Militares esperam manifestação com adesão "transversal"
Militares manifestam-se sábado
"Eu acredito que a manifestação vá ter um excelente eco, mas mais do que as pessoas presentes, eu penso que é importante que os decisores políticos façam uma leitura ajustada dos factos que se vivem", afirmou à agência Lusa o presidente da Associação Nacional de Sargentos (ANS), Lima Coelho, a propósito da manifestação, que começa no sábado às 15:horas, no Rossio.
Este sargento-chefe da Força Aérea Portuguesa sublinhou que "não é muito comum haver militares a manifestarem-se" e assinalou a adesão "que superou as expectativas" no encontro nacional que teve lugar no mês passado no ISCTE, que as associações dizem ter superado as 1500 pessoas.
"Vi lá generais, almirantes, alguns até no activo, e também tenentes-coronéis, majores, que penso que amanhã [sábado] também estarão presentes", declarou, acrescentando que neste momento há viagens de autocarro organizadas de cidades como Leiria, Braga, Porto, Faro, Beja ou Entroncamento.
"Acho que nunca vivemos algo como agora, eu tenho 33 anos de serviço efectivo, assentei praça em 1978, e não me lembro de ter assistido a um cenário tão negro, tão mau, no interior das Forças Armadas", referiu Lima Coelho.
O líder da ANS referiu que no último mês manteve reuniões com os quatro chefes militares (CEMGFA, Exército, Força Aérea e Marinha) e que pôde observar "um discurso de grande preocupação com as Forças Armadas" e com "os congelamentos cegos".
"É aliás extremamente curioso que os próprios chefes tenham levado ao Parlamento [nas audições que têm sido feitas à porta fechada] a questão dos congelamentos e dos cortes e de alertarem para a necessidade de não se promoverem apenas generais", considerou.
Também o presidente da Associação de Oficiais das Forças Armadas (AOFA), coronel Pereira Cracel, disse à Lusa que "se o número de presenças corresponder à gravidade da situação que o país vive, vai haver muitos militares e famílias presentes".
"Penso que na forma será um desfile de militares, como aconteceu noutras ocasiões, mas em termos qualitativos sou levado a acreditar que, atendendo à alteração da situação, há de existir correspondência na participação. As pessoas hoje estão bem mais descontentes e até desesperadas", afirmou.
O coronel voltou a condenar as declarações de Otelo Saraiva de Carvalho aludindo a um golpe militar, questionando até a sua oportunidade: "Nas situações mais críticas aparece sempre o Otelo com aquelas declarações a que já nos habituou, de um destemperamento total".
Já a Associação de Praças (AP), advertiu em comunicado para a "degradação dos direitos que servem de contrapartida ao leque vastíssimo de restrições e deveres a que estão sujeitos os militares, entre os quais avulta o do sacrifício da própria vida".
A AP criticou ainda a "progressiva descaraterização e desarticulação" das Forças Armadas e, "com elas, a significativa redução da capacidade no que respeita à área operacional e às missões de interesse público".

http://www.jn.pt/PaginaInicial/Nacional/Interior.aspx?content_id=2117759&page=-1

Loucura e malvadez não!

Carvalho da Silva

Durante esta semana e nestes últimos dias de discussão do Orçamento de Estado (OE), que coincidiram com noticias cada vez mais preocupantes sobre o descalabro da União Europeia (U.E.), fui interpelado por várias pessoas, desde empresários a trabalhadores de diversas áreas que, analisando o que se está a passar, me disseram "estes tipos estão loucos" ou, "o que se passa é uma loucura".
Como sujeitos destas expressões surgiam em relevo os nossos governantes e os responsáveis da U.E. Já na identificação das práticas de malvadez inerente a esses actos de "loucura", o leque alargava-se a práticas dos "mercados", a actuações de sectores dominantes do poder financeiro e económico e dos senhores da Banca ou do Banco Central Europeu, a "vendedores" das teorias da intensificação da exploração e do empobrecimento.
Cresce a consciência da gravidade da situação para onde o país e o projecto europeu foram encaminhados. Entretanto, a contestação e a indignação vão-se transformando em protesto com expressão colectiva forte.
Rousseau, autor de "O Contrato Social", escreveu no século XVII: "O forte nunca é suficientemente forte para ser sempre o senhor, a menos que transforme a força em direito e a obediência em dever".
Esta observação está actual. Se queremos encontrar rumos de futuro numa sociedade que continuará a ter o trabalho em lugar central e por isso a necessitar de ser valorizado, se queremos defender direitos sociais que dão dignidade e qualidade à nossa vida, se queremos uma economia com racionalidade e eficácia ao serviço das pessoas, do desenvolvimento e da soberania de Portugal temos de dar forte combate à ideologia dominante, temos de dizer aos senhores que nos têm explorado e nos querem empobrecer aceleradamente que a sua força não se imporá como direito autoritário e antidemocrático e será derrotada, que não aceitaremos que os seus interesses egoístas se transformem em lei, que exerceremos o direito de definir e construir o rumo das nossas vidas.
A submissão inerente à transformação da "obediência em dever" humilha os seres humanos e nega a democracia, por isso há que colocar na ordem do dia o exercício do pensar e agir, a exigência da verdade na governação, o direito de participação activa e proponente de homens e mulheres livres que somos, para assim se construírem alternativas.
Os governantes europeus mentiram-nos sobre os objectivos e o rumo a que nos conduziriam os compromissos e tratados que nos foram impondo. Hoje é de enorme hipocrisia e malvadez tentarem esconder aos povos o que andam a preparar para aniquilar o projecto europeu de harmonização social no progresso, de solidariedade e de coesão que nos era apresentado.
Na U.E., como em Portugal, é perverso o ataque ao Estado Social. Primeiro, porque esse foi um pilar estruturante do nosso desenvolvimento e factor de esperança e de mobilização de povos de outras regiões do mundo. Segundo, porque este ataque pode constituir-se em factor de instabilidade e de conflitualidade social generalizada e, até, transformar-se em fermento de conflitos muito mais graves, porque nas sociedades modernas os direitos sociais são fundamentais para a sua coesão e para relações estáveis entre os povos.
É de uma enorme malvadez para com os portugueses a persistência do nosso Governo em impor pacote atrás de pacote de politicas de austeridade e de empobrecimento propositado dos portugueses, quando está provado que não é por essa via que podemos resolver os problemas. É chocante o carácter retrógrado e incongruente dos argumentos expostos para justificar a violência e a injustiça de muitas dessas medidas.
É perverso discutir um Orçamento do Estado debaixo de projecções macroeconómicas falsas, submetido a uma concepção de U.E. que já não existe e a efeitos e funções de uma moeda única (o euro) que comprovadamente estão subvertidas.
Precisamos do debate social, económico, cultural e político feito com verdade e com a participação das pessoas e das suas organizações, sobre um projecto de desenvolvimento do país com ou sem euro, mas para servir o povo.

http://www.jn.pt/Opiniao/default.aspx?content_id=2118246&opiniao=Carvalho%20da%20Silva
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